Polina : de Bastien Vivès à Angelin Preljocaj, du Bolchoï à la danse contemporaine

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : vendredi 23 juin 2017 11:20 Affichages : 2216

PolinaPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Polina est un long-métrage qui s'inspire du brillant roman graphique éponyme de Bastien Vivès, scénarisé par Valérie Müller (réalisatrice) et Angelin Preljocaj ( chorégraphe renommé sur la scène internationale). Il narre l'histoire d'une petite fille russe dont les parents ont beaucoup sacrifié pour lui permettre de devenir danseuse-étoile, qui choisit pourtant de suivre un beau danseur français, Adrien (interprété par Niels Schneider), à Aix-en-Provence quelques mois seulement avant de pouvoir prétendre entrer au Bolchoï (ce "symbole de la Russie", "sa fierté", "le ballet au plus grand répertoire du monde" avec ses "danseurs virtuoses") et dont le parcours sera semé de questionnements, de désillusions et de douleurs pour réussir à trouver sa voie.

Passer de la danse classique à la danse contemporaine, est-ce si évident pour une jeune femme qui a été habituée à une rigueur et une tenue pointilleuse durant des années? Polina qui, dès toute petite, réplique à son professeur de danse Bojinski que "danser, ça vient tout seul", a cependant appris que la danseuse idéale du Bolchoï doit afficher élégance et aisance en dissimulant l'effort et la difficulté : " Il faut savoir retenir ses émotions." En Russie, son maître la critique sévèrement d'avoir des "mouvements crispés, mécaniques, hideux"; en France, Liria Elsaj ( incarnée par Juliette Binoche rayonnante dans ce rôle de chorégraphe) l'accusera a contrario de manquer d'émotions, de ne pas se transfigurer au travers de la danse, lui demandera de concevoir que la danse est là pour véhiculer des concepts comme "le manque" ou "l'absence"qui sont ses dadas à elle.

On suit le parcours de Polina avec beaucoup d'intérêt - Anastasia Shevtsova s'avère une comédienne d'une grande pertinence - ; on côtoie en sa compagnie des personnages attachants et apprécie la présence d'artistes contemporains comme Hans Petter Dahl, membre permanent de la troupe théâtrale bruxelloise Needcompany et qui joue un chorégraphe aux méthodes ultra-déroutantes pour Polina, ou encore comme le talentueux Jérémie Bélingard, étoile du ballet de l'Opéra national de Paris, qui incarne Karl.

Un vrai artiste se languit toujours de la perfection.

Côté esthétique de l'image, ce film choisit des filtres aux tons doux qui siéent au monde de la danse. La métaphore filée du cerf et la récurrence de visions de paysages enneigés qui permettent à Polina de renouer avec ses origines sont aussi visuellement attrayantes que riches de sens et l'on applaudit également la manière dont sont montrées les scènes dansées ; une audition est ainsi filmée en plongée et depuis les coulisses, donnant l'occasion de la regarder sous un angle impossible à voir habituellement pour un spectateur lambda.

Valérie Müller et Angelin Preljocaj réussissent le pari de montrer tout à la fois le parcours du corps et de l'esprit d'une jeune femme qui, peu à peu, se libère et l'affirmation d'une identité qui mène des batailles passionnantes pour faire ce à quoi elle aspire vraiment et apprend à "regarder le monde" pour le reproduire en gestes chorégraphiques personnels.

Polina, c'est le récit touchant d'un rêve qui se réalise...et ça fait du bien!

Film projeté lors du Festival Les Oeillades - Albi  

Polina
Date de sortie : 16 novembre 2016 (1h 48min)
De Valérie Müller, Angelin Preljocaj
Avec Anastasia Shevtsova, Niels Schneider, Juliette Binoche, Veronika Zhovnytska , Jérémie Bélingard, Aleksei Guskov , Sergio Diaz, Miglen Mirtchev...

Projections: 

Dans le cadre du Festival Montpellier Danse :
-23 juin 2017 - En présence de Valérie Muller et Angelin Preljocaj - Salle Béjart - Agora- 14h.
- 1er juillet 2017 - médiathèque Perols
- 5 juillet 2017 - médiathèque Clapier

polinaPolina: Une métaphore en développés de la création

Voilà une bande dessinée talentueuse! Un hymne à la danse et à la vie, un ballet d'émotions qui touche tellement le lecteur qu'il lui prend l'envie de souscrire à un abonnement annuel pour la saison-danse de sa ville de référence! Le portrait également d'un être courageux et volontaire qui vous redonne de la combattivité et de l'espoir pour affronter les obstacles de votre quotidien et vous lancer dans des entreprises téméraires qui vous tétanisaient jusqu'alors.
Le trait de Bastien Vivès exprime avec une justesse indicible toute la grâce et fragilité de l'héroïne principale, Polina, et on est happé par un scénario accrocheur qui suit une narration chronologique en maniant l'ellipse avec beaucoup d'habileté. Pas un faux pas dans cette bande-dessinée au graphisme singulier tout en nuances de gris et de noir: chaque vignette silencieuse ou bullée "parle" et il semble que les planches vont prendre vie tellement les attitudes sont travaillées, les expressions soignées.
On vit au rythme des répétitions de Polina, de ses balbutiements amoureux, de ses déceptions, on grandit avec elle et c'est là que repose le talent de Bastien Vivès. Cette histoire a la simplicité d'une respiration, elle s'imprime dans notre pouls et nous entraîne dans une aventure humaine désarmante de sincérité.
" La souplesse et la grâce ne s'apprennent pas. C'est un don" énonce le professeur Bojinski à la toute jeune ballerine qui espère réussir à entrer à l'académie de danse. Plus tard, à une adolescente, il expliquera que " les gens ne voient pas ce qu'on ne leur montre pas". Assurément il est des êtres dont les paroles et les actes vous poursuivent toute votre vie. Polina ,au cours de son apprentissage du métier de danseuse classique puis contemporaine, réalisera ,derrière les remontrances indigestes et bourrues de son maître de ballet, la sagesse de ses propos. Cependant Bastien Vivès est un créateur de génie car il affranchit ensuite Polina des principes qu'on lui a savamment inculqués. Il libère son héroïne ,à la fin du récit, en lui offrant son propre mode d'expression: la danse-théâtre et elle peut dire enfin " Et aujourd'hui je sais pourquoi je danse".
Bastien Vivès confie qu'il n'a pas voulu faire un livre sur la danse. Polina porte sur la création et tout le chemin que l'on a à parcourir pour progresser. Ce roman graphique montre au travers de l'expérience de la danseuse étoile qu'il faut , si l'on veut réussir, passer des palliers, se remettre en question, souffrir un peu aussi, avoir des initiatives, bref oser... Une leçon de vie et de création qui mérite des applaudissements enthousiastes et une offrande de fleurs coupées sur la scène du roman graphique...
 

Polina
Auteur: Bastien Vivès

Editions: KSTR

216 Pages

Prix: 18 euros

En librairie depuis le 9 mars 2011

 

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