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« Henri Cartier-Bresson. Revoir Paris » : dans les pas du prince de l’errance

  • Écrit par : Serge Bressan

cartierPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Derrière la gare Saint-Lazare à Paris en 1932, un homme saute par-dessus son reflet dans l’eau. Un photographe est là, il fixe l’événement sur la pellicule- il s’appelle Henri Cartier-Bresson, on le surnommera plus tard « le maître des images à la sauvette », et ce jour-là, il a réalisé un cliché qui demeure parmi ses plus fameux. Né à Chanteloup-en-Brie (Seine-et-Marne) le 22 août 1908, il suit ses études au lycée Condorcet à Paris, étudie la peinture avec André Lhote et fréquente les surréalistes de la place Blanche. A 21 ans, il découvre le travail d’Eugène Atget (1857- 1927) et réalise ses premières photographies. En 1930- 1931, il passe une petite année en Côte d’Ivoire et à l’automne 1931, il achète son premier appareil photo, un Leica que l’on peut voir dans l’exposition qui lui est consacré au Musée Carnavalet à Paris.

Très vite, il publie ses photos dans des journaux et revues et est exposé d’abord à l’étranger puis en France. Cartier-Bresson est un grand voyageur, il sillonne l’Europe, file au Mexique puis aux Etats-Unis. A cette époque, il s’intéresse au cinéma et à la réalisation. Entre 1936 et 1939, il collabore avec Jean Renoir pour « La vie est à nous », « Partie de campagne » et « La Règle du Jeu »- dans la même période, il met en images trois documentaires sur la guerre en Espagne. Le 23 juin 1940, il est fait prisonnier et, en 1943 après deux tentatives infructueuses, il réussit à s’évader- ce qui lui fera dire, quelques années plus tard : « Je serai toujours un prisonnier évadé »... A son retour, il photographie des peintres, des écrivains ou encore des créateurs de mode, dont beaucoup vivent à Paris- à ces sessions de portrait, il avoue prendre grand plaisir car elles prolongent l’esthétique de l’instantané. Dans le dossier de l’exposition « Henri Cartier-Bresson. Revoir Paris », on lit : « Les visages saisis dans la rue donnent l’impression d’une rencontre fortuite alors que ceux réalisés en intérieur semblent plus le résultat d’une visite de courtoisie que d’une séance de pose ». en 1947, le MoMA (Museum of Modern Art) de New York lui consacre alors une exposition rassemblant trois cent cinquante portraits petit format. La même année, avec ses amis Chim, Robert Capa et le Britannique George Rodger, il fonde à New York l’agence Magnum Photos- ce qui le mènera en reportages en Asie pour couvrir des événements historiques comme la mort de Gandhi en Inde ou la création de la Chine populaire par Mao Tsé-toung. Il gagne un autre surnom dans le petit monde des photographes : le « géomètre du vif ».

Entre des voyages à travers le monde, en 1951 le « New York Times » commande à Cartier-Bresson un reportage sur Paris. Il accepte. Les années suivantes, toujours avec son Leica, il s’offre des flâneries parisiennes. Il déambule dans Paris, fixe des instantanés dont il est devenu un des maîtres. Prince de l’errance, flâneur libre, « à Paris, Cartier-Bresson ne sort jamais sans son appareil, qu’il tient à la hanche, mise au point ajustée. L’instrument lui sert à prendre des notes, à tenir son journal. Il déambule en flairant, à pied ou en métro. Il est dans son élément, un flâneur attentif qui peut s’adonner à sa passion pour « la prise de vue subite où le fond et la forme sont étroitement liés ». À Paris, comme ailleurs, c’est l’être humain qui l’intéresse », écrit Anne de Mondenard, conservatrice en chef au musée Carnavalet. Avec le photographe, en noir et blanc, on déambule. Paris, Paris… Place de l’Europe derrière la gare Saint-Lazare. Un dimanche sur les bords de Seine. Boulevard de la Chapelle, sous le métro aérien. Rue d’Alésia avec Alberto Giacometti. Ou encore au Jardin des Tuileries. Et même dans les rues avec des étudiants manifestants en Mai 1968… Encore Anne de Mondenard : « C'est dans cette ville que Cartier-Bresson a expérimenté la photographie. Il la parcourra jusqu’à la fin de sa vie… » Une ville, Paris, dont il disait en 2001 : « Il y a trop à dire et je m’y plais à fouiner en piéton ».

Pour l’écrivain Thomas Morales, « ce portraitiste de l’intérieur fut certainement l’un des rares artistes du XXème siècle à s’approcher au plus près de la vérité de celui qui pose, là devant lui, dans sa nudité sociale et ses doutes. Comme si devant l’objectif, toute tentative de fuite ou d’esquive devenait illusoire ». Le réalisateur allemand Wim Wenders voit, sous les clichés du photographe, un cinéaste. La grande photographe américaine Annie Leibovitz, quant à elle, tient à relever la sophistication géométrique et les jeux de regard. Cette géométrie nourrie au surréalisme qui a nourri toute l’œuvre d’Henri Cartier-Bresson. « J’ai une passion pour la géométrie et la joie c’est d’être surpris par une belle organisation de formes. Par là seulement le sujet prend toute son ampleur et son sérieux ». A 64 ans, il décidait d’arrêter la photographie pour se consacrer au dessin. En 2003, la Bibliothèque nationale de France lui consacre la rétrospective « De qui s’agit-il ? ». Le 3 août 2004, il meurt en Provence, à Montjustin. Loin de Paris…

A voir 
-Henri Cartier-Bresson. Revoir Paris. Exposition au Musée Carnavalet. 23 rue de Sévigné, Paris 3ème.
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf le lundi. Jusqu’au 31 octobre 2021.
00 33 1 44 59 58 58. www.carnavalet.paris.fr

 


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