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Tu seras coupable ma fille : Femme, donc nécessairement coupable

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 6 octobre 2018 07:21 Affichages : 243

fillePar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.fr/ Avec "Tu seras coupable ma fille", Les oiseaux de nuit offre une réflexion sur la difficulté d’être femme dans nos sociétés. Avec humour et sérieux.

« La femme est l’avenir de l’homme » disait le poète. Elle est également son passé et son présent. C’est dans ces deux dernières dimensions que nous emmène la compagnie Les oiseaux de nuit. Sur une scène dépouillée, les quatre comédiennes narrent la difficulté d’être femme dans nos sociétés. Pour cela, elles convoquent différentes victimes des préjugés machistes et patriarcaux : Jeanne d’Arc, Marie Antoinette, Violette Nozière, Pauline Dubuisson et leur grande ancêtre, Eve. Qu’elles aient été meurtrières, comme Violette et Pauline, ou victimes, elles ont affronté les foudres d’une morale édictée par ces messieurs. La presse au XXe siècle, la vox populi avant, les avaient condamnées avant même que se prononce la justice. Coupables de par leur sexe, elles ne pouvaient qu’être condamnées, sans nuance, sans circonstances atténuantes ou si peu. Jeanne, la pastourelle fut vouée au bûcher pour avoir revêtu l’habit masculin et pour hérésie – les voix divines l’enjoignant de « bouter l’Anglais hors de France » : crime abominable, cachant, en fait, sa valeur de combattante victorieuse et de meneuse d’hommes. D’hommes, vous rendez-vous compte ? Que Violette Nozière et Pauline Dubuisson aient eu à subir la violence des hommes de leur entourage ne pouvait excuser leur geste : se défendre des agressions. Cela nous ramène à aujourd’hui où l’on condamne à une lourde peine de prison -commuée par la grâce d’un président- Jacqueline Sauvage. Elle a abattu son époux auteur de viols répétés sur elle et ses filles. L’homme passant de bourreau à victime par le truchement d’un jugement. Quel aurait été le verdict si les rôles avaient été inversés ? Mais poser la question signale le malaise qui traverse nos sociétés, peu enclines à imposer l’égalité entre les sexes, sur le plan salarial ou des mœurs. 

A côté de ces cas douloureux, il est également question du traitement médiatique fait à l’épouse d’un chanteur récemment décédé, à la dame d’un président, affublée de noms d’oiseaux, comparées à des striges profiteuses et avides. On ne saurait toutefois les comparer aux dramatiques cas précédents. Quant à Marie Antoinette, doit-on rappeler que c’est en sa qualité de reine qu’elle dut son exécution. Qualifiée, certes de putain entre autres attributs, elle se devait de partager le sort de Louis XVI : il était en effet nécessaire de se débarrasser de la royauté, symbole de l’injustice, du mépris du peuple, pour mettre bas un ancien régime où un duc, une comtesse pouvait faire pendre, sans autre forme de procès, un serf coupable d’avoir « volé » un peu de bois.
Les quatre jeunes comédiennes affichent une pêche bienvenue, passant d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un simple changement d’accessoire. On rit : les anachronismes verbaux et vestimentaires – Sainte Marguerite, en talons aiguille, fume clope sur clope entre deux conseils à Jeanne-y sont pour beaucoup ; mais aussitôt on grince devant l’injustice faite aux héroïnes malgré elles. Femme, on est coupable de mère en fille, depuis Eve. Mais, où est le témoin qui affirmera que ce n’est pas Adam qui le premier croqua dans la pomme ? Un spectacle vivifiant et utile à l’heure où, en France, tous les deux jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou amant, sans que cela enflamme les médias.

Tu seras coupable ma fille
Création collective de la compagnie Les oiseaux de nuit.

Pour en savoir plus : www.lesoiseauxdenuit.com

Crédit-photo : Marie Perret