« Le Horla » : le fantôme de Maupassant par Paul & Gaëtan Brizzi
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Dès les premières planches, en noir et blanc, on est dans l’ambiance, sombre et inquiétante. Une grande maison de maître cossue, en bord de Seine. Le propriétaire, seulement entouré de domestiques, semble y couler des jours paisibles, jusqu’à ce qu’il regarde passer un voilier venu du Brésil, lors d’une promenade. La nuit suivante, il sent une présence dans sa chambre. Au fil des jours, l’angoisse monte crescendo. Il se sent épié, menacé, angoissé, sous emprise. Même à l’extérieur de ce piège, dont il a parfois du mal à s’extraire, dans la forêt, une entité menaçante le guète, le poursuit. Est-ce réel ou dans sa tête. Devient-il fou ?
« Le Horla » est une longue nouvelle fantastique de Guy de Maupassant, parue en 1886, puis dans une seconde version l’année suivante, sous forme de journal intime – la plus connue -, qui favorise l'identification au narrateur. Le neveu de Gustave Flaubert y décrit la déchéance psychologique progressive du narrateur, poursuivi par une créature invisible, baptisée « le Horla », dont il ne sait si elle est véritable ou le résultat d'un trouble psychiatrique. Un domaine de la médecine tout juste exploré à l’époque. Il cherche à s'en détacher par tous les moyens possibles : sortir de cette demeure cossue – trop grande pour lui, tout en devenant étouffante, le soir venu -, aller à la rencontre du monde, relativiser… Dans ce récit en monologue, Maupassant décrit un personnage autodestructeur, torturé, gagné par le doute, et qui finit par tous les états de la dépression : paranoïa, hallucinations, cauchemars, crises d’angoisses, insomnie, avant de tomber dans la démence totale.
Quand il écrit ce texte étrange, et pénétrant, Maupassant connaît lui-même des troubles psychiatriques, qui s’avéreront être les symptômes de la syphilis, dont il mourra cinq ans plus tard. « Le Horla » est connue pour être la première œuvre de fiction à présenter l'évolution d'un trouble mental, sous son angle médical, à travers les pensées de celui qui le vit. Les Brizzi (frères, Gaëtan et Paul) ont su illustrer la sourde angoisse de cet homme trop seul pour être heureux. Il a beau être bel homme, et de bonne condition (à tous les niveaux), il s’emm… A ne faire que lire le journal, le matin, et se promener, l’après-midi, pour parader en société. C’est un bourgeois sans travail ni famille.
Le dessin charbonneux rend bien l’ambiance dépressive de cette grande maison froide car sans vie. Plus que ses formes spectrales, le vrai monstre indéfinissable, c’est la solitude et l’ennui qui perdurent (jusqu’à la fin… la grande faucheuse rôde) dans le frisson de la nuit. Brrrr. Il n’est pas étonnant que ce chef-d’œuvre reste un modèle régulièrement étudié au collège. Outre la description du dédoublement de personnalité qui menace toute conscience en détresse, c’est un chef-d’œuvre du style « romantisme noir », façon Edgar Poe et E.T. A Hoffmann., l’auteur des célèbres « contes », que les dessins inquiétants des Brizzi, déjà à la hauteur du talent de Maupassant, rapprochent du style de Lovecraft (Howard Philipps, dit « H.P », connu pour ses récits fantastiques d’horreur). Ce qui n’est pas un mince compliment.
Le Horla
De : Guy de Maupassant
Editions : Futuropolis
Dans la Bibliothèque Fantastique (1) de Paul & Gaëtan Brizzi
80 pages
Prix : 19 € Futuropolis
Parution : 6 mai 2026
(1) : « La bibliothèque fantastique » de Paul et Gaëtan Brizzi est une nouvelle collection chez Futuropolis. À raison d’un titre par an, les deux frères adapteront nouvelles, ou courts romans, de littérature fantastique. Après Guy de Maupassant, rejoindront la collection : Alexandre Dumas, Gaston Leroux… ça promet !






