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Philippe Car : un El Cid coloré et décalé

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 6 novembre 2016 16:10 Affichages : 1710

Philippe CarPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr / Philippe Car est né à Marseille :  à 18 ans, s'il rate son permis, il part tout de même en tournée jusqu'en septembre au volant d'une 4L antique tractant un manège... avec une troupe de jeunes clowns musiciens. L'occasion de s'initier, entre autres, à la danse contemporaine et de se découvrir une passion pour le spectacle vivant.

Il entre en 1978 au TEMP, l'école de théâtre gestuel de Pinok et Matho, à Paris. Peu sensible au théâtre institutionnel mental, ses envies théâtrales se dirigent vers les pratiques traditionnelles anciennes. Dès 1979, il crée sa propre compagnie, Cartoun Sardines Théâtre,en devient le metteur en scène et avec celle-ci il fait le tour du monde. C'est à cette occasion qu'il découvre les arts ancestraux qui nourrissent son travail de comédien, de metteur en scène et son écriture dramaturgique.  Ainsi ses spectacles puisent à la fois dans les marionnettes, le mime, la magie, la musique, le clown, le masque… A la tête déjà d'une trentaine de créations et de près de 3000 représentations, on précisera que deux de ses mises en scène ont été présentées par l'Adami à la soirée des Molières. En 2007, Philippe Car crée l'Agence de Voyages Imaginaires avec 6 membres de sa compagnie première. L’Agence de Voyages Imaginaires a notamment monté Le Bourgeois gentilhomme, Roméo et Juliette, Sur le chemin d'Antigone et... El Cid!, en 2013, qui a débuté par une période d'immersion en Espagne et au Maroc!  De la couleur, de l'énergie pétaradante, de l'émotion en feu d'artifice et du décalé…voilà ce que promet cette tragédie remaniée à la sauce "Philippe Car" : en route donc pour El Cid!Et...très bientôt nous vous parlerons du Conte d'Hiver, leur dernière création!

Et si, pour commencer, vous nous présentiez votre Agence de Voyages Imaginaires?


C'est une troupe de théâtre, comme il n'en existe plus beaucoup, formée d'artistes comédiens, musiciens, auteurs, inventeurs, metteur en scène, artisans.... et de techniciens non moins inventifs qui fabriquent du spectacle vivant et d'une poignée de sédentaires qui organisent, administrent, oeuvrent à faire tourner, à faire connaitre...
Le nom choisi pour cette troupe image parfaitement l'idée maitresse des spectacles qui sortent de nos "ateliers".



Pourquoi  avoir choisi Le Cid? Votre compagnie monte-t-elle d'habitude plutôt des classiques ou des textes contemporains? 


Depuis quelques années, nous travaillions plutôt sur des textes du répertoire. Corneille est un auteur passionnant parce qu'il écrit de véritables thrillers psychologiques, auxquels, à son époque, le public se rue ! La langue de Corneille, le texte du Cid, est une langue sortie tout droit d'un conte, avec tout ce qu'on peut trouver de magique, de poétique et de théâtral. Le thème, - les valeurs profondes envers sa famille, la personne aimée et finalement soi-même - est tout à fait actuel.



Corneille est un auteur passionnant parce qu'il écrit de véritables thrillers psychologiques, auxquels, à son époque, le public se rue !

"Chaque création de (votre) compagnie, débute toujours par un "voyage d'étude", où toute l'équipe se retrouve à l'étranger pour la découverte du texte parallèlement à celle d'une technique" ; quel a été le contenu du voyage de "La caravane du Cid"?


Trois mois de répétitions dans quatre villes d'Espagne et du Maroc. Installés sous un chapiteau ouvert, à  vue du public, jour après jour, nous avons découvert le texte, chaque acteur s'est essayé à chaque rôle, les scènes ont été cherchées: comment raconter tel ou tel moment ? Où sommes-nous? Comment représenter chez Chimène etc.... trouver la cohérence du spectacle. Dans quel monde se passe l'action, à quelle époque ? Régulièrement, nous échangions avec les spectateurs présents.



On a pu lire : " A chacune de nos étapes, nous avons reconstitué un laboratoire de création théâtrale nomade, librement ouvert" :  Vous pratiquez donc un théâtre qui se construit, s'affine au contact des spectateurs? Cela semble nécessiter un ego qui accepte les critiques…est-ce toujours facile?

Non, pas toujours. Oui, les acteurs doivent savoir se montrer dans des situations que ne les mettent pas forcément en valeur. Un acteur n'est jamais "bon" dès la première découverte du texte. Par contre, il est très ludique de se jeter dans des improvisations, et les maladresses sont partagées par le public. Nos spectacles ne se fabriquent pas tous comme celui-là. Habituellement les pèriodes ouvertes au public sont plus courtes. Mais l'expèrience de l'échange est excellent... c'est comme dans la vie...



