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Oasis : chronique d’une utopie permacole

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Tout commence, en 2019, avant la crise du Covid-19, par une scène a priori banale. La narratrice, une femme d’une cinquantaine d’années, allume une clope sur le quai d’une gare, avant son départ pour Pau.

Un policier zélé lui colle une prune. Elle sait très bien qu’elle a tort mais elle n’en démord pas, ça la fiche en colère, il est temps qu’elle quitte (à nouveau) la capitale, où il y a trop de monde, de bruit, de voitures, de pollution et d’interdits. Elle a toujours eu un côté rebelle et, non pas la bougeotte, mais le goût de l’aventure. Sa carrière professionnelle, riche de rebondissements, en atteste, puisqu’elle fut matelot, et prof de gym pour séniors, à Toulouse, cheffe de projet dans la communication, à Paris, chroniqueuse télé à La Réunion (Océan Indien), administratrice de production, ou encore « valoriste » et commerciale à Marseille, où elle habite actuellement. Ces différents métiers lui ont inspiré un récit intitulé Gagner sa vie, c'est du boulot, paru en 2023 chez « Passer la Porte Éditions ».

Oasis est le premier roman d’Angela Fernandes, née à Lisbonne, au début des années 60, sous la dictature salazariste, mais elle fait ses études à Paris. On retrouve notre héroïne indépendante au sein d'un « écolieu », en plein cœur du Béarn. Kézako ? Un écolieu est un lieu de vie et d’activité qui place l’écologie, la solidarité et le respect du « vivant » au cœur de son fonctionnement. Ça, c’est sur le papier, en théorie. En réalité, sur le terrain, c’est une source de « problemos » (référence au film satirique d’Eric Judor, réalisé en 2017, dans lequel un couple de « bobos » parisiens, de retour de vacances, s’arrête dans une « communauté », inspirée des « zadistes » en Ardèche). Ici, il est question de « permaculture ». Il s’agit de concevoir des écosystèmes durables et productifs en s’inspirant du fonctionnement de la nature. CQFD.

Notre narratrice au fort caractère, libre et singulière, y croit dur comme fer. Mettre les mains dans la terre, c’est son truc. Elle se voit bien au sein d'un collectif de réfractaires au « système ». En fait, une bande de « bras cassés » qui rêvent de changer le monde mais s'y prennent comme des pieds. Le problème, ce n’est pas la nature, c’est l’humain… et sa nature sociopathe.

Tout se passe à peu près bien lors de l’installation de demi-douzaine d’occupants, qui trouvent leur place dans la grande demeure située face à l’horizon Montagneuse. Comme au théâtre, les personnages entrent en scène les uns après les autres, arborant au début leurs plus beaux atours. Ils font connaissance. Marquent leur territoire. Il fait beau. Les salades et les patates poussent… Forcément, c’est le printemps. Chaque protagoniste débarque avec son histoire, son caractère, ses boulets psychologiques. Ils sont arrivés avec des rêves, une utopie comme objectif. La réalité va les rattraper, inévitablement.

La dynamique de groupe se construit, peu à peu, sous les yeux du lecteur, et se lézarde au fur et à mesure que chacun dévoile son vrai visage face à l’adversité : « Ce jour-là, un silence lourd plombe l'atmosphère, hommes et bêtes retiennent leur souffle, accablés, le moindre geste déclenchant une suée intense. Cependant, entre le petit matin et la fin de l'après-midi, nous parvenons à dégager la devanture de la dépendance en vis à vis des coteaux. Lancés dans une opération de débroussaillage conséquent, une belle surprise nous attend. A l'extrémité de l'atelier, une porte s'ouvre sur une courette, couverte d'une tonnelle bringuebalante. En avançant, on arrive sur un sol bétonné, qui évoque la forme d'un balcon mais dépourvu de garde-corps. Il surplombe un accès à la serre et l'escarpement forestier. Désigné depuis comme « le promontoire », l'endroit est débarrassé de mètres et de mètres de ronces et de lierre grimpant qui l'avaient rendu inaccessible. Une fois le travail achevé, nous prenons conscience de son potentiel extraordinaire comme nouveau point de vue. Il élargit désormais notre vision sur la gauche de la chaîne pyrénéenne, où elle s'affaisse en oblique, comme si le paysage s'estompait pour finalement se fondre dans l'infini. »

Le désenchantement est progressif, et s’accélère de manière exponentielle, quand des nouvelles pièces rapportées perturbent le fragile équilibre installé malgré tout sur la « propriété », pourvue d’une piscine désaffectée. Les prises de tête se répètent inlassablement. Pour se ressourcer, la narratrice se réfugie dans sa chambre, le seul lieu où elle peut être tranquille et continuer de rêvasser. Au moins, elle aura essayé. Puis l’argent s’en mêle… On lui demande de participer à plus haute échelle, alors qu’elle pointe au chômage. Les relations se tendent. Un couple, pété de thunes, fait cause commune, forcément. Comme dans Koh-Lanta, et/ou dans le monde de l’entreprise – qu’elle a fui comme la peste -, les plus faibles, ou moins tordus, se font éliminer au conseil. De la « communauté ». Moralité, les bonnes intentions ne font pas le poids face à des humains défaillants, malgré leur sincérité.

Le récit de L'Oasis est né de l’expérience personnelle d’Angela Fernandes. Il s'agit de la première fiction ayant pour thème central le quotidien concret d'un groupe « d'alternatifs », s'adonnant à une expérimentation sous la bannière de la permaculture. Il est tentant de se gausser de ces communautés « post-hippies », issues des années 70. Pourtant, à l'ère de la crise climatique, ces minorités moquées ont compris les véritables enjeux (en disant non à la déforestation et aux pesticides, par exemple) et, à leur manière, ce sont eux les plus pragmatiques. Réaliste, Angela n’a eu qu’à puiser dans ses souvenirs, certes mais encore fallait-il l’écrire. Le style est clair et précis, sans esbrouffe. C’est très visuel, imagé. L’autrice ne se complait pas dans des jérémiades psychopolitiques. Elle n’exprime pas le fond de sa pensée, se contente de décrire les faits et gestes. Non sans humour, parfois. Car, avec du recul, il était évident que ces citadins, pour la plupart, allaient dans le mur. Au lecteur, et à la lectrice de se faire une opinion. A propos, Oasis n’est encore officiellement paru aux éditions Maïa, lesquelles proposent plusieurs options pour le précommander (l’édition va tellement mal en ce moment, que de nouvelles pratiques émergent pour être publié.e hors des réseaux classiques). Plus les contributeurs, ou « apprentis mécènes », seront nombreux, plus le livre sera promu et diffusé. Il s’agit de prévente, pour une modique somme (de 6 à 35 € et +), ils recevront l’ouvrage en avant-première, frais de port inclus, Lulu ! Les autres se contenteront de la version numérique. Quand on vous dit qu’Angela Fernandes croit encore à la solidarité !

Oasis
Editions : Maïa (Euthena : promotion de la culture)
Auteure : Angela Fernandes
250 pages 

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