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Maryline Klein :
 "ce "je"-là que j'emploie est un "je" fictionnel, inventé, travaillé, sculpté."

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 15 octobre 2018 09:56 Affichages : 600

marylinePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Née à Verdun de parents ouvriers, Maryline Klein défend dans son travail l’idée de culture pour tous et toutes. Diplômée d’une maîtrise d’Art théâtral à l’université Sorbonne-Nouvelle et d’un DESS de « Dramaturgie, jeu et mise en scène » à l’université de Nanterre, elle s’intéresse aux relations entre l’art et la société et la plupart de ses créations sont basées sur des récoltes de paroles; « L’écriture au plateau » est l’une de ses techniques de création privilégiées.

« Addict » (2006), « Dieu, la femme et l’abus » (2009) et « Les combats contre le Dragon » (2013) sont nées ainsi. Elle fonde en 2015 la Compagnie des Marlins. Après « L’ossuaire et moi » ( où il était question « du poids que les générations trimballent comme de grosses casseroles » et qui mettait sur le plateau une danseuse), Maryline Klein, auteure et metteure en scène, présente à La Maison des Métallos «  Au nom du Père », écrit de sa seule main mais qui s'est épanoui dans un travail au plateau collectif, et qui traite du regard que pose la société sur l’alcoolisme et de la difficulté d’avoir un proche atteint de cette maladie. 

Quel a été le déclencheur de l'écriture? On imagine, en effet, que cette confession autobiographique s'avérait un besoin incisif de longue date et qu'il vous a fallu trouver le bon moment pour se concrétiser...
En 2006 je crée le spectacle « Addict » avec Culture Commune, la scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais. Suite à cela, Roger Lenglet me demande d'écrire un court texte sur l'alcoolisme et la filiation. Voici le déclencheur : une première commande d'écriture et le salaire qui allait avec !
 
Blague à part, j'écris depuis longtemps des fragments de textes que je classe dans le dossier "mes souvenirs". C'est en retravaillant cette matière que je crée avec une danseuse « L’Ossuaire et moi » à la Maison des métallos en 2016. « L’Ossuaire et moi » et « Au nom du père » (Titre entier : Au nom du père, du verre...et paf par terre!) sont deux textes miroirs, deux récits avec ce même "je" fictionnel dialoguant l'un avec l'autre.
A la création de « L’Ossuaire », je fais lire le texte qui s'appelait alors Autour du père à l'équipe du théâtre. Philippe Mourrat et Christine Chalas, les directeurs de la Maison des métallos à l'époque, m'ont fortement encouragée à l'essayer au plateau, et une première semaine de résidence s'est engagée.

De mon côté je n'y croyais pas plus que ça, et je n'avais pas plus envie que ça de le travailler : je trouvais le thème « casse gueule » voir « craignos », je ne savais pas parler du texte, j'avais peur de devoir répondre à des questions trop personnelles, que tout cela ne fasse pas "théâtre" etc. Je résistais sans doute... Et puis il y eut les comédiennes, elle se sont emparées du texte, et c'est leur travail qui a fini de me convaincre de m'engager... de prendre ce risque.

 Pour revenir à votre question, c'est intéressant que vous employiez le terme "confession" car cette notion me renvoie à l'idée qu'il me faille avouer un "péché"  et du coup cela me renvoie à la façon négative dont est perçue la maladie de l'alcoolisme en France.

Les familles qui vivent ou ont vécu avec un ou une malade alcoolique ont déjà la honte qui leur colle à la peau « naturellement » et ensuite les diktats de la société prennent le relais en leur assénant qu'être faible ou malade ne doit pas exister, et surtout pas face à l'alcool, et là c'est un peu la double peine pour eux...

Au nom du pèreY a-t-il des écueils contre lesquels on ne veut pas échouer dans ce genre d'exercice ? 
Beaucoup ! Tout d'abord qu'il n' y ait pas un vrai travail d'écriture ! Il ne suffit pas d'employer le "je", de raconter quelques éléments de souvenirs et hop on a un récit, puis un spectacle! 
Ce "je"-là que j'emploie est un "je" fictionnel, inventé, travaillé, sculpté. J'ai été voir des spectacles qui employait ce fameux "je" pour justement essayer de ne pas tomber dans "l'anecdotique", le "malaisant", je voulais être au bon endroit avec ce spectacle.
Il y a des choses que j'écris pour moi qui resteront dans mes cahiers, dans ma cuisine. 
Avec ce travail,  je voulais absolument dépasser "elle parle de son père et quoi?" Les événements qui sont racontés dans le spectacle sont d'une banalité à mourir. Je travaille beaucoup avec des enfants ou des adolescent.es qui vivent avec un parent, ou les deux, dépendants, d'alcool ou autres. Grandir dans un milieu où la catastrophe est imminente, où rien n'est cadré, sûr, c'est dur...
Avec « Au nom du père » ce qui compte vraiment pour moi c'est d'en faire "récit", "théâtre" et "terrain de réflexions".
Ensuite je ne voulais pas faire une pièce sur l'alcoolisme uniquement, je voulais traiter de la figure fantasmée du père super héros, et de la construction de deux personnalités après un même traumatisme. En ce sens le film Mysterious skin a été une référence pour moi dans l'écriture au plateau avec les actrices

Comment avez-vous procédé lors de ce travail d'écriture ? Par bribes de notes ? Par anecdotes ? ou...tout est sorti en un seul jet ?
 

