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« Marseille Montana Marseille : sur la piste des écrivains de l’Ouest » : Sur la route de l’Ouest, via la Canebière...

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « Marseille Montana express », de Cédric Fabre est un clin d’œil appuyé au « Tokyo-Montana-Express » de Richard Brautigan, qu’il « vénère ».

Ceci dit, il s’agit d’un récit de voyage, ou road-trip, sur la piste des « écrivains de l’Ouest », réalisé l’été 1996. Ce qui ne nous rajeunit pas : ça fait plus de trente ans ! La plupart des auteurs –rencontrés à l’époque par le journaliste (accompagné du photographe David Balicki) sont morts. Et pas des moindres… James Crumley, Jim Harrison, William Kittredge, et James Welch, native-writer, publiés par Francis Geffard, dans la collection Terres d’Amérique, chez Albin Michel, comme Scot Momaday, Ron Querry, Thomas King, Mary Crow Dog – contre qui il raconte avoir perdu au billard, au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, imaginé par feu Michle Le Bris - ; sans oublier Louis Owens, qui s’est suicidé sur le parking de l’aéroport d’Albuquerque (Nouveau-Mexique), en 2002. Sont toujours parmi nous Thomas McGuane, Rick Bass, Robert Sims Reid (ex-shérif), Jamie Harrison, la fille de Big Jim, et James Lee Burke connu pour ses romans noirs… en Louisiane.

Pour schématiser, tout a commencé par une sorte de légende urbaine (littéraire), lancée par Patrick Raynal, alors éditeur de la Série Noire. Il y aurait une « école du Montana », avec pour épicentre la ville de Missoula, entre les Rocheuses et les Grandes Plaines, où les bars regorgent d’écrivains aux bras de bûcheron, lesquels se réclament du « Big Sky » (le Grand ciel) autant que de Dashiell Hammet et Raymond Chandler. Il suffisait de taper dans un arbre pour voir tomber des Hemingway en herbe. La réalité est tout autre.

Encore une fois, pour résumer, la belle histoire prend ses racines avec Richard Hugo (1923-1982) poète américain, pionnier des ateliers d’écriture, qui n’a publié qu’un roman (noir), « La mort et la belle vie » (10/18). Né dans l’Etat de Washington, il n’est venu dans le Montana que pour enseigner, entouré de nature dans la tranquillité. Au point de finir par se dire « régionaliste ».

Dans sa note d’intention, le critique-rock, qui a longtemps œuvré à la version française de Roling-Stones, explique être allé à la rencontre de ces auteurs, et autrices, venu(e)s du Texas, de l’Oregon ou du Michigan, qui ont fait de Missoula, ou de Livingstone, leur terre promise de vie et d’écriture : « Le Montana demeure en moi un territoire en partie imaginaire, l’imagination qui naît dans les trous de mémoire. Un espace de liberté, de création littéraire et de partage (…) Quand je cherche du sens à ce que je fais, aux directions que ma vie a prises et aux choix que je m’apprête à faire, les écrivains de Missoula ne sont jamais très loin ».

Le plus représentatif était James Crumley (1939-2008), auteur, entre autres, du « Dernier baiser », qui met en scène un bulldog alcoolique accoudé au bar. Sorte d’autoportrait drolatique qui donne une bonne idée du personnage (moins bourru qu’il en avait l’air), comme Jim Harrison, qui était une crème, tant qu’on ne l’empêchait pas de travailler, dans sa « cabane », ou de pêcher à la mouche. Idem avec le géologue de formation Rick Bass, pourtant passionné des ours (mal léchés) ; à l’instar de Dog Peacock, son ami vétéran du Vietnam, qui est allé se ressourcer auprès des Grizzly.

Or donc, quand la légende est plus belle que la réalité… imprimez la galéjade. Quel rapport entre Marseille et le Wild West ? Les armes peut-être : “My wife, yes ; my dog, maybe; my gun never !”. C’est ce qu’on dit, entre deux bières, dans les rades locaux. Plus sérieusement, pour citer Jean-Claude Izzo, paraphrasant Big Jim (Harrison) : « Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des histoires ». L’Ouest américain, comme la cité phocéenne, explique Cédric Fabre, a surtout été défini – et figé - dans une imagerie et une mythologie par d’autres ; des écrivains de l’Est en l’occurrence, réduit soit à un jardin d’Eden « vide et vierge », soit, à l’inverse, à ses dangers voire à ses ennemis, les Indiens, les desperados… Peut-être a-t-on en commun ce même esprit frondeur, populaire et « working class ». La grande Bleue, comme les vastes plaines de l’Ouest, seraient des matrices d’histoires d’émigration et d’exil, de naufrages et de massacres et de tragédies, de réussites aussi, qui ont forgé l’Histoire. Des espaces qui ont nourri des récits de périples dangereux : que ce soient ceux des migrants en mer ou des caravanes de colons, de personnes et de familles qui ont fui la misère et rêvé d’une vie meilleure. Et des identités fortes, assumées et revendiquées, tout comme les racines des aïeux, qu’on invoque constamment tout en imaginant faire table rase du passé. Une multiculturalité. Et une « multi-temporalité ».

Qu’on se le lise, « Marseille Montana Express » est un récit de jeunesse, réédité dans son jus, comme on dit. Il n’est pas édulcoré pour séduire. Pour preuve, l’accueil de Richard Ford, dont le roman : « Une saison ardente » se passe dans le Montana : « (…) je ne suis pas intéressé par votre projet. L’Ouest, je ne me sens pas concerné ». Un autre, Dave Duncan, écrivain de Fantasy canadien, est du même tonneau : « Je bosse là, mais mon truc c’est de filer d’ici. Je m’en fous des gars qui écrivent sur Missoula ». Tous ne sont pas aussi froids. Les autres ont reçu chaleureusement le jeune Cédric Fabre, lui-même, semble-t-il, plus intéressé par le mouvement punk urbain que le « wilderness », ou une prétendue communauté d’écrivains, nés dans les années 60, et qui auraient tous lu « Sur la route » de Kerouac. Lui qui anime un atelier d’écriture, à Marseille, depuis des années, sait très bien que les écrivains sont des êtres fondamentalement solitaires qui ont horreur d’être assimilés, voire comparés à d’autres. Les auteurs, dignes de ce nom, ne se lisent pas, ils s’observent. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des bons copains, avec qui ils font tout sauf parler littérature. Take care and so long buddy…

Marseille Montana Marseille : sur la piste des écrivains de l’Ouest
Editions : Melmac (Urban Vibes)
Auteur : Cédric Fabre
Photos : David Balicki
88 pages
Prix : 10 €
Parution : 12 mai 2026


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