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La paix dans le monde : un hymne à l’amour

  • Écrit par Christian Kazandjian

paix dans le mondePar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/

Plongée dans la vie d’un homme obsédé par l’amour d’une femme, toute une vie durant. Jusqu’à la folie.
Simon est fou. Fou d’amour et malade. Il aime Lucie depuis leur première rencontre, à l’école, à l’âge de douze ans. Cela fait quinze ans qu’il n’a pas revu son « canard », son « amoureuse ». Il est sorti de l’asile psychiatrique le Centre, tendu vers un seul but : retrouver Lucie, le centre de son existence, sa propre vie. Il ne l’a plus croisé depuis sa tentative de suicide et l’agression de l’homme avec qui elle se trouvait, sur une plage, autour d’un feu. Les année d’enfermement qui ont suivi, n’ont pas pu effacer de sa mémoire, oublieuse de tant de choses, l’image de son aimée, le cristal de sa voix, la soie de ses cheveux, le satin de sa peau. Adulte, il vit en Suisse, sous la surveillance de sa mère qui craint qu’il ne se supprime. Il l’a envisagé, c’est vrai, mais le nom de Lucie, gravé au cutter sur sa peau, retient le geste d’en finir : on ne se tue pas par amour, ni on ne tue. Alors, il parle à l’absente, réveille les souvenirs ; s’y entremêlent les petites histoires familiales : la mère protectrice et son nouveau compagnon, le père, tout à ses affaires et à ses conquêtes féminines. Mais, lui, Simon ne vit que pour serrer à nouveau le corps adoré – souillé par de trop nombreux amants, estime-t-il.

Dompter ses démons
Il se prépare pour le jour où il se retrouvera face à Lucie. La petite fille, morte au Centre, qu’il a aimé comme aime un frère, Walter, le psychiatre qui l’a aidé à surmonter ses doutes, ses errements, Bartholomé qui a orienté ses lectures, lui a fait découvrir Las Casas, ce moine contemporain de Colomb qui dénonça l’esclavage et le génocide des Amérindiens, toutes ses amitiés, fortes, empreintes d’amour, ont permis à Simon de dompter ses peurs, ses doutes, sans pour autant les faire disparaître. Le temps, les vicissitudes d’un quotidien routinier, ascétique, s’écoulent, sans troubler son esprit qu’agite un seul objet : son amour pour Lucie. Le contact s’établit : il enlève sa bien-aimée, ils font l’amour violemment, follement. Il la quitte de nouveau ; elle le somme de revenir. Mais, cela a-t-il vraiment eu lieu ? Simon, rasséréné, dans sa solitude retrouvée, tisse la toile d’une vie nouvelle avec Lucie : le mariage, la naissance des enfants, la vie de famille, jusqu’à ce que, comme le dit la formule consacrée, « la mort (les) sépare ». Il est heureux, enfin. Comme dans un rêve qui a chassé les cauchemars anciens. Mais ce n’est, sans doute, qu’un rêve.

Violence et tendresse
La paix dans le monde, convoquant l’amour, soulève un des thèmes qui agite l’époque : la psychiatrie, devenue le parent pauvre de la santé. L’enfermement fait office de cure, quand l’écoute et l’amour sont sacrifiés à la peur d’une maladie qu’on préfère cacher. La pièce est un hymne à l’amour qui sauve, entretient l’espoir, rapproche les êtres humains. De l’Antiquité la plus lointaine (pensons à L’épopée de Guilgamesh) à l’amour fou des surréalistes et d’Aragon, en passant par l’amour courtois de Louise Labbé, les rimes de Verlaine, ce fort sentiment, discret ou véhément, a rythmé la vie des sociétés. Le texte qui joue, avec tact, de tous les ressorts : intimiste, heurté, humoristique, lyrique même, violent parfois, façonne, par touches, le personnage de Simon, le rend accessible, terriblement humain. Frédéric Andrau, seul en scène, est magistral dans une interprétation, tout de retenue. Il traverse l’existence de Simon, avec un regard à peine émoulu de l’enfance, visage éclairé d’un sourire tout à la fois narquois et douloureux. L’intervention d’Emma de Caunes, par écran interposé, apporte une touche d’onirisme, accentue la distance et l’effacement progressif. Les éclairages, rouge évoquant la violence de certains épisodes, or qui confère à Simon, hiératique, l’aspect d’une icône, accompagnent ses humeurs, tout comme la boîte constituant le décor qui, déconstruite quand débondent les souvenirs douloureux, en évoluant vers une paroi où s’inscrivent les symboles des moments heureux, souligne l’évolution de ses sentiments de la douleur à la sérénité.

La paix dans le monde
Texte et mise en scène : Diastème
Lumières : Stéphane Baquet
Décors : Alban Ho Van
Costumes : Frédéric Cambier
Musique : Cali
Images : Vanessa Filho
Assistant : Mathieu Morelle
Jeu : Frédéric Andrau
Avec la participation d’Emma de Caunes
crédit photo visuel : Vanessa Filho / Mathieu Morelle

Dates et lieux des représentations : 

- jusqu’au 30 octobre 2021 à : Les Déchargeurs, Paris 1er, tél : 01.42.36.00.50. (www.lesdechargeurs.fr) du mercredi au samedi, à 19 heures.



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