Mata Hari : un merveilleux tête à tête exotique avec l’espionne la plus envoûtante de la guerre de 14-18

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Roman graphique Mis à jour : mercredi 18 septembre 2019 18:21 Affichages : 913

mata hariPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Mata Hari, convaincue d’intelligence avec l’Allemagne et condamnée à la peine capitale en 1917, fut-elle un véritable agent double ou a-t-elle été un bouc émissaire idéal aux services secrets français pour effacer leurs manquements et donner aux Français désespérés un objet de haine facile?

En effet, la légende fait de Mata Hari une cocotte de la Belle-Epoque, danseuse exotique avant-gardiste, qui collectionnait les amants dans l’armée ( Alfred Kiepert était un officier allemand…le russe Vadim Massloff était pilote au service de l’aviation française) et qui se prêta au jeu du renseignement pour conserver un train de vie et pouvoir assouvir ses moindres désirs. Pourtant, elle fut aussi dans ses jeunes années une sage épouse qui suivit son mari, de dix-neuf ans son aînée, sur l’Île de Java. Sur place, elle y perdit son fils bien aimé, se vit délaissée d’un homme alcoolique et infidèle et échappa au chagrin en s’initiant à des danses brahmaniques pratiquées par les indigènes. Symbole d’une revigorante liberté, elle eut le courage de tout quitter pour retrouver une existence heureuse. Cette grande amoureuse eut un destin terriblement romantique et une existence théâtrale qui s’acheva en un acte de bravoure : elle refusa le bandeau au moment de la fusillade, affrontant le regard de ses bourreaux.
matahariSi Esther Gil s’est extrêmement documentée pour confectionner ce scénario, les planches n’ont rien d’indigeste et au contraire plongent de manière percutante le lecteur dans la Belle Epoque puis dans la Première Guerre Mondiale. Les textes sont d’une élégance délicieuse et d’une fluidité méritoire. Laurent Paturaud rend un fabuleux hommage à cette femme légendaire en créant des cadres et des atmosphères fascinantes dans lesquelles se promènent les acteurs de cette fiction historique pour le plus grand bonheur de nos yeux émerveillés. La couverture syncrétise cette exigence passionnante de précision : s'y mêlent en un mariage superbe toutes les influences de l'Art Nouveau : les lignes y sont courbes, les formes ornementales, délicat mélange d'éléments baroques, orientaux, classiques et floraux. Chaque dessin de Mata Hari, d’un trait fin et précis, rivalise de beauté avec le précédent et le suivant et s’avère une métaphore graphique de sa présence hypnotisante et bouleversante. La première scène qui s’achève en une succession de vignettes panoramiques est un petit chef d’oeuvre esthétique dont vous ne vous conseillerons que trop d’aller voir les planches originales quand une exposition à la galerie les mettra sur le devant de la scène( si, si, on est sûr que ça va arriver bientôt)…Quant aux couleurs, elles s’harmonisent à la perfection tout autant avec les soirées parisiennes dans les grands hôtels et théâtres qu’aux confins du monde, sur une île indonésienne aux paysages paradisiaques…
Et comme toujours dans les ouvrages de la maison Daniel Maghen, un cahier graphique magnifique clôture un album confectionné par des mains d’orfèvres!

Pas de doute, vous allez tomber en pâmoison devant ce beau livre!

Mata Hari
Editions : Daniel Maghen
Scénario : Esther Gil
Dessin : Laurent Paturaud
72 pages couleur
Prix : 16€
Parution : 19 septembre 2019

 

Et parce qu'on avait envie d'en savoir davantage...

Esther GilEsther Gil ( Scénario)

Qu’est-ce qui a déclenché votre envie d’écrire un scénario sur ce personnage emblématique?
Depuis notre collaboration sur l'album «Victor Hugo aux frontières de l'exil», Laurent et moi souhaitions à nouveau travailler sur un projet ensemble. Je voulais écrire un scénario sur mesure pour Laurent, encore fallait-il trouver le projet idéal...
C'est un concours de circonstances qui nous a conduits vers Mata Hari. Après une visite du musée des Confluences à Lyon dont plusieurs salles étaient dédiées à la collection Guimet, un ami très cher, Alain, nous a offert un livre intitulé «les cocottes» de Catherine Guigon et parmi les biographies présentées dans cet ouvrage j'ai été littéralement captivée par celle de Mata Hari. Je me suis prise de passion pour cette femme à la forte personnalité, grande amoureuse devant l'éternel dont la sensualité me semblait correspondre totalement au dessin de Laurent. Je venais de trouver le sujet de mon prochain scénario et j'ai décidé de construire ce récit comme une ode à l'amour fou qui peut pousser certains êtres à prendre des décisions parfois inconsidérées...


