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Constance Larrieu et Didier Girauldon : bienvenue en territoire orgasmique

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 15 avril 2019 09:58 Affichages : 3379

Constance LarrieuPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ "L’orgasme est la réponse physiologique qui a lieu au maximum de la phase d’excitation sexuelle. Il est souvent synonyme de jouissance extrême." ( Wikipédia) Seule sur scène, une femme entame une conférence singulière dans laquelle elle dévoile ce qu'elle a découvert dans les textes de Wilhelm Reich, médecin, psychiatre et psychanalyste autrichien ( connu notamment pour ses contributions à la sexologie et à la thérapie psychanalytique) concernant l'orgasme et sa fonction vitale. Une enquête sur la sexualité qui ne pourra pas vous laisser de marbre. En s'appuyant sur des archives, des études, des interviews, des confessions et des journaux intimes (de scientifiques, sexologues, professionnels des métiers liés au sexe etc.) Didier Girauldon et Constance Larrieu, co-metteurs en scène, invitent le spectateur à une représentation " à mi-chemin entre la conférence, le documentaire et le monologue théâtral". 
Constance Larrieu, hôtesse de cette pièce à dimensions étymologique, historique et sociologique, a répondu, avec précision et intérêt, à nos questions concernant ce monologue qui titille vivement notre curiosité.

Et si d'abord vous nous présentiez Wilhelm Reich : à quelle occasion l'avez-vous "rencontré"?

j'ai découvert W. Reich lorsque j'étais encore à l'école d'acteurs (à l'ERAC: Ecole d'Acteurs de Cannes)  il y a maintenant presque 8 ans. Un intervenant m'a donné ce livre "la Fonction de l'orgasme", car je travaillais alors sur la pièce "Manque" de Sarah Kane, qui traite entre autres, de la question du désir et de l'amour. En lisant cet ouvrage, j'ai été frappée par la thèse, ainsi que par toutes les questions que Reich soulève, et j'ai eu aussitôt envie d'en faire quelque chose pour le théâtre. Il y a très peu de spectacles qui abordent sérieusement et réellement la sexualité, et j'ai trouvé le mélange de matériaux -au sein même de l'écriture du livre- déjà très poétique (je fais référence aux schémas, études de cas, discours politique, parole plus adressée ou encore essai psychanalytique) Ensuite j'ai découvert que le destin de Reich avait été particulièrement épique et le personnage m'a également intriguée... Je crois pouvoir dire que "La fonction de l'orgasme" est devenu petit à petit une sorte de livre de chevet, auquel je me référais très régulièrement dans les discussions à la fois politiques, sociales mais aussi intimes bien sûr, avec mes proches. J'ai entre temps travaillé sur d'autres projets, mais celui-ci devait prendre le temps de mûrir car je ne savais pas encore très bien par quel bout commencer, et quelle forme il aurait à l'arrivée...J'en ai énormément parlé avec Didier Girauldon puis avec Jonathan Michel, avec qui j'avais déjà travaillé, et je leur ai proposé de démarrer la recherche ensemble. Petit à petit le projet est devenu le leur et nous avons vraiment construit avec Didier, co-metteur en scène du spectacle et directeur de la cie Jabberwock, un vrai mode opératoire pour avancer. Nous avons d'abord adapté le texte, puis réécrit complètement un nouveau texte, interviewé plusieurs spécialistes en filmant chaque rencontre avec Jonathan notre vidéaste et collaborateur artistique, puis nous avons mené en parallèle une sorte de recherche scientifique qu'il a fallu ensuite restituer au plateau pendant les répétitions. Grâce à toute l'équipe de création: David Bichindaritz (musique et son), Stéphane Larose (lumière), Fanny Brouste (costumes), nous avons vraiment pu en faire une vraie recherche théâtrale!

