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Rugbycide : un brûlot sur le ballon ovale

  • Écrit par Guillaume Chérel

rugbycidePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « J'ai pris le rugby parce que c'est un sujet que je connais bien mais les dérives que l'on trouve dans le milieu professionnel, on le constate dans tous les domaines d'activité », tient à préciser Fabrice Culine, auteur de Rugbycide, colosse de 35 ans, au regard d'enfant mais au cerveau déjà usé (12 commotions) par un sport âpre, et surtout blessé par l'avidité et la bassesse de certains êtres humains pour qui l'éthique, la morale et/ou la justice sont considérées comme des valeurs obsolètes. Il reprend : « Si j'avais été agriculteur j'aurais fait le parallèle avec l'agriculture, via le marché européen, ou infirmier, l'hôpital public affaibli par la course au rendement, etc ». Autre métaphore : « Le monde tel qu'on nous l'impose en ce moment, c'est le paquebot Titanic. Nous allons tous dans la même direction, à savoir un iceberg (l'ultralibéralisme), nous savons tous qu'il va nous faire couler, et les canots de sauvetage ne sont pas suffisamment nombreux pour tout le monde. » Pas étonnant qu'il se soit fait tatouer cette phrase de Victor Hugo, sur son corps meurtri par des matchs de guerriers : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. »

Mais reprenons depuis le début. Ancien rugbyman professionnel, Fabrice Culine dénonce dans un livre les dérives de la balle ovale. Il fait le parallèle entre la déliquescence de son sport, et celle de la société en générale, vous l'aurez compris : « Jusqu'à mon arrivée à Agen (terre de rugby d'élite ndla), mon parcours, ce n'était que du positif (le monde amateur des bénévoles). » Fabrice Culine évoque le jeu et la solidarité nécessaires pour pratiquer ce sport d'engagement. A Sarlat (Périgord / Dordogne), où il est né, il « jouait » pour le plaisir, comme le grand enfant qu'il est resté malgré ses 1,93 m et ses 100 kg. Il travaille d'ailleurs aujourd'hui comme éducateur auprès de jeunes en difficulté de sa région chérie, où il est marié et père de deux enfants. Le déclic pour arrêter - peu avoir été déjà dégouté par le cynisme du rugby pro dans le Top 14, au Racing 92, dans un Paris où il ne s'est jamais acclimaté - , ce fut ce énième K-.O qui fait qu'il chercha (trop) longtemps à se souvenir du prénom de ses enfants : « Dans Rugbycide, j'essaye de mettre en lumière mon mécanisme de pensée plus que mon expérience du terrain. C'est sa femme, grande fan de Hugo, qui l'a poussé à écrire, en guise de thérapie, peut-être. Mais aussi pour déverser sa colère et transmettre un message, si ce n'est la bonne parole, comme on passe la balle à un coéquipier (le lecteur). L'ancien troisième ligne n'est plus dans le rugby pro qu'il suit d'un œil éloigné. Son livre est politique sans l'être, au sens où monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir (Jean Jaurès est abondamment cité aussi). Rugbycide est un OLNI (Objet littéraire non identifié) qui ne donne pas de leçons, il constate les faits et suggère des solutions. L'idée est de comprendre et d'apprendre pour ne pas subir. Car subir c'est perdre la partie d'emblée. Ne pas lutter, c'est s'avouer vaincu d'avance. Le rugby meurt à feu doux... mais la résistance est là. Preuve dans ce livre construit de manière originale, avec de courtes adresses au lecteur, des citations, photos et illustrations. Fabrice Culine aborde de nombreux sujets (nationalisme, régionalisme, communautarisme, capitalisme, littérature – notamment 1984 de George Orwell : nous y sommes ! -, économie, forcément, psychologie, voire philosophie, et la bêtise... vaste sujet !).

Finalement, il est assez peu question de rugby dans cet essai (réussi). Pour simplifier, on peut dire qu'il s'agit du pamphlet écrit par un Gilet jaune du monde du sport, avant tout citoyen aux accents rouge (révolte) et noir (libertaire). Etre un électron libre dans un sport qui se veut collectif mais dévoyé par des individualistes obsédés par le résultat, donc la rentabilité financière, c'est compliqué à vivre. Fabrice Culine montre ici qu'il reste un compétiteur. Un lutteur. Il n'a sans doute pas dit son dernier mot.

Rugbycide
Editions : La Lauze
Auteur : Fabrice Culine
135 pages
Prix : 13 €
Parution: mars 2019

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