J'ai décidé de construire ce récit comme une ode à l'amour fou qui peut pousser certains êtres à prendre des décisions parfois inconsidérées...


Où êtes-vous allée faire des recherches? Avez-vous rencontré des difficultés pour accéder à certaines informations? On peut lire en effet à la fin de l’album que l’État Français a refusé de réhabiliter la mémoire de Mata Hari suite à une demande faite par la fondation hollandaise de Leeuwarden…existe-t-il certains dossiers confidentiels, plus ou moins cachés?
Pour l'écriture du scénario, je me suis dans un premier temps appuyée sur des biographies, des extraits de journaux d'époque, mais également de nombreux films.
Je ne sais pas s'il existe des dossiers confidentiels ou inaccessibles concernant son procès, mon but n'était pas de prouver ou non la culpabilité de Mata Hari, mais plutôt de comprendre sa personnalité complexe et d'évoquer sa vie au travers de ses rencontres, ses amours, sa passion pour la danse... sans essayer de me mettre à la place des juges.
Pour ce qui est de la documentation visuelle, nos recherches nous ont conduits à Paris, au musée Émile Guimet afin de découvrir la collection d’œuvres d'art orientales, ainsi que la bibliothèque qui est conservée dans son état d'origine et où Mata Hari dansa en 1905. Pour la documentation concernant les lieux, les costumes, parures et bijoux, dans la mesure où il ne reste que peu d'objets ayant appartenu à la danseuse, nous nous sommes servis des nombreuses photos réalisées notamment par le célèbre Studio Reutlinger.

matahariÉcrire un scénario, c’est faire des choix...et mettre en place des ellipses, par exemple. Y-a-t-il des épisodes de l’histoire de cette femme que vous auriez aimé évoquer et sur lesquels vous avez hésité longtemps avant de faire l’impasse?
La partie concernant l'espionnage pouvait être intéressante à aborder, mais elle a souvent été traitée, aussi j'ai préféré la laisser un peu de côté pour me concentrer sur les réels choix et motivations de Mata Hari. Je voulais suivre une ligne directrice qui me permettrait d'apporter un point de vue différent où Mata Hari devenait non seulement le personnage central du récit, mais aussi la narratrice.


La partie concernant l'espionnage pouvait être intéressante à aborder, mais elle a souvent été traitée, aussi j'ai préféré la laisser un peu de côté pour me concentrer sur les réels choix et motivations de Mata Hari.

Les passages évoquant l’activité d’espionnage de cette dernière ne sont que très peu étayés…est-ce par manque de matière documentaire...par choix narratif ( volonté d’axer l’histoire sur la nature «amoureuse» de Mata Hari) ou par engagement ( volonté de montrer dans ses pages votre conviction de l’injustice dont elle a été victime)?
Les documents sont nombreux sur l'activité d'espionne de Mata Hari. On la présente souvent comme une femme fatale et manipulatrice alors qu'en réalité, à mon avis, elle ne fut qu'une espionne de pacotille qui n'a accepté ce rôle que pour continuer de vivre dans le faste, ne comprenant pas les nouvelles règles qu'imposait la guerre aux citoyens d'alors. Manipulée par les services secrets allemands et français, nous avons préféré mettre en valeur ses choix de vie et sa volonté de séduire envers et contre tout pour ne pas rester dans l'ombre, ce qui, finalement, la conduisit vers sa fin tragique.

On découvre aussi dans ces pages qu’elle a été une artiste à l’avant-garde concernant les danses orientales…Dans quelle mesure était-elle une bonne danseuse?
D'après les témoignages, elle n'était pas vraiment ce que l'on peut appeler une «bonne» ou véritable danseuse. Elle avait appris quelques gestuelles en Indonésie et, avec une certaine grâce, avait su s'en emparer et proposer au public parisien des danses innovantes pour l'époque et très sensuelles. C'est ce qui fit son succès. Mais elle ne pouvait «rivaliser» avec les danseuses professionnelles qui s'illustrèrent notamment dans les ballets russes de Diaghilev.

On la présente souvent comme une femme fatale et manipulatrice alors qu'en réalité, à mon avis, elle ne fut qu'une espionne de pacotille qui n'a accepté ce rôle que pour continuer de vivre dans le faste, ne comprenant pas les nouvelles règles qu'imposait la guerre aux citoyens d'alors.

