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C’est la rentrée avec… Christine Angot, Azouz Begag, Claire Castillon, David Diop et Corinne Royer

  • Écrit par Serge Bressan

Angot Par Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En cette rentrée où paraissent pas moins de 521 romans d’ici la fin septembre, présentation de cinq romans français indispensables. Bonne lecture !


    
CHRISTINE ANGOT : Le Voyage dans l’Est


    Une fois encore, on a là l’un des événements, si ce n’est l’événement de cette rentrée littéraire d’été 2021. Une fois encore, avant même la sortie du livre, les petits marquis et autres foutriquets de la chose écrite ont tiré à vue. Tir à vue sur Christine Angot, 62 ans, romancière médiatique après quelques saisons comme chroniqueuse à la télé. Romancière de l’autofiction que l’on retrouve avec « Le Voyage dans l’Est », une nouvelle variation sur le drame de sa vie, drame qui a commencé alors qu’elle avait tout juste 13 ans. Drame qu’elle a rapporté et exploré dans deux précédents livres, avec pour personnage principal le père dans l’un, la mère dans l’autre. Drame de l’inceste que, là, Christine Angot ausculte, décrypte avec ses yeux et ses mots d’adolescente puis de femme. « Le Voyage dans l’Est » début à Strasbourg : la mère et la fille doivent y retrouver le père, les parents doivent convenir comme la loi l’autorise de la reconnaissance de sa fille par le père qui est parti peu après la naissance. Lors de ces retrouvailles, Pierre Angot a un peu plus de la quarantaine, il a un très bon job au Conseil de l’Europe, il est brillant et cultivé. L’adolescente tombe sous le charme paternel- il va l’embrasser sur la bouche, dans l’instant suivant elle s’interroge : doit-elle dire à sa mère ce qui vient de se passer ? Elle n’en dira rien. Tentera d’oublier- en vain. Puis ce sera une correspondance- avec des lettres enfiévrées du père. Des attouchements- précision de l’auteure : le vagin au Touquet, l’anus dans l’Isère, la fellation avant le Touquet… La peur s’installe chez Christine. Dans « Le Voyage dans l’Est », elle écrit : « J’ai toujours eu peur… J’attendais des jours meilleurs ». Jours qui ne viendront pas… Il y aura le retour à Reims après avoir été violée à Paris par le père, le séjour à Nancy- elle est mariée, le père continue de la violer… Il y aura aussi la question de Charly- son compagnon d’un temps : « Ça s’est bien passé ? » et la réponse de Christine : « Très bien ». Oui, certains ne manqueront pas de dire et répéter que Christine Angot nous livre toujours la même histoire. Sûrement. Mais c’est son histoire. Et elle nous la propose d’une écriture brillante, brûlante, perturbante, quasiment étouffante…


Le Voyage dans l’Est
Auteure : Christine Angot
Editions : Flammrion
224 pages
Prix : 19,50 €

 

begagAZOUG BEGAG : L’arbre ou la maison


    Là-bas à Sétif, de l’autre côté de la Méditerranée, il y a la maison familiale. Depuis de longues années, vivant à Lyon, Azouz l’écrivain et Samy l’arboriculteur n’y sont pas allés. Quelque temps après la mort de leur mère, les deux frères décident d’un voyage en Algérie- dans un double but : nettoyer les tombes de leurs parents et s’enquérir de l’état de la maison familiale. Début de « L’arbre ou la maison », le nouveau roman d’Azouz Begag, entre autres sociologue, ancien ministre et romancier depuis 1986 avec « Le Gone du Chaaba »- grand succès de librairie. On se met dans les pas de Samy et Azouz. Le premier craint ce retour dans une ville où il pense ne plus avoir de repères. Le second est impatient d’assister au réveil démocratique qui, alors, secoue l’Algérie. Et surtout, il nourrit un secret espoir : retrouver Ryme, son amour de jeunesse. Arrivés à Sétif, c’est la déception : les deux frères ne reconnaissent plus rien et, pour les locaux, ils ne sont qu’inconnus venus de France avec le statut de bi-nationaux. Une seule chose est toujours là, le peuplier planté tout près de la maison par le père un demi-siècle plus tôt- mais il a tellement poussé qu’il menace les fondations. Se pose alors un cruel dilemme : l’arbre ou la maison ? Un roman aussi ensoleillé qu’émouvant… 

   
L’arbre ou la maison
Auteur : Azouz Begag
Editions : Julliard
306 pages
Prix : 18 €

