Louise en hiver : de la solitude et de la délicatesse par Jean-François Laguionie

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : dimanche 30 octobre 2016 20:29 Affichages : 2100

Louise en hiverPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/À la fin de l'été, Louise ne se presse pas pour préparer ses affaires, refermer son appartement de villégiature des Lilas Bleus et rejoindre la gare pour monter dans le dernier train de la saison. Ce dernier, qui dessert la petite station balnéaire de Biligen, part ainsi sans elle et soudain Louise réalise qu'elle se retrouve toute seule dans une ville désertée. Le temps se dégrade rapidement et les grandes marées de l'équinoxe de septembre surviennent, stoppant l'électricité et les moyens de communication. Louise pourra-t-elle survivre à l'hiver? Elle n'a pas peur en tous cas et affronte la situation avec courage. S'improvisant Robinson, n'hésitant pas à commettre du vandalisme de premières nécessités, elle se construit une cabane sur la plage et va peu à peu apprivoiser les éléments naturels... et la solitude. Les souvenirs s'invitent certains jours et un matin, un nouveau compagnon décide de partager l'aventure avec elle...

On se souvient du somptueux "Le Tableau" de Jean-François Laguionie. "Louise en hiver" mérite les mêmes louanges et peut-être même davantage! Commençons par applaudir la qualité graphique de ce travail. Chaque scène est une toile superbe que l'on ne se lasserait pas de contempler si elle n'était suppléée par une autre...tout aussi attrayante. Usant de couleurs chaudes et froides pastel, toujours empreintes de douceur et de poésie, chaque image, déroulant les paysages d'une côte atlantique sauvage, avec ses falaises, ses plages et ses marées, émeut telle la nature reprenant ses droits et invite à lâcher-prise aux côtés de Louise. Il est magique de voir ce petit bout de femme au nez empâté et au chignon d'un blanc immaculé se déplacer sur l'image fixe, comme l'on se promènerait sur un tableau. Le contraste entre l'immobilité des paysages en 2D et les quelques détails mouvants que le concepteur de l'image 3D anime aiguise la sensation de plaisir que procurent les choses toutes simples : plonger un pied dans l'eau, voir le vent remuer des fougères...Tous nos sens se mettent en éveil et se rappellent.

Sur cette île, en compagnie de cette vieille dame coquette et charmante au bonnet rouge à la "Cousteau" et de "Pépère" avec lequel se tissent des liens inextinguibles, et d'une bande-son originale de délicieuse facture, on se sent merveilleusement bien.

Quand il prend un peu d'avance, il fait semblant de flairer le sable, par délicatesse.

Les mots, pris en charge par l'attendrissante, enveloppante et espiègle voix rocailleuse de Dominique Frot, touchent par la sincérité, la justesse de leur teneur et la brillance de leur formulation. Jean-François Laguionie use d'un "je" qui jongle avec aisance entre la confidence des ressentis, l'auto-dérision et le récit d'un quotidien discipliné, sorte de journal d'une "naufragée" aussi atypique qu'attachante.

Je retrouve des instincts connus, oubliés.

Si "Louise en hiver" peut se concevoir d'abord comme une parenthèse "aventurière" aux décrochages oniriques récurrents, elle aborde également en filigrane des thèmes existenciels et sociétaux pertinents. Le film rappelle d'abord que certains naufrages peuvent être bénéfiques. Seule, Louise a l'opportunité d'effectuer une introspection et d'apprivoiser ses peurs. Le froid arrive et elle n'est pas malade comme à l'accoutumée...Etrange, non?  Comme tous les naufragés, elle tente au départ tout ce qu'il est possible pour être repérée et quitter enfin Biligen...mais elle réalise peu à peu qu'après son retour chez elle, " tout sera comme avant". Et Louise veut-elle encore de cet "avant"? Ce film d'animation rend aussi hommage à la nature. Quand tout le monde est parti de Biligen, quel plaisir d'être le témoin discret d'une nature qui reprend ses droits ! Un sentiment de nostalgie naît pour une époque où le lien entre l'homme et les éléments étaient aussi quotidiens que naturels. Au travers des souvenirs d'enfance de Louise, l'auteur nous invite en outre à réaliser combien "tout (est) important" de ce que nous traversons. Le sens de notre vie est fait de la matière de notre existence, des lieux, des gens que nous avons croisés, détestés ou aimés. Biligen en hiver n'est pas pour Louise simplement un "manquement" mais bien une nouvelle étape de sa vie.  Enfin, de même que "Le Tableau" dénonçait le racisme et les inégalités sociales au travers d'une société hiérarchisée où le peintre, dieu cruel, avait abandonné ses créatures et avait laissé les "finis" devenir la caste dirigeante qui malmènait les "mal peints" et les "inachevés", "Louise en hiver" dénonce la manière dont notre société oublie et traite ses aînés. Personne ne s'inquiète pour Louise et elle est d'ailleurs condamnée dans un de ses rêves à "La peine maximale : la solitude.(..).La solitude à perpétuité!". Louise que les vacanciers regardent à peine et dont Jean-François Laguionie a fait une héroïne à laquelle nous nous attachons. Emouvante vieille dame aux joues pimentées de vermillon, voguant au milieu des fantômes de son passé et des horloges qui dansent sur les vagues, causant au pied d'un arbre centenaire avec son parachutiste anglais complice, trônant sur un canapé de fortune dans une déchetterie ensablée, fervent soleil dans sa robe jaune mimosa au crépuscule de ses illusions, Louise est un très beau personnage qu'il faut que vous rencontriez ABSOLUMENT!

La mer tourne les pages tranquillement et chaque matin je découvre un nouveau ciel, une nouvelle plage..rien que pour moi.

Louise en hiver
Un long-métrage réalisé par Jean-François Laguionie
Durée : 1h15
En salles le 23 novembre 2016
Équipe technique :
Réalisation : Jean-François LAGUIONIE
Production : JPL FILMS, Jean-Pierre LEMOULAND, UNITÉ CENTRALE, Galilé MARION-GAUVIN
Distribution : GEBEKA FILMS
Direction artistique : Lionel Chauvin
Scénario : Jean-François Laguionie
Graphisme : Jean-François Laguionie
Storyboard : Jean-François Laguionie
Layout : Johanna Bessière
Décors : Jean-François Laguionie
Animation : Johanna Bessière
Compositing : Matthieu Tremblay
Musique : Pascal Le Pennec, Pierre Kellner
Montage : Kara Blake
Voix : Dominique Frot

© 2016 JPL Films – Unité Centrale – Arte France Cinéma – Tchack

Film découvert en Avant-Première au Festival CINEMED - au Diagonal (Montpellier)

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