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Les Petites femmes de Maupassant : un spectacle revigorant, à déguster comme un vin qui délivre toutes ses riches saveurs et fragrances

  • Écrit par : Christian Kazandjian

Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ ....Où quatre femmes, déchargées des devoirs conjugaux, laissent éclater, en belle complicité, leur joie de vivre, leur créativité, leur soif inextinguible d’amour. 

Céleste, dans l’attente de ses hôtes, observe depuis sa villa, un couple sur la plage. Lui peint, elle, infirme, le couve du regard : amour intense, séparation, tentative de suicide, puis nouvel amour ont rythmé la vie de ces deux-là. Presque banal, si ce n’était la tentative de mourir, dans la vie des couples, comme tout au long des vacances, loin de leurs hommes, que se sont accordées Hortense, un peu mûre et deux jeunes amies, Coralie, nièce de l’hôtesse et Zoé comédienne et chanteuse, familière de l’œuvre d’un Offenbach.

Débarrassés de la lourde présence de l’époux, les quatre femmes, dans l’intimité d’une parenthèse enchantée, vont se lâcher : aucun sujet, des plus puérils aux plus scabreux, ne sera occulté ; bien au contraire, entre « filles » on peut donner libre cours aux expériences passés et aux désirs les plus torrides. Ici, loin de la société-carcan, on se déboutonne, au propre comme au figuré. Avec délectation, empathie, sans faire abstraction de quelques petites vacheries, vite noyées sous un flot de rires et de chansons. Les maris volages, ou aussi enjoués que des portes de prison, en prennent pour leur grade. Bientôt naissent des projets de petites vengeances, dès qu’apparaissent quelques beaux prétendants que le hasard coquin met sur leur route.

Exploitation patriarcale

Dans Les Petites femmes de Maupassant, adapté de l’auteur de la nouvelle fantastique, Le Horla, on retrouve les figures féminines chères à celui qui aima tant de femmes (il contractera une syphilis qui le jeta dans la folie et la solitude), : héroïnes que l’on retrouve dans Enragée, Le Pardon, La Femme de Paul ou Une partie de campagne ; en fait, dans la majorité des recueils de nouvelles de l’un des grands maîtres du genre. Dans une fin de XIXe siècle où la place de la femme dans la société se résume à son rôle d’épouse, de mère, ou de domestique, Maupassant s’attache à leur sort, tant de celui des aristocrates, potiches accompagnant un illustre époux, dans les raouts mondains, que de celui des femmes du peuple, exploitées socialement et sexuellement., notamment servantes et prostituées. 

Avec Les petites femmes de Maupassant, dans l’adaptation théâtrale de Roger Défossez, les quatre protagonistes s’offrent un petit air de liberté : on parle de sexe, on moque les hommes qui se pensent omnipotents, on parle de les tromper, par espièglerie plus que par vengeance, quand ce n’est pas déjà fait. L’une ne se refuse pas une petite incartade avec le domestique (autre personnage pour lequel Maupassant éprouve de la compassion), quand une autre tombe follement amoureuse d’un inconnu croisé dans le train qui l’amène au domaine où toutes les phantasmes sont tolérés, voire encouragés. Mais chaque expérience jalonne le temps qui passe et glisse vers l’inexorable vieillesse et les amours convenus, contenus, tristes. 

Ballet endiablé

La mise en scène de Gwenhaël de Gouvello, dans un chaud décor d’intérieur bourgeois, fait exploser cette joie de vivre éphémère, ce besoin de se « déboutonner », de rire. Les costumes froufroutent à souhait et chansons et french cancans rythment le ballet endiablé, libre, libéré des contraintes d’un quotidien morne, routinier et étouffant. La grande complicité qui s’établit entre elles, efface, rapidement, les premiers impressions condescendantes et aristocratiques des deux plus âgées envers la petite comédienne issue du peuple parisien. Alexandra Sarramona, l’amphitryonne Céleste, Karine Pinoteau, l’aristocratique Hortense, Eurydice El-Etr, Coralie, nièce de Céleste et Marie Grach, l’artiste Zoé, sont épatantes. Pétillantes comme un champagne de haute cuvée, virevoltantes telles des sylphides, chantant, dansant, nous entraînent dans un tourbillon où l’on rit beaucoup et on se délecte de la langue de Maupassant, expert dans l’art de dire beaucoup en quelques phrases ciselées.

Un spectacle revigorant, à déguster comme un vin qui délivre toutes ses riches saveurs et fragrances.

Les Petites femmes de Maupassant
Adaptation: Roger Défossez
Mise en scène: Gwenhaël de Gouvello
Scénographie: Emilien Andro
Avec Eurydice El-Etr ou Nancy Loïs, Marie Grach, Karine Pinoteau et Alexandra Sarramona

Dates et lieux des représentations: 
- Du 24 juin au 23 août 2026 au Théâtre Le Lucernaire, Paris 6e (01.45.44.57.34.) 


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