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Les quatre vents du désir : vingt nouvelles percutantes, drôles, cyniques, poétiques, pour retrouver tout le talent de l’autrice

  • Écrit par : Sylvie Gagnère

quatre ventsPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ C’est toujours un bonheur de découvrir de nouvelles pépites d’Ursula K. Le Guin. Dans ce recueil, pas moins de vingt nouvelles, surprenantes, déchirantes, étranges. Elle y parle de science, d’art, de féminisme, de politique, de psychologie, de deuil, en usant de l’humour, de la satire, de l’absurde, de la poésie. Enracinées dans la science-fiction ou dans la fantasy, dans le fantastique ou dans la blanche, ses récits portent cette marque que l’on reconnaît : une passion pour la vérité de l’humain, des qualités d’observation remarquables, une réflexion profonde qui vise à éveiller les consciences sans donner de leçon.

Dans « L’auteur des graines d’acacia », elle pose les bases d’une nouvelle discipline, la théorilinguistique qui étudie les systèmes de langage animal, nous poussant à questionner ce que nous pensions savoir. « Le Chat de Schrödinger » met en scène le célèbre félin quantique dans un jeu littéraire réjouissant.

Côté dystopies, on retiendra « La Nouvelle Atlantide », un texte sombre et poétique, ou « Le test », une histoire où la santé mentale se révèle l’enjeu d’une surprotection qui permet aux dirigeants de contrôler toute la population, en s’ancrant dans un totalitarisme effrayant, sans oublier « Le journal de la rose », où une psychologue s’aperçoit que sa spécialité est devenue un moyen de répression des opposants politiques et « Le Phoenix » dans laquelle des milices détruisent les livres.

« Deux retards sur la ligne du Nord », « Une pièce d’un sou » et « L’eau est vaste » traitent chacune à leur façon de la mort, du deuil, de l’après...

La question de l’altérité se pose avec acuité dans « Premier rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb », dans « Intraphone », une nouvelle qui flirte avec l’absurde pour proposer une critique acerbe du sexisme, dans « Labyrinthes », où l’expérience est vue par le cobaye et qui décrit toute l’horreur d’une expérimentation, ou encore « Les sentiers du désir » où des ethnologues et des linguistes sont confrontés à une curieuse culture.

L’humour se révèle avec « Le récit de sa femme », un conte fantastique à la chute surprenante, ou « Quelques approches au problème du manque de temps », une parodie de traité scientifique bien menée.

Mention spéciale à deux récits particulièrement marquants : « Sur », qui raconte la toute première expédition au pôle Sud d’un groupe de femmes, et « La harpe de Gwilan », une histoire d’amour de la musique, touchante et brillante, au ton lyrique parfaitement maîtrisé.

Ursula K. Le Guin décrit la beauté du monde et dénonce avec force et talent les travers du capitalisme, du sexisme, de l’oppression des minorités, de la volonté des puissants de toujours plus asservir les pauvres. La spécificité de ses textes ? S’attacher à des personnages « ordinaires », à leur humanité qui nous les rend si semblables.

Notons enfin la préface de David Meulemans, qui éclaire superbement l’œuvre d’Ursula K. Le Guin, et l’entretien de l’autrice avec Hélène Escudié, où elle se montre une nouvelle fois pertinente et captivante.

Les quatre vents du désir est un recueil dense, passionnant et exigeant, qui s’adresse plutôt aux lecteurices familier·es de l’autrice.

Les quatre vents du désir 
Autrice : Ursula K. Le Guin
Éditions : Le Livre de Poche
Parution : 11 février 2026
Prix : 10,40 €


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