« Nuit blanche » d'Alain Denizet : Quand Désiré découvre la neige ou La nouvelle traversée de Paris
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Un 18 décembre, à Paris, Place Maillot, un jeune burkinabé, prénommé Désiré, découvre non seulement la capitale française, dont il a si souvent entendu parler, mais la neige.
C’est peut-être ce qui le surprend le plus, au point de tout de suite prendre une photo de ses cheveux noirs blanchis, comme s’il était vieux. Pour le moment, il ne sait pas où donner de la tête, tant il y a de choses à voir, et à ressentir, dans les rues qu’il emprunte pour rejoindre son cousin, à l’autre bout de la ville. Une sacrée trotte, mais rien à voir avec ce qu’il a enduré pour arriver là, au cœur du Sahara, en pleine mer Méditerranée, et en Italie, où il n’était pas le bienvenu. Il est vivant, c’est le principal.
En écrivant « Nuit Blanche », qui se déroule en une dizaine d’heures d’affilée, Alain Denizet s’attache à rendre humain cet « immigré », comme on disait avant, taxé de « migrant » par des observateurs (journalistes, politiques, quidam) plus ou moins empathiques. On sent qu’il connait bien le sujet, si l’on peut dire, car il a vécu des années au Burkina-Faso, pour son travail. Aujourd’hui retraité, il peut enfin exprimer son amour pour l’Afrique, au moyen de l’écrit. C’est ainsi qu’il décrit l’agitation de Paname bloqué par les embouteillages et assommé de bruit, aux alentours du Palais des Congrès, à travers les yeux d’un gamin plein d’espoir. Il est venu en France pour vivre mieux, tout simplement.
Le style d’écriture est simple, sans fioritures. L’auteur raconte une autre traversée de Paris, que celle de Bourvil et Gabin, dans le film du même nom. Pas de couvre-feu ici. Le héros (car c’en est un ) marche au milieu du vacarme de la circulation, et découvre la « ville lumière », décorée de guirlandes de Noël, et surtout ses monuments, comme la Tour Eiffel. Malgré la fatigue, il est émerveillé. Désiré n’a jamais vu autant de voitures (en bon état) d’un coup, depuis qu’un automobiliste l’a lâché à une sortie du fameux « périph’, où roulent encore plus de véhicules. Pour le moment tout va bien. Il sait très bien que ce ne sera pas aussi facile qu’on le croit au bled, mais lui il y a arrivera parce qu’il est optimiste et plein d’enthousiasme. Dès qu’il aura ses « papiers », il pourra aider sa mère, restée au village, comme promis : « (…) dès qu'il eut posé ses semelles en Europe, la maman courut au village annoncer la bonne nouvelle. Ils sont fiers et espèrent en toi, lui avait-elle rapporté. Tout en marchant, il songeait… Eux qui vivaient dans un monde sans électricité, qu'auraient-ils du foisonnement des lumières dans les rues de Paris ? »
Un prof lui avait prédit qu’il irait « loin ». Pour le moment, il s’agit d’atteindre Pantin, où il est attendu par son cousin compréhensif, parce qu’il est déjà passé par toutes ces épreuves. Ce qu’il veut, c’est travailler, pour gagner de l’argent. Malgré les souvenirs désagréables, la peur, la disparition de certains compagnons de voyage, il doit continuer sa route, et garder le cap. Le but n’est pas forcément le bonheur, mais la fin des malheurs. Une fois arrivé chez le cousin, au bout du chemin, il aura à manger et un lit. Le lendemain, le champ des possibles s’ouvre à lui. Le style est simple, disions-nous, mais pas simpliste. L’histoire de ce jeune africain est à la fois banale et extraordinaire parce qu’humainement touchante. Par petites touches, Alain Denizet montre qu’il n’est ni attendu… ni désiré. Rien ne sera facile pour lui, dans le contexte général actuel. Les associations, comme les différentes églises (ou religions) sont débordées. Reste l’émotion d’un jeune homme ébloui par l’apparence d’opulence de l’Europe, rêvée en pays de Cocagne, qui a, on l’espère, un avenir radieux devant lui.
Nuit blanche
Editions : Ella
Auteur : Alain Denizet
227 pages
Prix : 20 €






