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Paysages intérieurs : un somptueux et onirique voyage aux confins du désir, de l’angoisse de la mort et de la perte de l’être aimé

Écrit par Imane Akalay Catégorie : Théâtre Mis à jour : jeudi 18 janvier 2018 18:02 Affichages : 629

paysages intérieursPar Imane Akalay – La Grande Parade / Dans une première scène poétique et pleine d’humour, une marionnette parvient à s’extraire d’une valise, étire ses membres, danse un flamenco, puis fait la rencontre de son alter ego humain, tout de blanc vêtu, le personnage central du spectacle. Appelons-le Gianni. Gianni tente d’enfermer la marionnette mais se retrouve lui-même prisonnier alors qu’elle est libérée. Il est difficile d’enfermer la mémoire.

Se présente alors un escalier de lumière qui permet d’accéder à la porte des songes, de passer de l’autre côté de la réalité. La porte ouvre sur un monde onirique aux couleurs tendres, peuplé de créatures étranges. Le spectateur entre dans les rêves et le subconscient de l’homme en blanc.

Dans une succession de somptueux tableaux, tel un mélancolique Ulysse aux prises avec ses fantasmes récurrents, Gianni vit son odyssée intérieure. Angoisse de la disparition, l’homme en blanc est happé par diverses créatures hybrides des règnes animal, végétal et minéral -- nymphes aquatiques, femmes-fleurs, géantes cornues, plantes-animaux, gingembres géants ou anémones de mer aux visages humains, créatures écarlates mi-oiseaux sauvages, mi-crabes, à moins que ce ne soit des braises incandescentes. Angoisse de l’étouffement, Gianni lutte contre les éléments -- il est pris dans une tempête en mer, dans une tempête de sable rouge flamme, il se noie ou étouffe.

Angoisse de la perte des êtres chers, dans un joli paysage de campagne, une femme joue tendrement avec son enfant-marionnette, décore un bonhomme de neige, mais la guerre éclate. Une explosion se fait entendre au loin, puis une bombe atterrit tout près d’eux sur la maison qui disparaît dans les flammes. La guerre éclate en scènes courtes mais récurrentes, hideuses au milieu de toute cette poésie onirique. Atteint à bout portant par des soldats, Gianni meurt ou perd conscience, mais l’on ne meurt ou ne disparaît jamais dans ses rêves. Lorsque le danger est imminent l’on se réveille – alors pourquoi s’éteindre, si ce n’est pour échapper au réveil lorsque celui-ci fait remonter à la surface une réalité trop dure ? Lorsque Gianni finit par se réveiller, une petite maison brûle dans son cœur.

paysages interieursQuelle est l’histoire du rêveur ? Quelles douleurs enfouies hantent donc ses rêves ? Est-il l’enfant qui jouait avec sa mère auprès du bonhomme de neige ? La femme-univers aux cuisses accueillantes est-elle fantasmée sous l’angle de la sexualité ou de la maternité ? S’agit-il de rentrer dans le ventre maternel, est-ce le désir de fusion de l’adulte ou celle du nouveau-né ? La femme attirante et vénéneuse, provocatrice et inatteignable, qui apparaît sous diverses formes puis s’échappe, est-elle femme ou mère ?

Et puis la rencontre furtive et poignante avec le père, ombre géante qu’il appelle et qui ne répond pas. Et si c’était cela, la clé des songes ? Le père absent dont le secret de la disparition ne nous est pas livré.

On rit beaucoup pendant cette performance pleine d’humour mais c'est aussi incroyablement mélancolique et parfois perturbant. La somptueuse mise en scène et l’exécution magistrale de ce spectacle mêlant les arts du théâtre, de la danse, des marionnettes, de la vidéo et de la magie, nous transportent littéralement dans le monde des rêves.

Le spectacle est accessible à tous les âges. Un enfant de cinq ans s’en émerveillera tout autant qu’un adulte qui en saisira la poésie et la profonde mélancolie. Quatre-vingt dix minutes de pure magie.