Vous avez procédé à des coupes dans le texte de Corneille , à l'ajout de textes pour un narrateur….c'est donc un travail de réécriture à part entière?

Il reste environ les deux tiers du texte de Corneille (lui-même s'est inspiré d'un texte espagnol). Certains passages trop datés, ou difficiles à comprendre, ont été réécrits. C'est une réécriture partielle.



Vous avez monté un Cid version thriller avec du " Shakespeare, du Hitchcock et du Tarantino", c'est bien ça?


Non, j'ai parlé de ces auteurs-réalisateurs parce que c'est tout à fait contenu dans le texte de Corneille. Nous n'avons fait que suivre ses indications.



Côté décors, on est dans un univers forain. Pourquoi?

Parce qu'au théâtre la vie est un conte...



Enfin, quel est votre credo théâtral Philippe Car?

Je ne sais pas ce que ça veut dire…



Et si, pour conclure, vous deviez citer une phrase du Cid…laquelle serait-ce?


Va cours vole et nous venge !!!! qui est coupée dans notre version !

El cidOn l'a vu et on en a pensé...

Lumineux et euphorisant : voilà deux adjectifs qui tombent sous le sens lorsqu'on sort du El Cid ! de l'Agence de Voyages Imaginaires. Il y a du génie dans la capacité de cette troupe à offrir une version décalée de la tragi-comédie de Corneille sans la dénaturer. A l'ouverture, débarquent sur le plateau des "clowns musico-philosophes" qui s'interrogent sur la question pertinente de "Doit-on se faire justice soi-même ou doit-on faire confiance en la justice du pouvoir souverain?". Une interrogation qui n'a pas pris une ride depuis la création de la pièce : en effet, si la loi du Talion était une question d'honneur au XVIIème siècle, elle n'en reste pas moins une posture qui tente encore bon nombre d'âmes contemporaines ; or la violence est-elle vraiment la meilleure réponse à la violence?.  Autre question sur laquelle se disputent les interlocuteurs sur scène : "Est-il possible de pardonner à l'homme qui tue votre père, même s'il a agi pour laver une insulte? Et que penser, de la même façon, d'un homme qui accepte d'être injurié sans réagir?" Comme le disent si bien les clowns narrateurs, Pierre Corneille a inventé une histoire drôlement compliquée! La mise en scène de Philippe réussit ainsi avec originalité, pédagogie et humour à la rendre accessible à tous : une pièce qui séduira donc autant les adultes que les adolescents. A voir en famille assurément! Comme la pièce se déroule dans le royaume de Castille, les hurluberlus de l'Agence de Voyages Imaginaires jouent avec plaisir avec les clichés de l'Espagne et  usent - pour le plus grand plaisir des spectateurs - de ses chants traditionnels et populaires, de ses pas de danse, de ses intonations et certains passages sont même gazouillés en espagnol. Philippe Car incarne un tordant Rodrigue et son pendant féminin est une Chimène attachante dans ses contradictions et ses combats intérieurs. Le roi, dans son château de poupée, est cocasse au possible; le drolatique Don Sanche finira par se tenir à carreaux, maté par l'invincible Rodrigue à la perruque rouge fluo. Ajoutons à l'interprétation juste des comédiens, un travail scénographique et de mise en scène de qualité : on savoure les nombreux clins d'oeil  au cinéma ( notamment à l'esthétique de Tarentino) et l'atmosphère onirique mis en place grâce à des jeux de lumière, de couleurs, de bruitages, d'accessoires et de décors empruntant à l'univers forain. Le monologue "Ô rage ô désespoir" de Don Diègue est aussi délirant qu'admirablement senti et l'on refusera d'en dire davantage pour vous laisser le plaisir de la découverte! Vous l'aurez compris, l'on sort de cette récréation dramatique conquis, enivré de fantaisie et d'alexandrins brillants. A voir absolument!

Le site de la compagnie !

El Cid! Agence de Voyages Imaginaires - Cie Philippe Car
Mise en scène : Philippe Car
Adaptation et écriture: Philippe Car et Yves Fravega ( d'après Pierre Corneille)
Composition musicale : Vincent Trouble
Costume et accessoires : Christian Burle
Décors et accessoires: Jean-Luc Tourne
Avec Philippe Car, Valérie Bournet, Vincent Trouble, Marie Favereau et Nicolas Delorme
Crédit-photo: Elian Bachini

Dates et lieux des représentations en 2017:
- Les 23 et 24 mars 2017 au Théâtre de Privas ( 07)
- Les 28 et 29 mars 2017 à Le Sémaphore - Cébazat
- Les 13 et 14 avril 2017 à La Vence Scène - Saint-Egrève (38)