Son impresario, Gabriel Astruc, lui reproche, dans votre album, d’inventer une nouvelle histoire à chaque fois qu’elle est interrogée par la presse…Avant même de vieillir et de perdre le devant de la scène, était-elle prise vraiment au sérieux? Comment la présentait-on dans les journaux? Comme une excentrique? …son charme gommait-il ses manques?
Mata Hari avait un charisme indéniable et l'originalité de la pratique de son art teinté d'érotisme faisait le reste. Pour la plupart, les professionnels du domaine artistique n’accordaient que peu de crédit à ses prestations scéniques. Elle était avant tout perçue comme une courtisane aux mœurs faciles mais qui, grâce à une bonne éducation (elle savait parler plusieurs langues dont le hollandais, le français, l'allemand et l'anglais), un physique avantageux et ses nombreuses liaisons avec de hauts dignitaires allemands et français alimentant la presse à scandale, avait su s'imposer comme une figure incontournable de la Belle Époque.

Vous avez choisi de débuter le récit avec l’heure de son exécution…où elle a refusé de porter le bandeau. Ce détail a-t-il été relayé par la presse à l’époque? Combien de temps après sa mort des voix se sont-elles élevées pour soulever la question de sa non-responsabilité dans l’issue des combats de la première guerre mondiale?
Très tôt après la guerre, Mata Hari fut un sujet récurrent de la presse, mais généralement pour en faire un portrait peu flatteur de femme scandaleuse. Rares sont ceux qui prirent sa défense, car il fallait absolument que la figure de traîtresse aux mœurs dissolues qui fut véhiculée en France reste bien présent surtout après 1917 et les années qui suivirent.
Ce n'est que très récemment que l'on chercha, notamment en Hollande, son Pays natal, à tenter une réhabilitation, mais en France, la première Guerre Mondiale a marqué profondément les esprits et la mise en lumière de certaines actions controversées du gouvernement de cette période tragique reste toujours taboue...

Très tôt après la guerre, Mata Hari fut un sujet récurrent de la presse, mais généralement pour en faire un portrait peu flatteur de femme scandaleuse. Rares sont ceux qui prirent sa défense, car il fallait absolument que la figure de traîtresse aux mœurs dissolues qui fut véhiculée en France reste bien présent surtout après 1917 et les années qui suivirent.

matahari

laurent paturaudLaurent Paturaud ( Dessin)

Comment êtes-vous entré dans ce projet d’album?


Lorsqu'Esther m'a évoqué son envie de mettre en scène la sulfureuse Mata Hari, j'ai été tout de suite enthousiaste, et entrer dans ce projet s'est fait tout naturellement. Passionné par le 19ème siècle et la Belle Époque, je me suis rapidement et pleinement investi dès les premières recherches sur cette période fascinante... 


Qu’est-ce qui, immédiatement, a charmé le dessinateur? la perspective de tailler les courbes d’une femme aussi fascinante? La multiplicité des décors à créer? L’ambiance Belle-Epoque?
L'idée de pouvoir dessiner sous toutes les coutures la sensuelle et intrigante Mata Hari, mais aussi les magnifiques costumes de ville et de scène qu'elle a portés fut évidemment très motivant. Cette période où l'Art Nouveau se déploie dans toutes les villes d'Europe fut également un bonheur à illustrer.


Quand vous avez dessiné les personnages, quelles ont été vos ambitions? Être le plus proche possible de la réalité ou s’inspirer des photographies existantes pour concevoir votre propre représentation des protagonistes de cette destinée romanesque?
J'ai cherché bien sûr à rester assez fidèle à la réalité en travaillant avec une importante documentation visuelle (photographies, films, gravures, peintures, etc.) afin que le lecteur s'immerge au mieux dans ce récit, mais en interprétant librement les personnages et l'univers. Plutôt que d'imposer une approche hyper-réaliste de cette histoire, à l'instar de mon album sur Victor Hugo, j'ai préféré proposer une vision toute personnelle de cette époque.

Plutôt que d'imposer une approche hyper-réaliste de cette histoire, à l'instar de mon album sur Victor Hugo, j'ai préféré proposer une vision toute personnelle de cette époque.

matahariAvec quels outils et matières avez-vous travaillé? Les couleurs sont superbes! Quelle(s) technique(s) utilisez-vous?
Je commence la réalisation de mes pages sur papier (dans un format deux fois plus grand que le format imprimé). Je dessine un crayonné assez précis puis je l'encre au feutre noir et (ou) au pinceau.
Ensuite, je scanne ces pages et effectue leur mise en couleur grâce à un logiciel de retouches photo comme Photoshop. J’applique via l'outil informatique l’ensemble des couleurs sur un calque indépendant grâce au stylet d’une tablette graphique que j’utilise comme un pinceau. Le rendu d’une colorisation numérique m’apparaissant un peu «froid», j’'ajoute en incrustation un calque réalisé à partir d’une feuille de papier scannée et que j’ai préalablement recouverte d’une couche encrée uniformément répartie. La texture de cette page «faite main» est alors clairement visible sur l’image finale, et j’obtiens ainsi à l’impression un résultat très proche d’une mise en couleur traditionnelle à l’aquarelle.

