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Une Histoire autrichienne, dissection d'un héritage empoisonné : le récit d’une vérité inavouée qui met en lumière l’engrenage de l’embrigadement et de la puissance larvée de la propagande

  • Écrit par : Christian Kazandjian

autrichiennePar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Lukas est un adolescent dingue de foot ; il collectionne les vignettes Panini de ses idoles, Zidane et tous les héros de la coupe du monde 1998. Mais, c’est le ski qui occupe chaque vacance, en Autriche chez le grand-oncle Léopold, Poli pour les intimes.

Chez ce parent, il vit à l’autrichienne (saucisses, knödel, allemand), et à la française, à Paris (Stade de France pour les matches de foot, visites). Mais, un jour, le passé de Léopold surgit : une pluie de documents cachés, mais qui n’échappent pas à la curiosité de Lukas, lui tombe dessus.
Commence, alors, une forme d’enquête sur le passé de ce parent aimé qui fut, durant la Seconde guerre mondiale, membre des jeunesses hitlériennes. Parmi le fatras, un album, du même genre que celui de ses Panini, interpelle l’adolescent : y figurent les photos des hiérarques du Troisième Reich : Göring, Himmler, Hitler. Dès lors, se déroule, jouée par son petit-neveu, la vie de Léopold. On le suit dans les camps de jeunesse où l’endoctrinement se fait à coups de récompenses et d’humiliations, d’exercices de guerre, et d’exaltation, à travers chants et slogans, de la grandeur du peuple allemand. Les instructeurs y prêchent la virilité, scandent des théories sociales et politiques prônant la force, le besoin d’expansion par la colonisation, l’instinct de primauté de la race. La découverte du parcours du jeune nazi est ponctuée de dates, de l’anschluss en 1938, à la débâcle de 1944, avec la fuite à travers la France, n’excluant pas de nouvelles exactions et assassinats. Se pose, alors, la question de la véracité des récits qu’attesteraient objets, coupures de journaux, documents rehaussés de croix gammées. Si l’appartenance à l’organisation nazie est indéniable, qu’en est-il de l’implication de l’adolescent autrichien ? Adhéra-t-il à l’abominable idéologie ? Fut-il contraint ? Ainsi, face au silence pesant observé dans la famille, surgissent des interrogations lancinantes pour Lukas : ses parents, qui dressent un portrait affable de l’aïeul, savaient-ils ? Et savent-ils aujourd’hui ? Protègent-ils un complice des atrocités nazies ? Refusent-ils de voir une vérité qui bouleverse le jeune homme ?

histoire Une histoire très actuelle

Le décor et les éléments sont blancs, comme pour signifier un disque dur, une mémoire effacés (les preuves accablantes sont, littéralement, cachées sous le tapis). Puis, les murs se chargent de signes, d’écrits, au fur et à mesure qu’affluent les souvenirs. Les objets (allumettes illustrant les hommes, maquettes et figurines évoquant les villes, la nature) réduits à la dimension de jouets que manipule l’acteur-auteur découvrant l’horreur, le mensonge, ponctuent le récit, lui confèrent fragilité et force, tout à la fois. Arno Wögerbauer, qui fait office d’interprète, de régisseur, d’habilleur, voire de décorateur, évolue avec une versatile aisance, dans un tempo d’une stricte précision.
Une Histoire autrichienne emprunte, en grande partie, à la chronique familiale d’Arno Wögerbauer, un des quatre co-directeurs de la compagnie Les Maladroits. Marion Solange Malenfant a écrit le texte ; Benjamin Ducasse et Arno Wögerbauer, qui joue, seul, en scène, ont signé la mise en scène. Un travail collectif qu’il faut saluer, tant le thème ressort d’une brûlante actualité, bien qu’évoquant des événements passés. Se posent les questions du négationnisme, de la domination, de la réécriture de l’histoire, du dévoiement du langage, de l’inversion des valeurs. Un spectacle salutaire.

Une Histoire autrichienne

Spectacle conçu, dirigé et interprété par la Compagnie Les Maladroits

Texte : Marion Solange-Malenfant
Mise en scène et direction d’acteur : Benjamin Ducasse
Assistant à la mise en scène : Christophe Gravouil
Mise en scène et jeu : Arno Wögerbauer
Scénographie : Tiphaine Monroty
Création lumière : Jessica Hemme
Création sonore : Erwan Foucault
Costumes : Sarah Leterrier
Régie générale : Azéline Cornut
Administration : Pauline Bardin
Direction de production et diffusion : Elsa Posnic
Production et logistique : Eva Bury

Dates et lieux des représentations:

- Jusqu'au 18 avril 2026 à Le Mouffetard, Paris 55e (01.84.79.44.44.) - https://lemouffetard.com/


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