Dates et lieux des représentations: 

- Du mercredi 17 au dimanche 21 janvier 2018
 - du mercredi au samedi 20H30, le dimanche 15H
  au Théâtre Le 13ème Art (Centre commercial Italie 2,
Place d'Italie - 75013 Paris)

- Vendredi 26 janvier 2018 au Théâtre de Béziers ( 34)

Paysages intérieurs
Mise en scène et scénographie : Philippe Genty / Chorégraphies: Mary Underwood
Assistés par : Nancy Rusek et Éric de Sarria
Création musicale: René Aubry / Co-production: Juste pour rire

Comédiens-comédiennes: Amador Artiga, Maja Bekken, Balázs Jerger, Scott Koehler, Simon Rann, Madeleine Fredstad Roseth

Durée : 1h30

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gentyPhilippe Genty: un magicien du théâtre visuel (Interview réalisée en novembre 2012)

Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Philippe Genty est plasticien de formation. Il entreprend dans les années 60 avec l'aide de l'UNESCO de réaliser un film documentaire sur les théâtres de marionnettes dans le monde. En 1968, il fonde la Compagnie Philippe Genty et crée depuis des spectacles représentés en France et à l'étranger qui mêle divers types de marionnettes, la danse, le théâtre, les jeux d'ombre, le mime … Pour cette saison 2012/13, la Compagnie tourne plusieurs spectacles dont Ne m'oublie pas, un voyage extraordinaire entre illusion et magie, qui met en place un ballet étrange avec vingt personnes-personnages sur le plateau; l'oeil est placé dans une "confusion" permanente entre les mouvements des comédiens et des mannequins hyperréalistes qui représentent leurs doubles. Nous étions tentés de poser quelques questions à ce Maître des Illusions, les voici!

Vous êtes auteur de spectacles visuels, mêlant dans vos spectacles marionnettes, magie, danse, illusion, théâtre, mime, jeux d'ombres et de lumières…quel parcours artistique ( formations, rencontres etc..) a donné toutes ces cordes à votre arc?
À l'occasion d'un tour du monde en 2 CV dans les années 60, j'ai rencontré la plupart des marionnettistes de chaque pays traversé: des troupes de théâtres de l'Europe de l'Est jusqu'aux créateurs des Muppets en passant par les manipulateurs du Bunraku. Ensuite j'ai pas mal joué avec mes propres marionnettes dans des cabarets et des revues de music-hall pour financer ma compagnie. Faire un numéro entre un prestidigitateur et une striptease contorsionniste, c'est assez formateur tant pour le rythme qu'en termes d'inspiration! Mais la rencontre décisive avec ma compagne, Mary, qui était danseuse, a insufflé une dimension chorégraphique à nos spectacles qui n'a cessé de se développer jusqu'à aujourd'hui.

"Ne m'oublie pas" est né d'un coup de cœur pour un pays, la Norvège, et pour la qualité de son enseignement? Pourriez-vous nous raconter la genèse de ce projet?
Ce n'est pas tout à fait comme cela que les choses se sont passées. "Ne m'oublie pas" est un spectacle que nous avons créé il y a vingt ans et dont nous avions repris les grandes lignes pour former un grouped'étudiants norvégiens si incroyablement talentueux que nous avons fini par décider d'en faire un spectacle à part entière. inspirés en effet par la Norvège, nous avons transformé quasiment toutes les scènes
d'origine. L'ambiance à Verdal faisait fortement écho à l'image obsessionnelle autour duquel le premier spectacle avait été conçu: un homme au crépuscule à la recherche de souvenirs enfouis dans la neige qu'il amasse dans un traineau .

Depuis combien de temps ce spectacle est-il joué? Les élèves de Nord-Trondelag University College de Verdal sont-ils les seuls à l'avoir interprété?
Le premier "Ne m'oublie pas" date de 1992. Ce nouveau spectacle a été écrit en 2011 et recréé en 2012. Les comédiens sortis de Verdal sont donc les seuls à l'avoir interprété dans cette nouvelle version, c'est un spectacle très récent dont les racines sont anciennes.

22 personnes-personnages sur scène: dix artistes et leurs doubles, grandeur nature…qu'apporte, pour vous, la présence des mannequins (et des marionnettes en général, très présentes dans vos créations) sur un plateau?
Je suis fasciné par la limite entre l'animé et l'inanimé, le vivant et son mirage. La manipulation d'objets, de mannequins, de matériaux permet d'interroger ces zones obscures.

En quels matériaux sont faits ces mannequins?
Essentiellement composés de l'étoffe des songes à laquelle nous avons adjoint un peu de bois, résine, mousse, polycarbonnate, verre pour les yeux, métal pour les articulations... J'en oublie sûrement quelques-uns.