Choisir de parler de l'orgasme, c'est la démarche d'une féministe, on se trompe? ( et on espère ne pas se tromper !)
C'est drôle car il s'agit d'une question qui revient souvent! Je ne nierai pas que je me sens très engagée dans la défense de la cause féminine, y compris dans le secteur culturel où il reste énormément à accomplir pour que les femmes puissent bénéficier des mêmes moyens pour créer et de la même crédibilité que celle qui est accordée aux hommes. Mais parler d'orgasme pour moi ne devrait pas relever du féminisme, justement parce que nous avons décidé avec Didier d'aborder l'orgasme au sens large, pas seulement l'orgasme féminin, ce qui nous semblait trop réducteur. (d'ailleurs si vous tapez "orgasme" dans google, vous ne tomberez presque que sur des pages qui concernent l'orgasme féminin, à croire que l'orgasme masculin est inné et qu'on a tellement mis du temps à parler de l'orgasme féminin qu'il est à présent devenu une valeur performative, une sorte de course à l'orgasme sans fin. Mais Reich lui, ne fait pas de distinction entre l'orgasme masculin et l'orgasme féminin!) Mais aussi parce que l'orgasme est une affaire importante de la vie, il fait partie du fonctionnement du corps et intéresse tout le monde je crois: sans distinction de genre...Bien évidemment étant une femme je dirais que je peux parler plus naturellement de ce qui concerne l'orgasme féminin, mais c'est aussi pourquoi je trouvais très important que l'équipe de création soit mixte, afin d'élargir le débat et de dialoguer aussi avec nos sensibilités d'hommes et de femmes pour ne pas tomber dans l'écueil du projet de femme qui ne s'adresse qu'aux femmes! Certes, l'orgasme féminin est une donnée politique, vous le découvrirez dans le spectacle, on est loin d'avoir acquis la possibilité d'en parler librement, et j'ai été confrontée à des réactions extrêmement sexistes lorsque j'ai commencé à parler du projet autour de moi, y compris par certains directeurs de structures, mais c'est assez étonnant de penser que c'est exactement ce qui est arrivé à tous les gens qui ont fait des recherches sur la sexualité dans l'histoire: ils ont eu beaucoup de mal à être pris au sérieux, encore plus lorsqu'il s'agissait de femmes puisqu'une femme qui parle sans fausse pudeur de sexualité fait, je crois, malheureusement encore peur à certaines femmes comme à certains hommes d'ailleurs...

Sur scène, vous avez imaginé une vraie-fausse conférence scientifique, c'est bien ça? Comment cela se présente-t-il? Vous projetez des documents? vousDidier Girauldon avez recours à des citations de divers spécialistes du sujet?
Nous commençons le spectacle sous forme de conférence, dans une adresse très simple et directe au public. Il y a donc bien sûr une dimension didactique au sens positif du terme, nous essayons de donner du contenu, de parler de l'orgasme dans l'histoire, des recherches qui ont été menées jusqu'à présent etc... Mais nous ajoutons à cela des extraits d'interviews de spécialistes filmées pendant le processus de création (psychanalyste, périnéologue, philosophe, gigolo etc...) et qui s'intègrent au jeu en live. J'ai recours à d'autres citations de spécialistes, à des extraits du livre de Reich, mais je raconte aussi ma propre recherche dans toute cette matière. Puisque l'idée est que l'on puisse s'attacher à une personne (la conférencière, donc moi) et que l'on puisse suivre sa recherche au présent. Didier et Jonathan m'ont donc encouragée à tenir un journal de bord vidéo tout au long des répétitions, et des extraits de ce journal sont diffusés dans le spectacle, ainsi la dimension d'auto-fiction et de théâtre documentaire entre aussi en jeu. Mais tous ces éléments dialoguent entre eux et proposent une vraie expérience théâtrale, un monologue qui, de la conférence, évolue petit à petit en performance d'actrice.

De quoi parle cette conférence? de l'utilité de l'orgasme? de ses particularités? de la façon dont on peut l'atteindre?
Le spectacle parle de l'importance de l'orgasme dans le corps, dans la vie des personnes, d'une société, et donc d'un monde. Reich était convaincu que si l'orgasme était accessible à tous, les névroses individuelles et sociales seraient résolues et nous pourrions vivre dans un monde qui combattrait le fascisme, où le travail de chacun serait accompli dans la joie et l'épanouissement, où la curiosité et l'esprit des lumières primeraient, où nous pourrions dialoguer les uns avec les autres sans toujours mettre en avant la morale, l'éducation ou les obligations extérieures comme garde-fou de notre conduite, où nous pourrions nous rencontrer vraiment et mettre de côtés nos résistances caractérielles et physiques pour pouvoir vivre dans la sincérité du corps et de l'âme. C'est une utopie évidemment, mais une belle utopie, et nous pensons réellement que l'orgasme a une fonction primordiale dans la société! La fonction de l'orgasme, vous le découvrirez si vous venez voir le spectacle, traite de tous ces sujets à la fois, de la définition de l'orgasme à ses implications physiologiques, sociologiques, philosophiques ou encore politiques. C'est donc plus largement un projet sur la rencontre, sur l'amour aussi, sur le bonheur et la joie!  Il ne s'agit pas d'un manuel de sexologie (nous ne prétendons pas donner une leçon pratique au public!) mais bien évidemment, les rencontres avec les spécialistes du sujet apportent aussi certaines réponses aux questions que l'on peut se poser sur la manière de l'atteindre, tout n'est pas que dense et sérieux comme vous pouvez l'imaginer!

