Symbioses – 2094, l’Ours et le Vaisseau : une fresque exigeante, un choix de narration particulier...
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ En 2094, suite à une guerre nucléaire, seuls les pôles offrent encore des conditions de vie supportables. Les survivants, homo sapiens et animaux augmentés, s’y sont réfugiés et ont construit deux sociétés bien différentes dont les relations virent au conflit ouvert quand le Nord tente de s’approprier un iceberg – précieuse ressource d’eau douce – appartenant au Sud.
Dans les coulisses de cet affrontement, des individus élaborent un plan pour éviter le combat et faire évoluer l’ensemble du vivant vers un nouvel avenir. On y trouve Oonia, jeune militaire du Nord hantée par la puce mémorielle de son grand-père, son binôme ursidé, Börs, guerrier et poète, Arkadin, dernier rhinocéros blanc, son ami Spiridon, phoque et ambassadeur du Sud, et la seule I.A. qui croit encore en l’humanité.
Dans cette anticipation climatique, la catastrophe a eu lieu en 2040, rendant la quasi-totalité de la Terre inhabitable. En parallèle, Johan Heliot imagine la création d’ «AnimAugmentés » ou « enhaussés », des animaux qui ont accès à une expression compréhensible par les humains, grâce à l’appariement de leurs cerveaux avec des I.A. La planète est désormais à partager avec des baleines, des phoques, des éléphants, des pingouins ou des ours augmentés. Certains restent proches des humains, d’autres s’en éloignent. Certains s’en réjouissent, d’autres regrettent le temps de l’insouciance où ils ne se préoccupaient pas de géopolitique.
La thématique de l’animal augmenté ou hybridé traverse la science-fiction depuis son origine (de H.G. Welles – L’île du Docteur Moreau – à Pierre Boulle – La planète des singes – en passant par Clifford D. Simak – Demain les chiens –. Johan Heliot s’en empare en étayant son hypothèse sur les avancées fulgurantes en matière d’I.A. Son univers s’appuie sur une situation politique plus qu’instable où s’affrontent les « pacifistes » qui souhaitent voir un monde collaboratif se développer et un dictateur à l’appétit de pouvoir et d’hégémonie redoutable (coucou Vladimir – l’allusion est transparente). Se mêlent à ce conflit somme tout classique les I.A. qui semblent proposer une approche toute nouvelle.
Avec Symbioses, l’auteur offre une fresque exigeante, qui suit une double temporalité. La narration est parfaitement maîtrisée, mais les choix effectués cassent un peu l’attachement que l’on peut créer avec les personnages. Ils sont pourtant intéressants, ces personnages ! Oonia, la soldate, se débat avec la mémoire de son grand-père, farouchement opposé aux AnimAugmentés ; Börs, l’ours guerrier, se découvre une âme de poète et une morale ; Arkadin, le dernier rhinocéros blanc, cache derrière son supposé libertarisme un sens du commun indéniable ; Théia, l’I.A. qui croit encore en l’humanité, joue avec brio de son apparente jeunesse. Ensemble, ils tentent de proposer un avenir plausible, possible, où la définition de la conscience est totalement revisitée.
Johan Heliot signe ici un roman ambitieux, qui nous invite à élargir notre réflexion, à réaliser les conséquences de nos actes, à respecter les différents aspects du vivant. Le sujet est passionnant, l’idée originale, Mais la narration frustre un peu, avec ses chapitres courts et ses sauts d’un moment à un autre, d’un personnage à un autre, quand on aime s’attacher dans la longueur.
Symbioses – 2094, l’Ours et le Vaisseau
Auteur : Johan Heliot
Éditions : L’Atalante
Parution : 19 mars 2026
Prix : 19,90 €






