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Mélissa Von Vépy : les planches du Petit Cirque de Fred... sur les planches

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cirque Mis à jour : dimanche 17 janvier 2016 22:16 Affichages : 2354

melissa von vepyPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Mélissa Von Vépy, après avoir suivi une formation au Centre National des Arts du Cirque pendant cinq ans, a choisi de développer sa recherche autour de l’aérien en lien avec le théâtre et la danse. Si elle travaille auprès de metteurs en scène et chorégraphes comme Zimmermann & de Perrot, Guy Alloucherie, Sumako Koseki, elle a monté également sa propre compagnie : Happés théâtre vertical. Dans VieLLeicht, Croc, En Suspens et ses autres créations, elle est à la fois la conceptrice et l’interprète. Son nouveau projet se nomme « J’ai horreur du printemps» et se veut un hommage à l’une des bandes-dessinées majeures de Fred, Le petit cirque. Poétique, surréaliste, cruel, mélancolique et tendre tout à la fois, comment Mélissa Von Vépy a-t-elle choisi de mettre sur le plateau ce récit, considéré comme un chef d’oeuvre du neuvième art, des aventures du forain bourru et de son épouse Carmen? Comment sortir des cases et exprimer avec justesse le mélange d’humour et d’absurde propre à l’univers de Fred? Mélissa-Carmen nous dit tout avec simplicité et naturel...

La genèse du projet « J’ai horreur du printemps» , c’est d’abord la lecture de l’album de Fred on suppose?

Cette bande dessinée «Le Petit Cirque» m’accompagne depuis l’enfance grâce à mon père qui était fou de BD. L’idée d’en faire un spectacle-concert hommage, est venue de Stéphan Oliva, compositeur-pianiste avec qui j’ai créé «Miroir, Miroir» en 2009 pour Les Sujets à Vif du Festival d’Avignon.

En quelques mots, comment qualifieriez- vous cette bande-dessinée?


C’est la route, les gens du voyage, tirant leur maison roulante, ils marchent sans but, ils avancent. Sur leur parcours, des rencontres insolites : funambules-migrateurs, trapézistes- espions, plante carnivore à dompter… Le ton est cruel, l’ambiance aride. Les dessins de toute beauté servent un imaginaire très singulier, une poésie brute.

Mettre en plateau une oeuvre de bd, c’est un sacré challenge…que vous avez relevé suite à d’autres initiatives que vous avez vues et qui vous avaient convaincue?

Oui, c’est un vrai challenge ! Stéphan Oliva acomposé il y a quelques années une pièce musicale pour «Little Nemo» de Winsor McCay ; l’équilibre entre la création vidéo et le concert était très réussi. Pour ma part, c’est une première. Il faut oser penser que l’on saura apporter une dimension de plus (scénique et musicale) à cette oeuvre géniale en elle-même ! C’est avec un respect de passionnés et de grands admirateurs de cette BD que nous avons abordé la recherche. Ce qui n’a pas empêché une sensation de grande liberté, au contraire : un tel univers force l’imaginaire. Le fait d’avoir créé à notre tour de la matière scénique et musicale, nous place dans une forme de prolongement de l’oeuvre de Fred, en rien nous ne cherchons à l’imiter, l’adapter où la «déplacer».

Sur scène, il y a des projections-vidéos avec lesquelles des performers jouent?

«J’ai horreur du printemps» est une plongée dans les paysages imaginaires de Fred, par la projection de ses dessins, la musique, et les errances de Carmen et Léopold. Dans cet univers, avec les quatre musiciens, petit orchestre au bord de la route et comme étant là de toute éternité, j’interprète Carmen, devenant le double vivant de ce personnage à la fois sauvage et nonchalant. En cette silhouette fantomatique, j’ai composé différentes séquences, lui prêtant d’autres «moments de vie» que ceux dessinés par Fred. J’évolue tant au sol que suspendue, à même l’écran parfois, pour me fondre dans l’image.

La bande-dessinée, c’est d’abord un récit... que vous avez choisi de raconter comment?