On imagine que vous avez du chercher des procédés comiques pour créer des sas de décompression à la gêne que peuvent ressentir les spectateurs...ou justement, parce que vous l'avez déjà testé plusieurs fois, la gêne n'est pas du tout présente?
La gêne est parfois présente mais pas aux moments où on l'attendrait nécessairement. Parce que le but est que le spectacle puisse parler à chacun et laisser résonner les choses ensuite... et surtout, il n'y a rien de vulgaire ou d'obscène dans le spectacle! Il y a énormément d'humour aussi dans tout ça même si le fond est sérieux, car nous avons effectivement tenté de ménager de vrais moment plus légers et décalés, afin de pouvoir permettre au public de cheminer et de traverser sensiblement - et en même temps que moi - les états par lesquels je suis passée au cours de la recherche. Il ne s'agit pas d'un moment purement intellectuel heureusement, sinon le pari serait raté! Nous rêvons que les spectateurs puissent sortir de la salle en ayant envie de rentrer chez eux et d'expérimenter à leur tour! C'est donc aussi une expérience différente chaque soir, en fonction du public avec lequel je joue beaucoup, et je ne sais pas à l'avance comment les gens vont réagir, mais c'est cela aussi qui est excitant!

Parler de la fonction de l'orgasme aujourd'hui, à une époque où justement, certains pays ont tendance à avoir une vision rétrograde vis à vis des femmes, c'est un peu une manière de combattre pour vous?
Oui, c'est une manière de prendre position et d'oser prendre la parole en tout cas, sans faire du théâtre ouvertement politique, je crois que c'est aussi par des moyens poétiques et en filigrane que l'on peut toucher les gens là où ils ne s'y attendraient pas, et c'est ce qui nous intéresse...

Et si vous nous offriez quelques phrases de ce spectacle pour donner envie aux spectateurs de franchir le pas?

"Ce que j’aimerais entreprendre avec vous ce soir, c’est considérer l’orgasme comme un objet légitime de recherche. Je ne suis pas la première à l’envisager, de nombreux scientifiques avant moi se sont brûlés les ailes et ont été constamment confrontés au mur du sarcasme. Pourtant la recherche orgastique n’en est encore qu’à ses balbutiements…"

(...)

« Bonjour Constance,
bien-sûr que j'accepte de vous laisser y réfléchir quelques temps.... Peut-être pouvons-nous nous dire que c'est votre personnage qui me rencontrera, et pas vous...
Ce serait alors essentiellement pour le bien du spectacle...
Mais je vous laisse y réfléchir... Ma proposition reste valable...
Me permettez-vous de laisser une porte ouverte jusqu'à notre rencontre ou même après?
 Je suis ravi d'aider la culture, ravi de faire plaisir (c'est mon métier)." Charles Gigolo

La fonction de l'orgasme

Une recherche théâtrale de Didier Girauldon, Constance Larrieu et Jonathan Michel
Sur une idée de Constance Larrieu inspirée par les écrits de Wilhelm Reich
Mise en scène: Didier Girauldon et Constance Larrieu

Avec Constance Larrieu

Collaboration artistique et vidéo: Jonathan Michel
Création sonore et musicale: David Bichindaritz
Lumières: Stéphane Larose
Régie plateau : Mohamed Rezki
Création costumes : Fanny Brouste
Réalisation costumes : Hélène Chancerel

Coproduction Comédie de Reims–CDN, Compagnie Jabberwock et Bonlieu Scène Nationale Annecy / Avec le soutien de la Région Centre-Val de Loire - Création 2015
Durée : 1h15

Crédit photo: Jonathan Michel

Le teaser du spectacle:
https://vimeo.com/120150995

Dates de la tournée:

-Du 17 au 28 novembre 2015 -  à la Comédie de Reims - CDN


-Mardi 2 février 2016 au théâtre Jacques Cœur - Lattes


-Samedi 6 février 2016 aux Passerelles - Pontault-Combault


-Mercredi 10 et jeudi 11 février 2016 au Parvis, Scène Nationale Tarbes Pyrénées


-Vendredi 20 mai 2016 à La Pléiade - La Riche en partenariat avec le CDR de Tours

- Du 4 au 18 mai 2019 à La Reine Blanche ( 2 Bis Passage Ruelle, 75018 Paris)