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« Pierre Perret. La porte vers la liberté » d’Alain Poulanges : hommage au poète à la bouille de gamin…

  • Écrit par Serge Bressan

perretPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il y a les mots de Chateaubriand : « L’écrivain original n’est pas celui qui n’imite personne, mais celui que personne ne peut imiter ». Et aussi ceux de Paul Léautaud : « On vit mal des autres quand on ne sait pas d’abord rire de soi-même ». Deux citations offertes par Alain Poulanges en ouverture de « Pierre Perret. La porte vers la liberté », la biographie d’excellence qu’il consacre à ce chanteur aussi à l’aise avec la langue verte qu’avec la poésie classique. Un chanteur qui peut aussi bien aligner plus de 500 chansons depuis ses débuts en 1957 avec une chanson titrée « Moi j’attends Adèle » qu’écrire un dictionnaire thématique, « Le parler des métiers » ou évoquer sa passion pour la pêche à la mouche.

Dans le prologue, grand connaisseur de la chanson française qui fut une des belles voix de la FranceInter, Alain Poulanges nous prévient : « Qu’elles soient comiques, grivoises, engagées ou tendres, les chansons de Pierre Perret sont toutes des chansons d’amour. Des chants d’amour pour les plus faibles, les opprimés, les victimes des certitudes de quelques voyous avides ou déshumanisés. Depuis plus de soixante ans, ses refrains séduisent des anonymes issus de tous les milieux, filles ou garçons, bourgeois, artistes ou vagabonds, qui se retrouvent dans des inventions langagières dont on ne sait plus aujourd’hui si l’artiste les a prises à la rue ou si la rue les lui a empruntées »… Et soudain, nous viennent à l’esprit « Tout, tout, tout, vous saurez tout sur… » ou encore « Merci maman, merci papa ! », sans oublier les « Cuisse de mouche », le petit chalumeau du plombier, ces oiseaux libérés de leur cage par de sympathiques garnements ou encore les petits loups et toutes les Lily…
Au tout début de l’histoire, il y eut l’enfance. « Le temps des tabliers bleus », comme l’écrit Alain Poulanges qui précise : « Pierre Perret est né le 9 juillet 1934, et l’éducation que Claudia et Maurice Perret ont donnée à leur Pierrot n’eut rien de libertaire. A Castelsarrasin, dans les années 1930, le respect, la politesse, la courtoisie étaient de règle, et on enseignait aux enfants la manière de se comporter en société, face aux adultes, considérant qu’un enfant doit savoir rester à sa place ». On appelait cela une éducation stricte ou encore les bonnes manières si loin de toutes ces chansons que l’ami Pierrot écrira plus tard avec gourmandise, avec délectation : « Le Cul de Lucette », « Eroticoquines » ou revisitera en 2017 avec « Le Plaisir des dieux », un album de dix-sept chansons paillardes- parmi lesquelles « Trois Orfèvres », « Les Filles de Camaret, « Ô ma mère » et  »Adieu fais-toi putain »…
Au fil du temps, de Castelsarrasin à Paris en se posant à Nangis (Seine-et-Marne) là où il file après une tournée, Pierre Perret a connu les vaches maigres, le bonheur conjugal, la belle équipe, les boulets rouges et aussi le chant du monde. Des temps de vie, d’une vie qu’Alain Poulanges, en vrai connaisseur de la chanson française (contrairement à tant d’autres qui se prétendent seuls détenteurs de la connaissance du sujet), déroule avec une belle plume, une belle écriture. Son livre, c’est un hymne à la poésie. Une poésie à la bouille de gamin éternel qui, usant de l’argot, s’amuse des choses de la vie ou qui, maniant parfaitement la langue française, raconte la vie qui va, pointant le racisme, le sort des femmes malmenées ou enfermées, la planète en surchauffe (et ce dès les années 1960). Avec Pierre Perret (et les mots d’Alain Poulanges), on a hâte de retrouver le patron du Tord-Boyaux, Tonton Cristobal qui est revenu (« Des pesos des lingots il en a le cul cousu / La famille hypocrite crie vive le barbu »), Estelle (« Dites-lui mes amis / Combien je suis fou d'elle / Comment je suis puni / Que ça n'a rien de drôle / De se la mettre sous l' bras / En cherchant du pétrole / Dans le Guatemala ») , la p’tite Julia, une chevrette de 18 mois (« Elle est la reine / Ma p'tite Julia / Quand j'la promène / Au cinéma / Sur la pelouse / Tous les vieux beaux / Elle les a tous / À ses sabots »).
Et puis, à coup sûr dans un monde qui choisit le profit plutôt que le bonheur, on croisera une Lily qui viendra des Somalies : « Elle croyait qu'on était égaux, Lily / Au pays d'Voltaire et d'Hugo, Lily / Mais, pour Debussy, en revanche / Il faut deux noires pour une blanche / Ça fait un sacré distinguo ». Y a-t-il plus bel hymne contre le racisme ? Avec l’ami Pierrot, ouvrons la porte vers la liberté !

Pierre Perret. La porte vers la liberté
Auteur : Alain Poulanges
Editeur : L’Archipel
Parution : 20 octobre 2022
Prix : 20 €

Les concerts
- 1er décembre 2022 Châlon-sur-Saône (71). Salle Marcel Sembat
- 11 décembre 2022 Gien (45). Salle Cuiry
- 19 février 2023 Bar-le-Duc (55). La Barroise.

Extrait

« Depuis qu’il est célèbre, il a tissé une relation particulière avec les Français. Il les accompagne depuis si longtemps qu’il appartient un peu à chaque famille. Ses chansons sont un point de ralliement où grands et petits jubilent en chœur. Combien de fois est-il interpellé dans la rue par un joyeux « Salut Pierrot ! » Sans familiarité excessive, les gens viennent le saluer, lui serrer la main, lui demander un autographe ou une photo et le remercier d’avoir coloré leur vie de ses savoureux refrains. (…) Il garde toujours à l’esprit que le public est son seul patron, le seul juge efficace et, si quelques-uns de ses collègues trouvent que la célébrité est un fardeau lourd à porter, lui préfère trouver ça magnifique… »

 


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