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“(Not) Born in the USA” : the big Bonifay au pays des MAGA

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Où il est question d’un libraire au look (et la corpulence) de feu James Crumley, un des meilleurs auteurs de roman noir de ces quarante dernières années.

Sébastien Bonifay, comme son nom ne l’indique pas, est né en Corse, où il s’est fait connaître comme libraire, et organisateur d’un salon littéraire réputé (« Libri Mondi broie du noir »). Ce qui explique peut-être pourquoi ce colosse, barbu comme un coureur des bois, ne s’est pas laissé intimider par James Ellroy, qu’il s’est mis dans la poche, somme toute assez facilement, pour l’interviewer chez lui, à Denver (Colorado). Et oui, le grand James ne vit plus à Los Angeles, la ville qui l’a rendu célèbre… C’est une des choses qu’on apprend, entre autres, dans ce récit de voyage littéraire intitulé : “ (Not) born in the USA”, en clin d’œil, évidemment, à la célèbre chanson du « boss », Bruce Springsteen.

Partir à la rencontre des écrivains américains n’est pas nouveau. Les éditions Melmac, sise à Marseille, viennent de rééditer le voyage de Cédric Fabre, réalisé il y a trente ans, avec le photographe David Balicki, dans le Montana, sur la piste du fameux James Crumley, et consort (James Lee Burke, Rick Bass et quelques autres native-writers), notamment autour des bars de la ville de Missoula. Plus récemment (2014), Pauline Guéna et son compagnon Guillaume Binet, à la photo, ont entraîné leurs quatre enfants, à bord d’un camping-car, à la rencontre d’écrivains US de poids (Richard Ford, tout d’abord, au Canada, puis Dennis Lehane, Russel Banks, ou T.C Boyle, au nombre de vingt-six). L’ouvrage, réédité chez 10/18, en poche, a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle.

Ce qui distingue, et différencie, ce énième road trip, c’est la manière dont il l’a écrit, à savoir dans le style gonzo (journalisme littéraire). A la cool, en beaucoup moins frénétique que l’agité du bocal, Hunter Thompson (Las Vegas Parano). D’où l’intérêt de la maison Marchialy, spécialiste de ce genre littéraire, dans l’hexagone, avec les Editions du Sous-sol. Eux non plus n’ont rien inventé, mais comme le bastiais, ils sortent des sentiers battus, et rebattus, en traitant de sujets a priori peu porteurs commercialement (le trafic de cornes de Rhinoceros, l’activité pastorale, des « cold case »…). Mais revenons à notre Corse qui aime prendre son temps, ce, même avec des écrivains peu connus du grand public, tels que Stuart Dibek (Illinois, Chicago), Eddie Chuculate (Kansas), et Willy Vlautin.

Son premier voyage aux States a été 2016, ce qui donne un coté décousu, sans fil conducteur, apparemment, qui n’est pas dérangeant. Au contraire. Les coulisses du « reportage » nous en apprennent autant, si ce n’est plus, que les propos des auteurs. Ainsi, lorsque Chris Offut – l’un des rares à pouvoir rivaliser avec le regretté Crumley -, se fait chambrer pas son ex, on ne sera pas surpris d’apprendre qu’ils se sont séparés… et qu’il s’est mis à la photo, des années plus tard. De même, le portrait d’un Benjamin Whitmer noctambule, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est très proche des personnages de ses romans socio-historiques, excellemment traduits par Jacques Maillhos, chez Gallmeister. La suite est à l’avenant. Tant pis si Daniel Woodrell lui pose un lapin. Les conversations, à bâtons rompu, souvent hachées et interrompues par la vie quotidienne, en disent long sur Eddie Chuculate, qui a l’air vraiment barré, et Stuart Dibek, une crème de poète, à la marge de la catégorie « Noire ».

On ne sera pas surpris de lire que le pit-bull Ellroy a taclé Whitmer, sans le connaître, alors que ce dernier l’admire. Les écrivains ne se lisent pas, ils s’observent, c’est bien connu. Mais, ce qui différencie les nord-américains des franco-européens, c’est qu’ils ne mettent pas les romanciers sur un piédestal. Un chauffeur-routier, fils de Red necks du Minnesota, ou des Appalaches, sera autant respecté qu’un intello newyorkais. Du moment qu’il est bon et que ça se vend ! Le journaliste-libraire-auteur Sébastien Bonifay a procédé ainsi. Sans se la jouer spécialiste de littérature américains (qui va de Pynchon à de Lillo, en passant par Colum McCann et Dave Eggers, Joyce Carol Oates, etc). Take Care. Good job, dude ! (Pas) né en France, mais Corse…

(Not) Born in the USA
Editions : Marchialy
Auteur : Sébastien Bonifay
352 pages
Prix : 21, 50 €
Parution : 3 septembre 2026


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