 

castillonCLAIRE CASTILLON : Son empire


    Implacable, l’ouverture : « Il la kidnappe. Comme un tour de magie. Je perds ma mère. J’ai sept ans ». On continue : « Il faut voir comment ça se passe. Le déroulement. Heure par heure. C’est intense. Ma mère est pourtant sur des rails. Je me la rappelle très bien à ce moment… » Une fois encore, avec son treizième et nouveau roman simplement titré « Son empire », Claire Castillon- apparue en littérature en 2000 avec le très remarqué « Le Grenier », déroule les thématiques qui lui sont chères : l’enfance, la perversité masculine, les contradictions féminines, toujours racontés d’une plume acéré et piquante. Ainsi, une fillette de 7 ans vit avec sa mère. Un jour, surgit un homme, le nouvel ami de la mère. « C’est une femme sous influence, confie la romancière. C’est l’histoire d’une destruction en marche ». La petite fille voit sa mère plonger. Et aussi l’ami manipuler sa mère. Femme faible ? follement amoureuse à en être aveuglée ? Lui, l’homme présente les tendances du pervers narcissique. Que peut faire la fillette ? Jusqu’où ira cette relation toxique, forcément toxique ? En grande forme, Claire Castillon tient lecteur et lectrice. Avec, au programme, une bonne dose d’un humour aussi glacial que glacé…

 


Son empire
Auteure : Claire Castillon
Editions : Gallimard
162 pages
Prix : 16,90 €

 

diopDAVID DIOP : La porte du voyage sans retour


    Se glisser dans le sillage d’un botaniste, d’un « voyageur scientifique ». Filer jusqu’au Sénégal avec un jeune homme venu de France, on est en 1750. On arrive là, à l’île de Gorée, en ce lieu surnommé « la porte du voyage sans retour » qui donne titre au troisième et nouveau roman de David Diop, récompensé en juin dernier par l’International Booker Prize pour son précédent roman, « Frère d’âme » (2018). Dans « La porte du voyage sans retour »- sous-titre : « Les cahiers secrets de Michel Adanson », le jeune botaniste a fait le voyage vers cette contrée qui est encore à l’époque une concession française. Il y débarque pour étudier la flore. Il souhaite rédiger une encyclopédie universelle du vivant. Pour y parvenir plus facilement, il va apprendre la langue locale, le wolof. Durant ce séjour, il apprend qu’une jeune femme africaine promise à l’esclavage a réussi à s’enfuir, à se réfugier quelque part aux confins du Sénégal. Dès lors, le botaniste n’aura plus qu’une idée fixe : retrouver cette jeune femme qu’on dit aussi belle que rebelle. Problème : dans sa fuite, elle a laissé mille pistes et pour le moins tout autant de légendes… Un texte lumineux et éblouissant, d’une écriture classique et ciselée, formidablement envoûtante.

 


La porte du voyage sans retour
Auteur : David Diop
Editions : Seuil
258 pages
Prix : 19 €

 

royerCORINNE ROYER : Pleine terre


    Neuf jours, huit nuits… Une cavale. Les gendarmes qui pourchassent, qui traquent. Un criminel ? Non, un éleveur qui n’a pas rempli les obligations administratives. Neuf jours, huit nuits contés en neuf chapitres dans « Pleine terre », le cinquième et nouveau (formidable) roman de Corinne Royer. L’auteure le confie : elle s’est inspirée de faits réels et d’une histoire vraie survenue en mai 2017 mais c’est une fiction. Une cavale mais pas seulement : avec la technique de la polyphonie, Corinne Royer explore à travers les témoignages des voisins, de la sœur ou encore des amis de son héros Jacques Bonhomme les tourments d’un monde paysan où, en France, on compte deux suicides par jour… Dans les pages prenantes, envoûtantes et éblouissantes de Pleine terre, il y a le désarroi d’un homme révolté qui dit non mais ne renonce, la perte de la raison de la vie et de l’espérance. Il y a aussi- et c’est tout le talent de Corinne Royer qui n’a pas cédé comme tant d’autres de ses consoeurs et confrères à la mode de la littérature « boboïsante » de la ruralité-, l’effondrement du monde paysan, l’aveuglement de l’administration, la solitude, les regrets, les souvenirs. Neuf jours, huit nuits, une cavale dans les forêts… et une fin que l’on sait inéluctable…


Pleine terre
Auteure : Corinne Royer
Editions : Actes Sud
338 pages
Prix : 21 €


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