Les grandes illusions : un huit clos psychologique sur la déconstruction de l'amour maternel
- Écrit par : Xavier Paquet
Par Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Au centre du plateau, une estrade en bois clair éclairée de néons blancs, lumineux autant que blafards. Au milieu de celle-ci, une table large mais vide servant autant pour manger que pour passer du temps. Une estrade en forme d’octogone comme un lieu de combat, une arène sur laquelle monter. Pourtant rien ne prédestine à une bataille quand Arthur vient rendre visite à sa mère afin de lui présenter sa compagne.
Pourtant, dès les premières répliques, les échanges sont à couteaux tirés entre un fils trentenaire, écrivain talentueux et homosexuel, et sa mère moqueuse, interrogatrice et inquisitrice. C’est un duel qui se joue tant l’étonnement pointe derrière cette relation féminine après tant de passions masculines. Pourtant derrière cette apparence classique, c’est un questionnement plus intérieur qui se trame en toile de fond : la déconstruction de la relation mère-fils, le rôle du père gynécologue dans l’amour ou le rejet des femmes, l’infidélité supposée de la mère dans l’absence de projection de ce qu’est un couple heureux. Quand les masques tombent, ce sont les reproches qui surgissent, les angoisses qui se ravivent, les traumatismes qui éclosent.
Dans ce huit clos psychologique, ce sont deux caractères qui s’affrontent : un fils complexé, tourmenté, une mère autoritaire et provocatrice, un esprit en quête face à un esprit incisif. Pas de stratégie ni de manipulation, juste des modes d’attaque et de défense de part et d’autre quand chacun se retrouve confronté à sa vérité.
Très cérébral, le texte s’appuie sur des phrases courtes et vives mais aussi des explications plus nourries où la complexité des êtres se révèle, où les non-dits deviennent bruyants, où les malheurs et incompréhensions s’opposent aux jalousies et aux peurs. D’une plume fine et intelligente, ces joutes verbales appuient là où ça fait mal, sans pathos ni dureté, avec le ton juste mais on peut regretter qu’elles n’arrivent pas à aller dans davantage de transgressivité pour franchir certains rubiconds d’amabilité.
La scénographie se complète de longs rideaux filants qui ne masquent pas ce qui se passe derrière : une zone de confessions, de passage, d’évocations et de réflexions intérieures comme de souvenirs ou de nostalgie. Un lieu d’évasion comme de refuge personnel et intime. Et puis à table ces trois chaises : l’une pour la mère, l’autre pour le fils et la dernière pour le père décédé ou bien pour la femme, présence fantomatique qui traverse le plateau comme elle disparait, gênée par l’incongruité de la situation. Personnage intriguant et intéressant auquel une part maigre sera donnée : un jeu en silence et uniquement dans la gestuelle. Ce qui est dommage pour faire exister un troisième rapport de force et créer un déséquilibre dans ce triangle relationnel. Alors que le jeu des comédiens est juste, posé, en rythme et nuances, tout en sensibilité et en frustration feutrée.
Dans ce cache-cache des sentiments et des ressentiments, « Les grandes illusions » ce sont celles que tout un chacun peut avoir de ne pas avoir évacué certaines blessures du passé, d’avoi cru être construit ou reconstruit et de constater que cet édifice est fragile. Et si se connaître n’était qu’une grande illusion inatteignable ?
Les grandes illusions
Texte : Arthur Dreyfus
Mise en scène : Laurent Charpentier assisté par Yann Pichot
Scénographie : Gaspard Pinta
Création lumière : Laïs Foulc
Création sonore : Madame Miniature et Samuel Robineau
Avec Hélène Alexandridis, Arthur Dreyfus, Louise Hardouin et Laurent Charpentier
Dates et lieux des représentations:
- Du 7 au 18 avril 2026 aux Plateaux Sauvages ( 5 rue des Plâtrières, 75020 Paris) Tél. : 01 83 75 55 70 / Mail :