Comment avez-vous travaillé avec Esther Gil? Est-ce la scénariste qui choisit la forme des gaufriers ou avez-vous décidé de la présentation de chaque planche? Les trois premières planches -dans lesquelles la vignette panoramique est largement dominante - sont d’une grande force de ce point de vue là….Avez-vous des marottes techniques?
Esther Gil écrit un résumé complet de l'album. Ensuite, pour chaque séquence, elle me propose un découpage précis comportant les dialogues et les voix off avec parfois une suggestion de mise en scène, mais je conserve généralement la liberté dans le choix des cadrages et du nombre de cases que j'adapte en fonction du rythme de la scène. Dans mes compositions, j'aime bien l'utilisation de cases panoramiques qui rappellent le format cinématographique. Cela a tendance à ralentir le rythme et permet, je pense, de mieux entrer dans l'univers graphique que je propose.

Dans mes compositions, j'aime bien l'utilisation de cases panoramiques qui rappellent le format cinématographique. Cela a tendance à ralentir le rythme et permet, je pense, de mieux entrer dans l'univers graphique que je propose.

Il semble que vous vous soyez beaucoup inspiré de l’iconographie de la Belle-Epoque ( affiches, cartes postales), les pages 44 et 45 qui évoquent la passion avec Alfred ont quelque chose de très cinématographique, on se trompe?
Grand admirateur des affiches, des peintures et divers illustrations produites durant la Belle Époque, j'en ai bien sûr utilisé un grand nombre avec «gourmandise» pour cet album. Les œuvres majeures du 7ème Art m'inspirent beaucoup dans mon approche narrative et j'avoue avoir souvent une approche cinématographique dans mes cadrages.

Après des mois - on imagine! - passés en compagnie de cette dame mystérieuse, quel parfum, quel souvenir vous a-t-elle laissé?
Plus de deux années en sa compagnie m'ont permis de mieux connaître cette personnalité flamboyante et envoûtante. Sa prestance et son charisme hors du commun (elle était très grande et avait la peau mâte) lui ont permis de briller aux yeux de ses contemporains sur les grandes scènes européennes, mais la «légèreté» avec laquelle elle a mené sa carrière, sa trop grande soif d'amour et de liberté l'ont malheureusement conduit à faire des choix qui, dans une époque troublée, ont causé sa perte. Tout cela a profondément raisonné en moi durant la réalisation de cet album et raisonnera encore longtemps. Je conserve de ce magnifique personnage romanesque l'image indéfectible d'une femme superbe et indomptable qui voulait surtout vivre et aimer comme elle l'entendait, ne prenant pas vraiment au sérieux cette société soumise à des règles paternalistes et moralistes.

Je conserve de ce magnifique personnage romanesque l'image indéfectible d'une femme superbe et indomptable qui voulait surtout vivre et aimer comme elle l'entendait, ne prenant pas vraiment au sérieux cette société soumise à des règles paternalistes et moralistes.

matahari

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Hommage à ce personnage romantique et engagé, cette bande-dessinée mêle habilement fiction et réalité, conjugue histoire et littérature romantique et pour ajouter le sel du suspense, la scénariste Esther Gil a inséré l'hypothèse narrative suivante: la mort de Léopoldine ne serait pas accidentelle?...d'où la possibilité ensuite d'envisager un one-shot policier dans lequel, en poursuivant la vérité au péril de sa vie, Victor Hugo croisera d'ailleurs des êtres qui lui inspireront la formidable épopée humaine des Misérables et notamment les personnages de Gavroche ou de Javert. Comment Victor Hugo, actif défenseur de l'abolition de la peine de mort, réagira-t-il devant l'assassin de sa fille s'il en est un? Ne néglige-t-on pas ceux qui restent lorsqu'on se cloître dans sa peine?
Gil et Paturaud signent une bande-dessinée admirable autant pour son graphisme que pour son scénario. Au coeur du XIXème siècle , en plus de nous faire côtoyer un écrivain fascinant en multipliant les clins d'oeil à son oeuvre, elle nous brosse un tableau passionnant du Second Empire ( moeurs, paysages urbains et ruraux, croyances, tiraillements politiques et projets architecturaux)... Le trait réaliste de Laurent Paturaud , superbement coloré, y est à l'aise dans tous les registres, des portraits expressifs de l'écrivain aux scènes à la cour de Napoleon III, des scènes sensuelles d'alcôve au Ventre de Paris et ses égouts. Les éditions Daniel Maghen, en outre, le mettent en valeur dans un ouvrage grand format et qui se clôt sur un long cahier graphique. Un INDISPENSABLE donc!

Victor Hugo, aux frontières de l'exil
Auteurs: Esther Gil et Laurent Paturaud
Éditions: Daniel Maghen
Parution : Août 2013
Pages: 112
Prix: 19€