J'ai écrit le gros du texte en 2007, à l'occasion de la fameuse commande d'écriture, et puis pour la première semaine de résidence aux Métallos en 2017, j'ai retravaillé, re-sculpté...
Je n'ai pas écrit un monologue de théâtre. C'est écrit comme un récit et il a fallu, après un travail sur l'oralité de ce "je", l'adapter au plateau avec les comédiennes

En général j'ai peu de temps à consacrer à l'écriture avec mon travail de mise en scène et de directrice artistique à la Compagnie des Marlins, et lorsque j'écris, le premier jet est continu, des flots et des flots, comme si je vidangeais toutes les émotions vécues, le monde comme je le perçois et à la relecture je me demande si je veux le retravailler, ou pas, et si oui sous quelle forme.

En ce moment j'ai un texte dans mon chapeau qui s'appelle « Corsaires », j'aimerais bien l'adapter avec des comédien.nes et des circassien.nes...

Deux actrices pour interpréter ce « vous-même » personnage : pourquoi ?
Pour justement faire "spectacle", ramener à la fois de la théâtralité et de la distance. Avec « L’Ossuaire et moi », la danseuse Choé Chevaleyre, était seule à nous raconter des choses... avec « Au nom du père » je voulais deux choses : "ouvrir un maximum les fenêtres" avec ce texte témoignage en invitant un maximum de personnes à s'en emparer et de toutes les manières possibles, et travailler avec des actrices. Je voulais essayer autre chose avec cette forme littéraire particulière.
Avec deux actrices nous pouvons suivre le cheminement émotionnel de deux personnages sur le plateau, cela facilite l'identification, et la possibilité de ne pas être prisonnier en quelque sorte d'un face à face. 
La scénographie pour moi est aussi très importante, elle nous raconte un espace de la maison sans cesse en construction, reconstruction, où rien n'est vraiment à sa place... là aussi plusieurs personnes y ont travaillé... et puis le spectacle est éclairé par Charlotte Dubail avec qui je travaille depuis longtemps, là encore une personne qui amène son art, sa sensibilité...
En fait de ce "je isolé d'écriture" la création du spectacle a permis un "je collectif " et ça c'est merveilleux !

Aviez-vous plutôt besoin de pardonner ? de témoigner ?
Avec le théâtre que je pratique depuis l'enfance, j'ai toujours eu un impérieux besoin de DIRE. La parole n'était pas libre dans ma famille, et je me sentais très isolée du coup le théâtre me permettait de DIRE. Ce désir se retrouve dans toutes mes créations, une sorte d'urgence évidente. 

Comment avez-vous travaillé avec les comédiennes pour qu'elles s'approprient votre histoire ? 
Avec ce texte j'ai voulu travailler avec des comédiennes que je ne connaissais pas et avec qui je n'avais jamais travaillé, je voulais écrire notre collaboration sur une page blanche. 
Mon parcours de metteure en scène se forge par les rencontres, j'écris au plateau, avec les actrices nous avons essayé de créer ensemble la dramaturgie du spectacle. 
Cette création est au couleurs de Chloé Bonifay et de Sarah Horoks, c'est le fameux mot de Montaigne que je me permet de revisiter ici : "parce que c'était elles parce que c'était moi".
Durant les répétitions j'ai beaucoup parlé aux actrices, pas tant de mon histoire personnelle, qui justement m'est personnelle, mais plus des conséquences de l'alcoolisme sur la famille, et sur la construction de l'enfant : terreur, contrôle, colère, honte...


Enfin dans quelle mesure, selon vous, votre appartenance d'origine au monde ouvrier imprègne-t-elle ce texte ? 
Je suis fille d'ouvriers et petite fille de paysan, et ça, peu importe mon parcours, ma carrière, mes rencontres... Dans mon travail d'écriture je m'inspire de tout ce que je vois et vis, et avec « Au nom du père » je traite des souvenirs d'enfance et d'adolescence, donc forcément le milieu ouvrier y est bien présent...

Au nom du père - Réussir malgré tout
Texte et mise en scène : Maryline Klein
Avec Chloé Bonifay et Sarah Horoks
A partir de 14 ans
Durée : 1h15

CRÉDIT- photos: Agathe Hurtig Cadenel

Dates et lieux des représentations: 
- Du 16 au 20 octobre 2018 à la Maison des Métallos

Au nom du père