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Léon Spilliaert : Eva Bester et son « frère de noir »

  • Écrit par Serge Bressan

besterPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / D’emblée, nous voilà prévenus : « Spilliaert et moi sommes frères du noir. Ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une œuvre et une moustache »… Quelques lignes plus tard : « Léon Spilliaert m’a happée et procuré un abri permanent dans la beauté crépusculaire de son œuvre. Quand ça ne va pas, c’est-à-dire la plupart du temps, je me réfugie dans on meilleur millésime : l’année 1908 ». A l’écriture de ces mots et de tous les autres qui, au final, donnent « Léon Spilliaert » (sous-titre : « Œuvre au noir (Ostende 1881- Bruxelles 1946) »), Eva Bester- tenue pour l’une des plus belles de la mélancolie d’en France… Elle qui se définit comme une « guérisseuse de spleen par l’art » rend hommage, dans un court (110 pages) essai délicatement illustré, à un artiste considéré comme l’un des artistes les plus importants du symbolisme belge. On s’arrête devant les autoportraits du maître- « comme un spectre échappé d’un cauchemar expressionniste allemand », assure l’auteure. Spilliaert, c’est sûr, s’est inspiré chez Toulouse-Lautrec, Munch ou encore Edgar Allan Poe, a inspiré les cinéastes Tim Burton et David Lynch et cultivé l’étrangeté- inquiétante, forcément inquiétante. Dans cet ouvrage raffiné, l’auteure nous propose de glisser du côté d’Ostende (« la fin de l’Est »), de Bruxelles ou encore de Paris- on y déambule, en mots et images, dans des paysages hallucinés, des étendues marines, des espaces emplis de vide et de brume… et on se met dans les pas de son « frère de noir », de cet alchimiste qui, pour Eva Bester, « de la boue et la sombreur, il fait du sublime. Spilliaert donne du panache au spleen ». 

Léon Spilliaert
Auteur : Eva Bester
Editions : Autrement
Parution : 23 septembre 2020
Prix : 12 €

A voir : Léon Spilliaert (1881-1946). Lumière et solitude. Exposition au Musée d'Orsay, 1, rue de la Légion d'Honneur, Paris (7ème). Du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021.

Ostende est une ville picturale à l’élégance délétère. Les variations de son ciel ont le raffinement d’un dandy et la ligne pure de son de mer expurge l’âme. Mais dans le rythme lancinant des vagues résonne un requiem pleurant les défunts érodés. L’être y oscille en permanence entre le sentiment océanique et la mélancolie macabre, Visconti n’est pas loin. Ce climat funèbre, qui influencera tant Spilliaert, se retrouve jusque dans ses festivités. En 1898, Ensor participe à la création d’une future institution ostendaise : le Bal du rat mort.

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