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« Seppuku » d’Angelica Liddell : la mort nous va si bien

  • Écrit par : Romain Rougé

sepukkuPar Romain Rougé - Lagrandeparade.com/ Au Printemps des Comédiens de Montpellier, l’artiste espagnole a composé son « Jisei no ku » scénique, un poème d’adieu pour tous les suicidés. À travers l’acte suicidaire et en imaginant les funérailles de Yukio Mishima, l’artiste convoque la lutte acharnée entre le corps et l’esprit, le rêve et la chair, la vie et l’art.

Angelica Liddell est radicale. En elle sommeille cette mélancolie terrassante qui, lorsqu’elle s’éveille, la métamorphose en poétesse trash dont nous aimons (ou pas) les excès, toujours crucifiés sur l’autel de l’art. Son regard à la fois lucide et extrêmement noir sur la condition humaine n’a d’égal que son rapport à l’amour dévorant qui transparait au détour de fulgurances lyriques.

Son amour-passion pour Yukio Mishima, qui est ici le fil rouge de cette pièce dont le titre rappelle la manière dont s’est suicidé l’écrivain, sera finalement un prétexte pour évoquer la fin de vie (choisie), ode assumée au « plaisir de mourir ». C’est d’ailleurs lors d’un monologue de plusieurs minutes – avec sa logorrhée si reconnaissable – qu’elle convoquera une fin de vie « comme une contre-culture » avec le souhait de « mourir par indiscipline ». C’est beau, c’est terrifiant, c’est interpellant. La violence des mots face à la brutalité de la vie, face « à l’anxiété comme sentiment permanent », qui paraissent in fine bien plus mortifères que la mort elle-même.

Ainsi, la première partie du spectacle se meut en émouvante cérémonie d’adieu : l’artiste invoque des défunts en revêtant des habits ayant appartenu à une personne qui s’est donnée la mort ou qui est décédée, prêtés en amont par un public désireux d’honorer des proches disparus. Un halo de respect, de sérénité et de poésie qui auréolera étrangement la pièce. « Tomber est aussi l’essence d’une fleur » nous dit-elle…

seppukuIndomptable sorcière de scène, Angelica Liddell s’octroie une liberté artistique dont elle récite la formule incantatoire. Elle est la grande prêtresse du macabre, la gardienne des esprits chagrins. Celle qui « agonise à force d’incompréhension » crie la mort comme une pulsion de vie et se questionne sur sa propre finitude après avoir assisté, impuissante, à un suicide. « Parfois, j’ai l’impression que vous ne m’écoutez pas » répètera-t-elle en imaginant le public comme « sa Bénarès », bien consciente que son théâtre intente au péché ultime, renvoyant ad patres carcans sociétaux et religieux, pénalisation ou jugement, pour faire s’élever la seule liberté de l’être. « Qui aime l’éternité ne peut être qu’un exilé sur Terre. »

La pièce se finira d’ailleurs de manière colorée et joyeuse (si si !) sur les notes d’Alphaville, ultime hommage à ces êtres qui se sont sûrement dit qu’ils seraient « plus grands au Japon » :

« Les néons sur ma peau nue , des silhouettes qui passent
D'étranges mannequins éclairés
Devrais-je rester ici au zoo
Ou devrais-je m’en aller et changer mon point de vue
Pour d’autres scènes laides »

Seppuku appelle à voir celles et ceux qui ont choisi de mourir non plus comme des pécheurs, des lâches ou des égoïstes mais comme des êtres qui ont fait de leur vie un poème. Ils évitent ainsi « le puits de tristesse causé par les corps vieillis » avant de s’en aller « danser au festival des âmes ».

Seppuku
El funeral de Mishima o el placer de morir
d’Angélica Liddell
d'après Yukio Mishima (extraits de Patriotisme et Le Marin rejeté par la mer) et une pièce de théâtre nô du XIVe siècle Hagoromo (Le manteau de plumes)
Création le 22 novembre 2025 : Temporada Alta / Teatre de Salt (Salt)
Première en France le 29 janvier 2026 : Théâtre national de Strasbourg (Strasbourg)

Mise en scène :Angélica Liddell
Interprétation :Alberto Alonso Martínez, Nonoka Kato, Angélica Liddell, Masanori Kikuzawa, Ichiro Sugae, Gumersindo Puche, Kazan Tachimoto
Scénographie : Angélica Liddell
Costumes : Angélica Liddell
Lumières : Javier Ruiz de Alegria
Son : Antonio Navarro
Construction : Alfonso Herreroa, Alfonso Reverón Díaz
Production : Gumersindo Puche
Régie lumières : Francisco Jesús Galán
Machiniste : Javier Castrillón
Régie : Elena Galindo

© Ximena y Sergio

Dates et lieux des représentations: 

-  Les 6 et 7 juin 2026 au Printemps des Comédiens (Montpellier) - Théâtre Jean-Claude Carrière


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