Que raconte "Ne m'oublie pas"?
Mes spectacles ne "racontent" rien. C'est le spectateur qui se raconte à travers eux. "Ne m'oublie pas" évoque le monde du rêve, la réapparition des souvenirs enfouis, le vertige de l'amour, l'envie de défier la mort, à travers des personnages tantôt facétieux tantôt émouvants.

On dit que "pour Philippe Genty, la réalité copie l'illusion"? Pourriez-vous nous expliquer ce paradoxe?
Le charme du paradoxe c'est de rester paradoxal et donc inexpliqué, non? À chacun de forger sa propre explication.

Si la réalité copie l'illusion, que créez-vous? la réalité ou l'illusion?
Je dirais qu'en cherchant la réalité de l'illusion, je suis amené à produire l'illusion de la réalité.

On serait tenté de dire que c'est l’œil du spectateur qui fait tout...
Oui, c'est le propre du rêve éveillé. Mais le rendre possible demande un certain travail.

Pour créer l'illusion, il faut tromper les sens du spectateur…diriez-vous que vos spectacles poussent à son acmé l'objectif viscéral de toute représentation théâtrale?
Il y a toute sortes d'illusions, celles qu'on reconnait comme illusions tout en s'y abandonnant sont les plus délicieuses et instructives à mon sens. Mais je pense que ce n'est qu'une des voies théâtrales possibles, il y en a une multitude d'autres.

Enfin, si vous deviez citer un artiste, une lecture ou une œuvre qui vous a accompagné dans votre travail artistique, lequel ou laquelle serait-ce?
De nombreuses œuvres m'ont bouleversé et influencé, mais citons celle qui m'a accompagné presque dès le départ: les dessins de Saul Steinberg à la fois très simples, pleins de malice, d'humour et d'énigmes.

 

ZigmundZigmund Follies : laissez-vous embrigader par les menottes de la Cie Philippe Genty ( mars 2015)

Par Elodie Cabrera - écrit en MARS 2015/ Sur sa tête, un chapeau haut de forme surplombé d'un index magique et têtu. Conteur à temps complet, le héros de « Zigmund Follies » se joue des mots, les tord, leur fait prendre des virages à 180° et le public s'amuse de ces palinodies de langage. Ce bricoleur d'histoires confie se sentir parfois épié par sa main gauche. Elle fouille ses poches, son portefeuille, et lorsqu'il la prend la main dans le sac, cette dernière se transforme en revolver. Désormais captif, il est malgré lui entraîné dans un monde imaginaire.

Dans cet univers bigarré, proche de celui imaginé par Lewis Caroll, on croise Félix Nial, agent de la police secrète, un ministre venu de « l'Intérieur », un trou de mémoire, des mots à la dérive ayant trouvé refuge sur une île, un sous-marin WC et d'autres créatures cinglées. Pour en réchapper, il doit trouver la fermeture éclair, une porte d'entrée proche de la sortie. Elle est si étroite que notre faiseur de métaphores doit rapetisser pour l'emprunter. Le voilà pas plus haut que la paume d'une main, armé de son doigté et de sa verve à nulle autre pareille, lancé dans une course poursuite qui l'emporte jusqu'au vaste océan des souvenirs.

Ce spectacle complètement loufoque, présenté au Théâtre du Grand Parquet en mars dernier, revient sur les planches pour quatre dates exceptionnelles. À ne manquer sous aucun prétexte. D'abord pour la finesse du texte, piquée de jeux de mots, ensuite pour la dextérité des marionnettistes, dont le talentueux Eric de Sarria. L'inventivité de la scénographie offre l'illusion d'une quantité de lieux, si bien que le décor miniature se transforme au gré des péripéties. La Compagnie Philippe Genty, incontournable dans le théâtre de rue et d'objets, s'adresse depuis ses débuts à notre subconscient. Matérialisant l'onirisme, cette terre lointaine où naissent les plus belles aventures, « Zigmund Follies » donne vie à l'un des plus grands fantasmes : le rêve éveillé.

Zigmund Follies

Compagnie Philippe Genty
Mise en scène : Philippe Genty
Assisté de : Mary Underwood
Interprètes : Eric De Sarria et Philippe Richard