L'histoire de l'amour : un long-métrage mémorable du talentueux Radu Mihaileanu

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : samedi 12 novembre 2016 17:00 Affichages : 2279

Leo et AlmaPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Il était une fois, en Pologne, dans les années 30, un garçon Léo, qui aimait une fille, Alma. Il lui avait promis de la faire rire toute sa vie mais la Guerre force la séparation : tandis qu'Alma a fui à New York, Léo réussit à survivre miraculeusement, pour la retrouver et tenir sa promesse.

2010. Brooklyn. Alma Singer est une adolescente à la tête remplie de rêves et d'idéaux amoureux. De l’autre côté du pont, à Chinatown, habite maintenant Léo, qui est devenu un vieux monsieur espiègle, aussi râleur et bougon que drôle, et qui vit avec le souvenir de « la femme la plus aimée au monde ». Qu'est-ce qui lie la pétillante Alma new-yorkaise à l'exilé Léo? un récit de vie merveilleux, le pouvoir des mots et des rêves, le courage et le mystère des destinées. Radu Mihaileanu, réalisateur - d'origine roumaine - des brillants  "Va, vis et deviens", "Train de vie" et "Le concert" ( avec Mélanie Laurent et Aleksei Guskov) signe ici un voyage sublime à travers le temps et les continents qui mêle avec une prodigieuse dextérité et finesse le récit poignant de drames individuels, la tragédie de l'Histoire, l'humour salvateur et la fabuleuse capacité de la vie à garder l'espoir, à sourire, à aimer encore et encore. Avec autant de pudeur que de densité, au moyen simplement d'un insert ( par exemple) sur du sang qui gicle sur un mur ou avec la main d'une femme qui efface sous un jet d'eau le fruit d'heures de travail de plusieurs semaines, le réalisateur réussit à évoquer la terreur des massacres en Pologne ou les coups du sort qui font de Léo une victime de son authenticité et de sa foi en l'autre...mais il sait rendre vif aussi le sentiment de bonheur extrême qui nait de situations simples et belles que la vie sème sur notre chemin ( le sourire d'une jeune femme dans un café, la promesse tenue d'une robe à fleurs, un baiser volé sur les toits new-yorkais).

Son rire était une question à laquelle il voulait répondre toute sa vie.

L'histoire de l'amour est une ode enthousiasmante à ceux qui ne se laissent pas abattre, à l'amour naissant, doux comme la caresse d'une brise dans un champ de blé, impatient comme deux mains qui se frôlent et se désirent, si fort qu'il rend capable de surmonter l'horreur, à l'amitié, à la passion qui perdure et sait vibrer encore avec un goût de tisane ou d'hôpital...mais le film rend hommage aussi à la littérature et au pouvoir des mots. Tous les personnages de cette histoire, du quatuor amoureux en Pologne à ceux qui gravitent dans le New-York des années 2000, tous verront leur destinée touchée par un texte rédigé chapitre après chapitre, à couvert des dangers menaçants, pour tenir une promesse à la dame de ses pensées.

Dans ce long-métrage délicieux d'un bout à l'autre, Radu Mihaileanu exploite de très nombreuses techniques cinématographiques, joue avec excellence sur une narrativité bouleversée et dirige avec génie un casting de comédiens charismatiques. Le montage est en effet épatant ; on se promène d'une époque à l'autre, chaque flashback naît d'un souvenir qu'une image produit ( la Statue de la Liberté, une vieille photographie...). Un paysage vu en plongée évolue d'un filtre sépia à des couleurs vives et éclatantes, la caméra offre des gros plans d'une belle sensibilité;  la photographie est superbe et les premières minutes en compagnie d'Alma et de ses soupirants vibrent d'insouciance et d'innocence attrayantes. Pas une fausse note dans cette oeuvre inventive qui plaisante avec le spectateur en le surprenant de nombreuses fois, se révèle riche de dialogues terriblement drôles et spirituels ( c'est peut-être d'ailleurs ce que l'on a le plus aimé , cette qualité des échanges entre les protagonistes). On en vient ainsi tout naturellement à conclure sur la qualité d'interprétation du génial Derek Jacobi qui incarne un Léo vieillissant aussi attachant que possible. Histoire de l'amourIl est accompagné du non moins talentueux Elliott Gould, son voisin d'étage et ami d'enfance, avec lequel il partage des scènes d'une truculence impayable. Mark Rendall et Gemma Artenton offrent un visage bouleversant de la passion amoureuse indéfectible. La famille Singer est quant à elle tout à fait délicieuse : Torri Higginson incarne une mère et veuve, carrément perchée, qui porte le deuil d'un mari follement aimé. A ses côtés, des enfants qui tentent de se construire comme ils peuvent, perdus dans leurs souvenirs, souhaitant sauver le monde et/ou vivre le grand amour pour ne pas laisser partir complètement ce père qui leur manque tant. Sophie Nélisse s'avère une adolescence diablement attirante dans ses contradictions et autour d'elle gravitent deux lycéens au profil aussi complexe qu'amusant : sa meilleure amie piercée d'une maturité étonnante et son petit ami avec lequel elle partage des discussions singulières qui tranchent d'avec l'ennuyeuse banalité des échanges de nos ados d'aujourd'hui...Enfin le petit dernier de la famille, Bird, interprété par William Ainscough, qui construit son arche et se prend pour un messie, est un petit personnage lumineux.

L'histoire de l'amour est à voir ABSOLUMENT. Il séduira autant les amateurs de films indépendants que tous ceux qui raffolent de romances bien ficelées. Il était une fois l'histoire d'un film terriblement touchant et d'une facture parfaite auquel on espère un avenir souriant! 

L’histoire de l’amour
Date de sortie : 9 novembre 2016 (2h 14min)
Réalisateur :  Radu Mihaileanu
Avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould, Mark Rendall, Torri Higginson, Alex Ozerov, William Ainscough, Jamie Bloch, Claudiu Maier…

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