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« Les maisons parachutées » : la nouvelle enquête de l’inspecteur Daeninckx

  • Écrit par : Guillaume Chérel

les maisons parachutées Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Didier Daeninckx (77 ans) avait déjà rejoint la cohorte d’excellents auteurs de polars (de gare) qui ont sauté le pas de la Noire (comme la Série, qui vient de fêter ses 80 ans) pour entrer dans la cultissime Blanche de la rue Sébastien-Bottin (Paris 7e).

Autrement dit la littérature dite « générale », convenable, pour ne pas dire « comme il faut, selon les critères de la bienséance germanopratine, contre laquelle éructait L.F. Céline. Pour l’anecdote, révélatrice, les locaux de la dite Série Noire ont longtemps été cantonnés au sous-sol, depuis l’époque Marcel Duhamel, en passant par Robert Soula, et Patrick Raynal. 

D.D (comme Didier Daeninckx) est un maître du genre « policier » avec des dizaine de titres « engagés » à son actif. Il s’est fait connaître, notamment, avec « Meurtres pour mémoire » (1983), publié dans la prestigieuse collection Série Noire, qui rappelle la brutale répression policière qui a eu lieu le 17 octobre 1961, qui a frappé des manifestants pacifiques, à majorité communistes, opposés à la Guerre en Algérie. Ce formidable roman noir a été adapté en BD par Jeanne Puchol (Futuropolis), une fois n’est pas coutume, car sa collaboration avec Tardi a donné d’autres albums fameux.

« Les Maisons parachutées » pourrait être considéré comme un roman noir, puisqu’il met en scène un policier, l'inspecteur Philippe Orbec, chargé d'une enquête, à Nevers, en 1952. Trois cadavres ont été retrouvés dans un chantier de reconstruction. Fils d'un flic injustement abattu par la Résistance, Orbec part à Mauthausen – exactement à Redl-Zipf -, une annexe du camp d'extermination par le travail. L’auteur s’est inspiré de l’histoire d’un grand-oncle, Albert Chardavoine, nommé « Chardac », dans cette fiction basée sur la réalité, déporté dans ce lieu de triste mémoire (l’Histoire d’avant est décidément le creuset de son inspiration).
Trois hommes, de mèche avec des faussaires, ont côtoyé à Redl-Zipf un commando juif dont le travail consistait à fabriquer de faux billets américains, et anglais, destinés à déstabiliser les économies alliées. Une partie de ces billets ont circulé en France après la Libération, et le fameux Orbec se demande s'ils n'ont pas été détournés par des pseudo-résistants qui auraient amassé des fortunes, et bâti de belles résidences surnommées depuis « Les maisons parachutées », dont est tiré le titre. Parfaitement documenté, comme toujours, ce roman « historico-familial » éclaire d'un jour singulier des opérations secrètes menées par les nazis à partir de camps de concentration, et d’autres aspects méconnus de l'immédiate après-guerre. On connaissait le rôle des « savants » du IIIᵉ Reich dans la reconstruction de l'aviation et dans le développement de la balistique et du nucléaire. Mais peu, ou carrément pas, cet épisode pathétique basé essentiellement sur l’avidité.

C’est du solide, étayé, recoupé. Rien d’improvisé. On est rarement déçu avec Didier Daenincks. A part un manque de souffle, peut-être, voire de poésie, ou d’envolées lyriques. Mais ce n’est pas le genre de cet ancien ouvrier autodidacte, ex-militant trotskistes, qui s’est distingué pour sa chasse aux « néo-fachos » (ou « bruns-rouges) ». Aujourd’hui, il fait son retour chez Gallimard. Qu’importe la couverture, si le traitement est bon. C’est le cas une nouvelle fois ici. A rebours des énièmes histoires de serial-killers, qui pullulent chaque année. C’est l’honneur de la « Grande Maison » de continuer à publier des œuvres, et des auteurs, qui font sens, comme on dit.

Les maisons parachutées
Edtions: Gallimard
Auteur : Didier Daeninckx
240 pages
Prix : 20, 50 €
Parution : 2 avril 2026

 


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