Cinémed 2026 : nos coups de cœur !
- Écrit par : Romain Rougé
Par Romain Rougé - Lagrandeparade.com/ Fermeture du Corum où le festival a lieu habituellement, annulation de séances pendant la grogne sociale, alerte météo, cette 48e édition du Cinémed aura été, c’est peu de le dire, chaotique ! À cela s’ajoute, dès la soirée d’ouverture, un discours offensif contre les attaques de l’extrême droite envers le financement du CNC en préambule d’une année 2027 qui s’annonce électrique... Heureusement, la persévérance et l’endurance de l’équipe nous ont conduit vers un festival à hauteur de sa réputation : engagé, partageur, éclairant, honorant le kaléidoscope méditerranéen. Voici quelques-uns de nos coups de cœur (avec certains films déjà distribués, d’autres non) où les réalisatrices émergentes, les femmes acharnées et les hommes spleenétiques ont une place de choix !
« Armony » : poesia all'italiana
Film de Dario Albertini
« Armony » ouvre un interstice dans lequel se glisse une mélancolie lumineuse, celle de l’errance d’un homme qui traverse un nomadland existentiel et géographique (la banlieue désertique de Rome, la plage où Pasolini est mort). Ici, Armony (sublime Valerio Mastandrea), la cinquantaine solitaire, doit prendre en charge sa nièce de 6 ans après la disparition de sa sœur (Asia Argento). Chaque halte de cet homme, ses yeux pénétrants, ses moments partagés avec ses proches, sont imbibés d’une infinie poésie... Interprétation solide, musique envoûtante, images à la beauté brute ou vaporeuse : Dario Albertini nous touche en plein cœur en évoquant l’absence, les liens qui unissent, la jouissance de l’instant présent, nous révélant au passage qu’un regard tourné vers la Méditerranée au soleil couchant peut apaiser n’importe quelle âme abîmée. Se plonger dans ce joli film aussi, promis.
« I Matter » : chaque être compte
Film d’Alina Serban
« Le film parle de moi, de ma communauté, d’êtres humains, tout simplement », confessera une Alina Serban visiblement émue à l’issue de la projection. La réalisatrice Rom conte ici l’histoire de Rebeca, jeune tsigane placée en foyer d’accueil dans un Bucarest où les réalités sociales dramatiques s’entremêlent avec les actes porteurs d’espoir. « J’ai mis 10 ans à faire ce film, c’est le temps qu’il m’a fallu pour dire à ces jeunes qu’ils peuvent réussir s’ils croient en eux ». Dans « I Matter », le théâtre devient un espace où la jeune fille peut oublier sa vie : « Elle ne joue pas pour devenir quelqu’un d’autre mais pour construire des ponts », commente la cinéaste. Un film essentiel car la parole et la représentation des Roms au cinéma est (très) rare. Sans oublier l’incroyable performance de sa jeune comédienne, Denisa Farcas.
« Dua » : être ado au Kosovo
De Blerta Basholli
Sortie : 10 février 2027
Des références aux ados friqués de Beverly Hills, des posters de Skunk Anansie ou Nirvana placardés dans une chambre : en cette fin des années 90, la seule chose qui semble séparer les ados kosovars de leurs semblables occidentaux est leur lieu de vie : ils habitent Pristina où la guerre se profile avec les tensions ethniques qui s’exacerbent. Blerta Basholli met en miroir l’insouciance adolescente et le contexte politique aussi explosif que des hormones en ébullition : le voyage initiatique de la jeune Dua se fera à l’orée de tous ces bouleversements. Un film semi-autobiographique à qui le jury a décerné l’Antigone d’or, le deuxième pour la réalisatrice kosovare après celui remporté par « La Ruche » en 2021.
« Furies » : sisters act
De Rami Kadeigh
Sortie : 14 juillet 2027
Le film libanais de la compétition nous a propulsés au cœur d’un thriller nerveux à l’humour décapant, dans lequel deux sœurs élaborent un plan pour récupérer leur argent bloqué dans les banques du pays. Ces Thelma et Louise libanaises nous emportent aisément dans leur aventure haletante et rocambolesque, brillamment écrite et réalisée, où la sororité reste le bien le plus précieux à préserver.
« Conversation with the Sea » : les fantômes de Jérusalem
De Muayad Alyan
Kamal, un Palestinien de 60 ans, est condamné par un tribunal israélien à payer une importante dette de sécurité sociale contractée par son fils décédé. Tirée d’une histoire vraie, sa quête sera de reconstituer un puzzle dont les pièces émergent avec le bruit des vagues qui se brisent de façon énigmatique dans son esprit... Porté par un acteur principal hypnotisant (Kamel El Basha), ce long métrage à la lenteur implacable mais salvatrice, ode à la résilience, vaut aussi pour sa réalisation léchée : Jérusalem y est insolemment belle.
« Les Filles d’Abraham » : l’amitié par-delà la religion
De Hanaël El Yousfi
Sortie : 30 décembre 2026
Dans la catégorie « Panorama », on demande une amitié solide entre deux copines issues de familles juive et musulmane. L’histoire oscille entre humour et noirceur sans jamais dévier de sa trajectoire, celle de l’émancipation face au poids des traditions, elles-mêmes empêtrées dans le carcan religieux qui conduit à la violence physique ou psychologique. Parfois ambiguë dans son propos, le film s’avère une bouffée d’air dans l’ambiance délétère de l’éternel antagonisme israélo-arabe car il vante le détachement d’une nouvelle génération de femmes désireuses de faire leurs propres choix pour vivre… libres !
« Habibi Hussein » : ne t’arrête jamais de rêver
Documentaire de Alex Bakri
L’histoire touchante et tragique du dernier projectionniste de l’ancien cinéma de Jénine, en Palestine. Si le documentaire esquisse une réalité brutale qui assène que rien ne dure jamais, il relate surtout le pouvoir du rêve, celui que poursuivra Hussein pour retrouver son paradis perdu, pour renaître au milieu des ruines et trouver un sens à sa vie. Le prix du meilleur documentaire lui a été décerné.
« Lift Like a Girl » : le documentaire égyptien musclé et féminin
De Mayye Zayed
Sur un terrain vague en plein milieu d’Alexandrie, on sème des graines de championnes… d’haltérophilie ! On suit ici Zebiba, adolescente introvertie férue de ce sport qui va développer une relation unique avec son coach ultra nerveux mais finalement paternel. Pour la réalisatrice, il s’agissait de filmer « un espace de résistance où les femmes se sentent en sécurité, où le genre n’a aucune importance, où la beauté nait au milieu des détritus, du bruit et de la poussière ». Découvert parmi les séances du nouveau cinéma égyptien, ce film entre docu et fiction fait éclore la puissance féminine qui germe dans un champ de bataille très masculin.
« L’Or de Naples » : le classique à (re)voir
De Vittorio De Sica
Ce film-pépite est autant une plongée dans le folklore napolitain qu’une déclaration d’amour pour une ville où la misère la plus brute côtoie la beauté la plus insolente. Il y a quelque chose d’inexplicable à Naples et ce long métrage composé de six épisodes inspirés des truculentes nouvelles de Giuseppe Marotta en est la preuve : la ville est insaisissable, surnaturelle, folle et raisonnée, à la fois sombre et lumineuse, aussi vivante que morte. Naples, dans toute sa splendeur !






