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Seasonal Affective disorder : une cavale rock et amoureuse

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 25 février 2018 21:12 Affichages : 441

Seasonal affective disorderPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ D’abord le titre, en anglais : Seasonal affective disorder, ou trouble affectif saisonnier. La dépression saisonnière, ou trouble affectif saisonnier (TAS), est un trouble de l'humeur caractérisé par des symptômes dépressifs survenant habituellement lors de changements saisonniers.

Le plus souvent, les symptômes dépressifs débutent l’automne et l’hiver au changement de saison, lorsque les heures d’ensoleillement diminuent, pour ne s’estomper que lorsque la saison est terminée. Ainsi, la jeune Dolly, qu’on découvre dans un bar, dans une situation pour le moins périlleuse (elle est capable de boire un chocolat tout en fumant et mâchant un chewing-gum), en souffre manifestement. Sans parler des hormones et des antécédents familiaux que l’on devine. Avant que Vlad, plus âgé qu’elle, ne lui propose de passer la nuit avec lui, dans un hôtel minable de la Porte de Bagnolet. Les taches de sang qu’elle a dans le cou intéressent beaucoup Vlad, au prénom d’empaleur. Elle accepte sans hésiter.
Dolly donc, qui dit avoir 18 ans, mais n’en n’a que 14, a l’impression que le soleil ne se lève plus lorsque, à l’aube, elle décide d’aller tirer de l’argent à la Poste du coin, derrière Auchan-Bel Est, sous l’échangeur du périph. Les troubles de l’humeur peuvent aller d’une simple déprime (« blues hivernal »), on l’a vu, jusqu’à un véritable syndrome dépressif. Voire à une tentative non pas de suicide mais de meurtre. Mais n’anticipons pas. La petite tenait soi-disant la porte des toilettes d’une copine de lycée… sur laquelle elle a manifestement tiré un coup de feu. Elle est paumée, recherchée. Lui s’est perdu.
Or donc, Seasonal Affective Disorder raconte la cavale rock et amoureuse on the road, à l’américaine. Avec des flingues et des nuits passées dehors… Vlad et Dolly sont très vite ensemble pour le meilleur (furtif) et surtout le pire. Autour d’eux, la nature et le temps se dérèglent : le soleil ne se lève plus, on vous l’a dit, mais surtout ils ont les flics au c…  Vlad a l’air à l’ouest. Il pourrait être son père mais c’est elle qui finit par prendre les décisions. Il a quitté sa compagne, comprend-t-on, pour cette ado qui en fait trop. Elle est sa petite lumière d’aube. Il est son sauveur. Croit-elle…
Lola Molina, l’auteure de la pièce, dit vouloir créer chez le spectateur une prise de conscience : « Je voudrais que l’histoire de Vlad et Dolly déplace les repères de la permission et de l’autorisation chez celui qui l’écoute, je voudrais que cette histoire lui donne de la force et que cela ouvre des possibilités d’action. » Ça, pour y avoir de l’action il y a de l’action, mais dans la mauvaise direction puisque, on le sait, les histoires d’amour finissent mal… en général.  
La mise en scène, de Lélio Plotton, est très cinématographique. Pour ce faire, la mise en scène plonge le public dans la course folle des deux protagonistes en reconstituant un environnement sonore immersif, avec bande sonore plus présente que les images, en fond d’écran, comme vues d’un rétroviseur. Mais ce sont les personnages, joués par Anne-Lise Heimburger et Laurent Sauvage qui crèvent l’écran, oserions nous écrire. La première est géniale en ado/nymphette, mais pas trop, qui n’a pas sa langue dans sa poche et découvre le pouvoir de son corps sur les hommes. Le second, tout homme mâture qu’il est, semble extenué, mais il a encore la force de tenter un dernier coup de poker, sans tricher. Anne-Lise c’est la pin-up dangereuse, parce que vénéneuse, lui c’est une sorte de Bashung, tout en retenue. Look dur mais tendre à l’intérieur. Protecteur. Sa voix est posée, fatiguée, monocorde mais le ton saccadé rythme la pièce. Son corps à elle en dit presque autant que sa poésie involontaire de gamine naïve qui n’aura pas le temps d’apprendre de la vie.
On pense bien sûr à 37°2 le matin, de Djian/Beinex, avec Béatrice Dalle et Jean-Hugues Anglade, mais aussi et surtout au couple délicieusement déjanté d’Arizona Junior, des frères Cohen, avec Nicolas Cage et Holly Hunter ; voire à Tueurs nés d’Oliver Stone, avec Woody Harelson et Juliette Lewis en Bonnie and Clyde des temps modernes. Ce spectacle, récompensé par le prix Lucernaire Laurent Terzieff - Pascale de Boysson 2017, est la somme d'un travail collectif où chacun a apporté sa pierre à l'édifice, qui se veut un « hors-piste poétique, palpitant et amoureux », dixit le jeune metteur en scène Lélio Plotton, Cette expérience immersive, sans être révolutionnaire, est une réussite parce que les acteurs portent un texte, à la fois moderne et poétique. Sans trop en faire, sans prises de tête intello. L’équilibre est parfait entre cette impression de déjà-vu, déjà lu, sans pour autant avoir été déjà entendu. La tension nerveuse est palpable. On sent que ça va mal se terminer mais chacun vit l’instant présent quasiment en direct-live. On est avec eux dans le bar puis dans l’Etap Hôtel de la Porte de Bagnoet, puis dans le parking et sur la route. Un road-movie, on appelle ça. Et si on disait tout simplement une bonne pièce de théâtre contemporaine, créée par de jeunes créateurs...

Seasonal Affective disorder
De Lola Molina
Mise en scène : Lélio Plotton
Avec Anne-Heimburger et Laurent Sauvage

- Jusqu'au 31 mars 2018 au Lucernaire jusqu’au 31 mars, à 21 h, du mardi au samedi… salle Paradis (53, rue Notre-Dame-des-Champs – 75006 Paris. Tel : 01 42 22 66 87 /www.lucernaire.fr)