Art & Marseille : Eller (1894-1940) le peintre des années fada…
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Né en 1894, Eller (alias Lucien Roudier : L.R…) est un artiste, peintre et illustrateur, marseillais plus ou moins oublié, mort en 1940 à Boulogne-Billancourt. Ses œuvres sont régulièrement proposées aux enchères. Pas étonnant que l’éclectique, et érudit, François Thomazeau (64 ans) s’y soit intéressé. Lui qui fut longtemps chef du service des sports de l’agence Reuters, et qui a écrit une soixantaine d’ouvrages, notamment du polar marseillais (dont il est un des précurseurs, avec Jean-Claude Izzo), mais aussi sur le cyclisme, la musique, ou le patrimoine historique marseillais.
Le dit Eller, formé aux Beaux-Arts, a été marqué par la Grande Guerre, comme des centaines de milliers d’autres « poilus » survivants au grand massacre des tranchées. A son retour, il capte la vie des bas-quartiers du Vieux-Port, en dessous du Panier, qui seront détruits, en 1943, par les allemands pour cause de mauvais genre… Collaborateur des « Cahiers du Sud », il contribue à la revue « Spectator », et aux pages féminines du « Soleil de Marseille », sans oublier les revues « Le Rire » et « Fantasio », à Paris. Ses œuvres des années 1920, à la fois crues et élégantes, style « élégantes » munies de fume-cigarettes – façon « garçonnes » à la Louise Brooks -, offrent un témoignage unique sur une population bigarrée, décrite sur le papier par Albert Londres et Blaise Cendrars, entre autres.
Peintre, illustrateur, mais également décorateur, Lucien Roudier (dit Eller), fut le peintre de la vie nocturne, des bars, night-clubs, clubs de jazz de Marseille, puis de Paris à partir des années 1920. L’ouvrage publié par les éditions Gaussen (1) dépeint l’atmosphère de la nuit dans un style très expressif, proche des expressionnistes, dans la tradition des peintres Kees Van Dongen et Georges Roualt, mais également Marcel Leprin, pour les connaisseurs, marseillais comme lui, qui aborda des thèmes similaires, dans un autre style. Comme peintre, il a exposé notamment aux galerie Devambez, Georges Petit, et au Salons des Indépendants.
Il a créé le Salon des artistes anciens combattants, peintres et sculpteurs, que, chaque année, en bord de la Seine, inaugurait le président de la République en poste. Décoré de la Légion d’honneur en 1938, il est l’un des fondateurs du Club des Marseillais de Paris. Classé comme franc-maçon, par le gouvernement de Vichy, il meurt prématurément, en mars 1940 dans son atelier de la rue Clauzel, dans le bas Montmartre, des suites d’une ablation d’un rein. Comme le rappelle François Thomazeau, malgré une rétrospective de son œuvre, à Marseille… en 1941 (sic !), et une vente, à Nice, en 1956, son œuvre, qui n’a rien à rougir, comparée aux « parisiens », est restée dans l’ombre trop longtemps. Heureusement que des collectionneurs avertis, comme l’auteur de cet ouvrage pertinemment illustré (on y voit bien l’évolution de son travail, depuis sa première période, où il illustre la vie des « bouges », des boîtes de jazz, des bals musette, ou des quartiers populaires « réservés », au style « fantastique », et d’inspiration espagnole, notamment des Don Quichotte) le remette en lumière. C’est mérité. A découvrir.
Eller (1894-1940) : peintre du Marseille des années folles
Editions : Gaussen
Auteur : François Thomazeau
96 pages
Prix : 22 €
Parution : 23 avril 2026
(1)David Gaussen est l‘auteur de « Yam : les mystères de Marseille », un court roman fantastique, illustré par Laure Nollet, tiré à 50 exemplaires. www.editionsgaussen.fr