Cet album réunit une trentaine de courtes histoires qui se déroulent sur une planche (toujours cette petite famille de forains sur les routes : Carmen, Léopold et leur enfant). Nous avons choisi de projeter intégralement sept d’entre elles au cours du spectacle, comme autant de tableaux qui se déploient, tramés de séquences scéniques ou purement musicales. Induit par la forme même de la BD, le récit n’est pas continu ; on plonge par moments dans un monde plus abstrait, de sensations, de paysages. Ce serait comme être sur la route avec eux, marcher, écouter, imaginer ; parfois des événements se présentent, des rencontres.

C’est également un univers graphique…avez-vous travaillé particulièrement les jeux de lumières, les points de vue etc?

Le vidéaste Maxime François a réalisé une captation des cases, qui - au travers des cadrages et des rythmes- rend ces planches sensibles et vivantes, comme le ferait l’oeil du spectateur sur la page. La scénographie, construite par Neil Price, et les costumes de Catherine Sardi ont été entièrement conçus d’après les dessins de Fred, des lavis à l’encre noire. La lumière est un élément essentiel, réalisée par l’éclairagiste Xavier Lazarini, complice de longue date, qui cisèle l’espace esthétiquement mais surtout le densifie, donnant corps à ces étendues arides, aux humeurs de Carmen...

Il y a également de la musique, un quartet de jazz, c’est bien ça? Pourriez-vous nous dire un mot sur le travail de Stephan Oliva?


Stéphan Oliva compose régulièrement à l’image (cinéma, BD), et pour la scène. Il écrit d’abord très instinctivement, en écho aux sensations perçues. C’est une musique intérieure, aussi puissante soit-elle. Nous avançons ensemble, ajustant minutieusement nos partitions respectives puis il rouvre des fenêtres d’improvisation : cela insuffle du vivant, impose une écoute constante, aiguise ce qui se joue lors de chaque représentation. Après «Miroir, Miroir» en duo, nous voulions pour cette création une plus large palette sonore : un orchestre, dont les très grands musiciens qui nous rejoignent -Claude Tchamitchian, Ramon Lopez, Christophe Monniot- semblent, par leur présence, véritablement sortis du «Petit cirque» !

S’il fallait rentrer ce travail dans une catégorie des arts vivants, vous diriez que c’est... du théâtre-cirque?

Les étiquettes me sont pénibles ! Mais pour une fois, j’ai plaisir à positionner cette pièce comme appartenant au monde du cirque : c’est bien de cette merveilleuse poésie absurde qu’il s’agît ! C’est aussi un concert ; pour situer et décloisonner, je dirais : un «spectacle-concert en hommage au Petit cirque de Fred» !

Le site de la compagnie

J’ai horreur du printemps
Hommage au Petit Cirque de Fred
Conception : Mélissa Von Vépy et Stéphan Oliva
Composition musicale, piano : Stéphan Oliva / contrebasse : Claude Tchamitchian / batterie, percussions : Ramon Lopez /  saxophones : Christophe Monniot / performance et scénographie : Mélissa Von Vépy
D’après l’album de bandes dessinées : Le Petit Cirque de FRED publié par DARGAUD

Assistant à la mise en scène : Gaël Santisteva / collaboration chorégraphie : Sumako Koseki / traitement image et vidéo: Maxime François / lumière : Xavier Lazarini / costumes : Catherine Sardi

Production : Happés Théâtre vertical / Coproduction La Ferme du Buisson, Le Grand T, Le Cratère

Les représentations en 2016 de J’ai horreur du printemps

-11 et 12 avril 15 CRÉATION Noisiel, La Ferme du Buisson, Scène nationale

- 29 et 30 septembre 15 Théâtre de St-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale


- 3 oct 15 Perpignan, Théâtre de l’Archipel, Scène nationale


- 6 et 7 oct 15 Alès, Le Cratère, Scène nationale


- 23 au 29 nov 15 Genève - CH, Théâtre AmStramGram


- 12 au 15 jan 16 Lyon, Théâtre de la Croix-Rousse


- 19 au 23 jan 16 Nantes, Le Grand T