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Carmen. : un spectacle magique, immersif et habité

  • Écrit par : Stéphanie de Montchalin

CarmenL'avis de Stéphanie de Montchalin - Lagrandeparade.com/ C’est Carmen. avec un point et non Carmen tout court !

François Gremaud apporte sa touche personnelle à l’opéra lyrique de Bizet, ou plutôt sa propre ponctuation ! C’est avec un souffle tout nouveau qu’il réécrit une réduction du célèbre opéra de Bizet pour une soliste et un quintet de cinq musiciennes ! Audacieux mais délicieux ! Un spectacle théâtral et chanté qui emporte le public dans un voyage opératique où l’imagination n’a plus de limite sous les doigts de fée de Rosemary Standley. Les spectateurs sont emportés par le récit captivant de l’oratrice, par sa voix polyphonique et sa gestuelle de magicienne ; elle habite la scène, l’anime, la peuple en donnant généreusement à voir et à entendre l’histoire de Carmen. Et les charmes de la conteuse opèrent doucement sur la scène. Ses récits, aux allures d’hypotyposes, alternent avec les grands airs de cet opéra-comique. Tout se déploie, tout prend vie dans l’invisible qui devient visible comme par enchantement.

Du bout des doigts, d’une seule voix, la sublime comédienne et chanteuse incarne tout un opéra qui est mis en abîme dans un spectacle innovant, créé de toute pièce par le metteur en scène, François Gremaud.
Tel le souvenir de Combray qui ressuscite au goût de la madeleine trempée dans une tasse de thé dans La Recherche de Marcel Proust ; ici, c’est tout l’opéra de Bizet qui se déploie sous la cape caressante de Rosemary Standley : cigarières, soldats, bohémiens, toréadors, l’ensorcelante Carmen et son Don José prennent vie grâce à la comédienne qui les incarne tour à tour sans répit durant quatre actes qui s’enchaînent dans un tourbillon de notes exécutées avec virtuosité par un quintet féminin, relevant le défi de tout un orchestre symphonique !
Tout prend forme sous la baguette de la comédienne qui dirige magistralement tel un chef d’orchestre l’entrelacement de deux spectacles qui cohabitent dans une mise en abîme époustouflante, dynamique et propice à la bonne humeur. Le public est ainsi transporté, tantôt dans le passé en 1875 sur la scène où a eu lieu la première de Carmen de Bizet, tantôt de retour sur la scène contemporaine où l’oratrice reprend son récit cadre en commentant avec beaucoup d’humour l’opéra du célèbre compositeur. On rit beaucoup aux calembours de la conteuse, à ses clins d’œil inattendus et non moins cocasses à Jacques Brel, à Catherine Deneuve… ; autant d’apartés qui viennent signer une grande connivence avec la salle qui s’amuse beaucoup de ces nombreuses surprises venant pimenter le spectacle.
Autre point fort de cette création proposée par François Gremaud, c’est la part débordante d’imagination qui est accordée aux spectateurs car la comédienne est seule sur scène dans un décor en apparence minimaliste mais qui se révèlera si fécond par sa parole qui invite à planter des décors imaginaires paradoxalement très présents sur la scène !
La puissance évocatoire de l’artiste n’en finit pas de se déployer encore lorsqu’elle nous donne l’illusion d’endosser nous aussi des rôles dans ce spectacle fait de surprises. On se laisse prendre en devenant le public de 1875 qui assiste à la première de Carmen. C’est ainsi que nous nous retrouvons assis aux côtés de Gounod, de Massenet, de Daudet et de Bizet ! Nous nous mettons avec enthousiasme à entonner les « tubes » de Carmen comme « Toréador », « La Séguedille » ou encore la célèbre « Habanera ». Et pour finir, nous nous laissons prendre encore dans les filets de la comédienne qui nous fait lire le livret de Carmen. (avec un point) dans lequel nous faisons partie du spectacle ! C’est tellement bluffant !
Cet opéra-comique contemporain propose donc une relecture innovante qui naît du charme envoûtant de Rosemary Standley et de la musique tout aussi séduisante des cinq musiciennes. Le sortilège opère sur le public à l’image de celui de Carmen sur les hommes qu’elle séduit.
Rosemary finit par être Carmen : ensorcelante de magie, elle a conquis à l’unanimité le public du printemps des comédiens qui, in fine, lui offre une ovation retentissante !

François Gremaud nous propose une version brillamment renouvelée et rafraîchissante de ce célèbre opéra, en égrenant cette relecture d’autant de clins savoureux faits de calembours, d’allusions modernes, de commentaires plein d’humour… On rit, on chante, on imagine…
La dimension tragique et grave n’en est pour autant pas exclue. Le tragique est là lui aussi, sous-jacent et grandissant jusqu’au dernier acte renvoyant même à la question du féminicide avec un humour décapant et grinçant. La figure intemporelle de Carmen invite à réagir encore de nos jours.
Carmen avec un point signe tout le génie créateur de Gremaud qui parvient une fois de plus à faire revivre avec force et caractère une nouvelle figure féminine tragique et inoubliable qui suscite encore notre admiration.

L'avis de Nelly Bonnet

«Comme quoi, le première des règles de l’art, c’est quand même avant tout de ne pas hésiter à enfreindre les autres.» Liberté. Chantée par l’opéra original et célébrée par cette pièce en forme de porte d’entrée passionnée proposée par François Gremaud. Passionnée, passionnelle, passionnante, ainsi est idéalement abordée Carmen, dans cette œuvre pédagogique et accessible, portée par l’interprétation de la comédienne-chanteuse Rosemary Standley et le quintet virtuose qui lui donne la réplique musicale.
Tandis que, seule interprète en scène de l’ensemble des personnages, la conteuse cantatrice déploie des trésors de schizophrénie enfantine, les cinq musiciennes nous inondent depuis le fond de scène des indispensables notes à comprendre et ressentir le chef-d’œuvre. Le spectacle est de ceux qu’on ne quitte pas vraiment, pimenté et solaire, les heures et les jours qui le suivront seront partagé entre écoutes d’une Habanera cubaine et la folk virevoltante de Moriarty.
Mise en lumière absolument intemporelle du regard qui couvre la femme libre de ses choix.

Carmen.
D’après Georges Bizet, et les librettistes Ludovic Halévy, Henri Meilhac.
Mise en scène :  François Gremaud.

Avec : Rosemary Standley

Musiciennes interprètes (en alternance) :
Accordéon : Laurène Dif et Christel Sautaux
Harpe : Tjasha Gafner et Célia Perrard
Flûte : Héléna Macherel et Irene Poma
Violon : Sandra Borges Ariosa et Anastasiia Lindeberg
Saxophone : Bera Romairone et Sara Zazo Romero

Dates et lieux des représentations: 

- Découvert en juin 2023 au Domaine d'Ô dans le cadre du Printemps des Comédiens ( 34) 

- 5 — 7 février 2026 - Le Cratère, Scène nationale d'Alès (FR)
- 3 mars 2026 - Les 2 Scènes, Scène nationale de Besançon (FR)
- 5 mars 2026 - Le Grand R – Scène nationale, La Roche-sur-Yon (FR)
- 6 mars 2026  - Espace Culturel Capellia, La Chapelle sur Erdre (FR)
- 17 mars 2026  - Théâtre des Sablons, Neuilly (FR)
- 19 — 21 mars 2026  - Le Zef, Scène nationale de Marseille (FR) avec La Criée, Théâtre national de Marseille (FR)

 

 

 

 

 


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