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Non mais t’as vu ma tête : le tour de force hilarant et interactif d’un peintre-clown désopilant

  • Écrit par Virginie Gossart

Non mais t'as vu ma têtePar Virginie Gossart - Lagrandeparade.fr/ C’est un hurluberlu aux longues jambes qui déboule sur la scène du Théâtre de l’Odéon dans un costume légèrement étriqué pour lui, et s’adresse à nous dans un langage à la fois inintelligible et familier. Une sorte de Monsieur Hulot qui se serait mis en tête de devenir peintre, ou plus précisément portraitiste. Car la spécialité de ce grand clown incompréhensible et gaffeur, c’est la réalisation de portraits « en direct », sur une grande toile posée au centre de la scène. En l'espace de trois tableaux, ce peintre pas si improvisé va successivement tenter d'exécuter son autoportrait, le portrait de l'un de ses spectateurs, puis enfin, celui du public entier. Tout cela dans un échange constant avec les enfants et parents venus voir le spectacle, qui transcende le curieux charabia du portraitiste pour le rendre accessible, et qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler certaines répliques de la pièce Un mot pour un autre de Jean Tardieu. C’est grâce à ses mimiques et ses gestes que nous finissons par comprendre sa langue inconnue – peut-être est-ce aussi une manière ludique et pédagogique de nous montrer que le message de l’artiste, parfois hermétique, n’est pas toujours facile à interpréter, qu’il nécessite alors un effort de déchiffrement de notre part.

Maladroit à l’extrême, notre grand escogriffe se retrouve très vite avec son ruban de chantier collé à la chaussure, et il aura les plus grandes difficultés à s’en défaire ; ce ne sont pas les enfants présents dans le public qui s’en plaindront. Il brosse ensuite à grands coups de rouleau (et en arrosant au passage copieusement son costume) un autoportrait évolutif : d’abord une tête ronde de bébé, qu'il retouche jusqu'à faire apparaître sous ses coups de pinceaux le jeune garçon qu’il a été, puis son visage d'aujourd’hui. Mais à la surprise de tous (lui compris), le portrait continue de vieillir inexorablement dès qu’il a le dos tourné : rides de plus en plus marquées, perte des cheveux, et même des dents, jusqu’à le métamorphoser à son corps défendant en un vieillard tout rabougri. Tel un Dorian Gray burlesque, le héros semble aussi stupéfait que nous de cette création qui lui échappe pour vivre sa propre existence.
Il transforme ensuite la photo d'une enfant volontaire choisie parmi les spectateurs et dont il n’arrive jamais à prononcer correctement le prénom. Elle apparaît comme par magie sur la toile et se métamorphose, elle aussi, en clown. L’artiste aux mille talents peut enfin, en un temps record, reproduire avec de gros tampons et dans un rythme tribal effréné, le groupe de spectateurs qu'il a en face de lui. Une démonstration virtuose et férocement drôle qui nous interroge sur l’image que l’on veut donner de soi et celle qu’on a de l’autre, associée à une pertinente réflexion sur le passage du temps. Preuve, s’il en était besoin, que l’on peut mêler dans un spectacle pour enfant clowneries burlesques et poétiques, performances graphiques, et réflexion sur les rapports étroits entre l’art et la vie.

Non mais t'as vu ma tête
COMPAGNIE LUCAMOROS

De : Luc Amoros
Mise en scène : Brigitte Gonzalez
Artiste en scène : Pierre Biebuyck
Direction technique et régie : Vincent Frossard
Durée : 50 minutes


Dates et lieux des représentations:
Le 16 avril 2017 au Théâtre de Nîmes ( 30)

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