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J'ai un nouveau projet : Quand notre liberté est entravée par les « réseaux soucieux »...

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 14 décembre 2019 17:54 Affichages : 561

reseauxPar Guillaume Chérel- Lagrandeparade.com/ Ironie du sort, ou hasard miraculeux ? Quand la technique se venge indirectement d'une mise en scène basée, en grande partie, sur cette dernière, cela s'appelle un retour de manivelle passionnant à observer, pour le public, lorsque les acteurs sont bons. Comment vont-ils s'en sortir, se demandent-ils? (certains n'y voient que du feu, ils croient que le bug fait partie de la pièce).

Heureusement, les cinq comédiens de J'ai un nouveau projet sont excellents. Non seulement parce qu'ils jouent une bonne trentaine de rôles, en tout, mais parce qu'ils incarnent parfaitement la beauté enivrante du théâtre, en général, et du spectacle vivant, en particulier. Vous l'aurez compris, ce soir-là, au Théâtre le Colombier/CIE Langaja de Bagnolet (9.3), tandis que les machines décidaient de faire grève, par intermittence, dès le début, les vrais intermittents que sont Marc Bertin, Sol Espeche, Arthur Igual, Pauline Jambet et Benjamin Tholozan se sont adaptés aux circonstances, avec talent et professionnalisme, en imposant leur présence humaine. Une panne quasi salutaire (seul le metteur en scène, d'origine argentine, Guillermo Pisani, auteur de la pièce, s'arrachait les cheveux) car l'incident illustra parfaitement l'idée selon laquelle il faut se méfier de notre addiction aux smartphones, tablettes, ordinateurs autres connections internet, bref aux nouvelles technologies censées nous faciliter le travail et la vie, alors qu'elles ne font que la compliquer, nous stresser, empiéter sur notre liberté... si on se laisse envahir. Car nous avons le choix.

L'action de J'ai un nouveau projet se passe dans un « web-café », comme on disait avant, aujourd'hui on parle d'espace cool et flexible de « co-working », où les frontières entre travail et loisir, espace public et espace privé sont poreuses, concrétisation emblématique de la prétendue « sociabilité » à l'ère du néo-libéralisme et de l'organisation capitaliste par « projets ». Allusions aux « média-planning » et autres « applis » géniales, destinées à nous faciliter la vie (au travail, en général), encore une fois, mais surtout à faire du fric facile, rapide, en créant une « start-up » branchée. On a vu récemment dans l'actualité qu'il y a peu d'élus et beaucoup de désillusions. La pièce s'étend sur six semaines : du 23 avril au 10 juin 2018, au cours desquelles on voit réapparaitre la trentaine de personnages, déjà évoqués, dans neuf histoires qui se côtoient, parfois s'entrechoquent. Une « startupeuse » (Sol Espeche, parfaite en winneuse au bord de la crise de nerfs, comme en assistante amoureuse de sa cheffe) et son équipe ; un fonctionnaire du Ministère des Finances passionné de chanson ; une femme hyper-occupée et très seule qui fait son planning sur son vélo (Pauline Jambet excelle quand elle s'inspire d'Angélique Gérard, responsable du service client chez Free/Iliad, épinglée par Lise Lucet, sur France 2, dans Cash Investigation); le patron (kurde) et le gérant (turc) du bar, des cadres de la Société Générale en cours de délocalisation, un ex-punk de 60 balais fauché (Marc Bertin, Arthur Igual et Benjamin Tholozan sont à la hauteur de leurs homologues féminines)... Chaque individu construit au quotidien, de manière plus ou moins délibérée, son organisation de vie hyper-aliénante, laquelle ne leur plaît pas tant que ça, mais à laquelle ils se soumettent plus ou moins (certains se rebellent ou souffrent en silence). L'espace de co-working est ce lieu faussement chaleureux, où le bizness et les conflits relationnels sont emblématiques d'une société basée sur le paraitre et les rapports de force. Un dispositif vidéo (quand il fonctionne) permet de voir en direct le contenu des écrans (ordinateurs, téléphones, tablettes) des personnages présents sur scène. Déjà ça, c'est une performance.

Pau, Céline, Kurt, Mounir, Kacim sont hyperconnectés. Ils se côtoient, plus qu'ils n'entretiennent de vraies relations, au Woody's Market, un bar parisien de bobos... Ils viennent avec leurs ordis, leurs smartphones, leurs tablettes. Ils gèrent, tant bien que mal, la tyrannie de l'instant et l'injonction permanente de la suractivité, au sein d'une société de concurrence généralisée, où l'apparence de liberté est source d'une nouvelle aliénation. Le télétravail, entre autres, les rendra-t--ils plus indépendants ? On sait bien que non. C'est tout le contraire. Leur autonomie les rend-t-ils plus heureux ? Paradoxalement non plus... Sont-ils aussi cools qu'ils en ont l'air (le look est important), les trentenaires ? En contradiction, en réalité, car ils veulent tout très vite, donc ne respectent ni les anciens, ni le passé. Ils vivent dans l'instant présent. Se passent volontiers de la « culture » (quel mot ringard !) si ça rapporte. Le concept de « néo-libéralisme », à l'anglo-saxonne (ils parlent franglais, « jargonisent » pour occuper l'espace, justifier leur salaire, quand ils en ont un...), résonne en eux comme l'équivalent de liberté, autonomie, indépendance... Alors qu'ils sont soumis au capital, aux fausses valeurs du mérite, basées sur la compétition, le gain, le rapport de force, encore et toujours. Cette organisation, au « mérite », se cristallise dans des « systèmes » d'exploitation... Tout est dit.

Des outils informatiques et de communication : ordinateurs et smartphones ont élargi notre marge potentielle de connaissances mais ils ont aussi accru la surveillance et la marchandisation de nos vies professionnelles et privées, lesquelles sont de plus en plus mêlées. Que ce soit dans un bar connecté à la Wifi ou chez soi : nous continuons à travailler, consommer, nourrir le système... J'ai un nouveau projet est un spectacle riche en thématiques. Il pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. Le fameux dispositif technique apporte du sens à la réflexion, car il propose une idée réaliste, à peine caricaturée, d'une époque, dite moderne, où l'on ne sait plus où donner de la tête, tellement nous sommes sollicités, exploités... Au point d'oublier de se regarder, se saluer, se respecter. Ne parlons même pas de s'aimer. Déjà, s'écouter... Voilà ce qu'on appelle une pièce de théâtre qui dit notre monde actuel.

​J'ai un nouveau projet
Ecriture et mise en scène : Guillermo Pisani
Avec Marc Bertin, Sol Espeche, Arthur Igual, Pauline Jambet, Benjamin Tholozan
Création vidéo : Romain Tangy
Scénographie : Alix Boillot
Lumières : Bruno Marsol
Costumes : Isabelle Deffin et Elisa Leliard
Conseil artistique : Elise Vigier

Dates et lieux des représentations :

- Le sam. 14/12/19 à Le Colombier - Bagnolet - Tel. +33 (0)1 43 60 72 81
- Le 28/01/2020 au Théâtre de Vanves - Tel. +33 (0)1 41 33 92 91