« Le Tour de France » de Christian Laborde : la Grande Boucle de A à Z

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Coup d’plume Mis à jour : samedi 6 juillet 2019 23:07 Affichages : 780

tour de francePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Encore et encore, on y revient : en 1987, Christian Laborde s’est fait connaître du monde des livres par « L’Os de Dionysos ». « Un premier roman interdit par la Justice pour ‘’blasphème, lubricité, provocation, paganisme, incitation au désordre et à la moquerie, trouble à l’ordre public, abus de mots baroques’’ » rappelle un autre écrivain, Arnaud Le Guern, dans sa préface du nouveau livre de Laborde, « Le Tour de France ». Oui, Laborde le gascon (né en 1955 à Aureilhan dans les Hautes-Pyrénées), « mon frère de race mentale. C’est un poète, c’est-à-dire un homme qui parle une langue de couleurs à délivrer les grands baisers de l’âme », comme l’indiquait son ami Claude Nougaro, qui n’appréciait rien tant que flotter entre Toulouse et Nougayork… Le Tour de France raconté par Christian Laborde, c’est un « abécédaire ébaubissant » (sous-titre du livre à la couverture jaune- comme le maillot). Le Tour de France, avec notre écrivain pamphlétaire et performeur, c’est du hard rock, du mastoc. L’enfance de l’art. Le vélo, il connait, il a attrapé le virus pendant l’enfance. Il se souvient de la cuisine de son enfance- et raconte : « la toile cirée, les verres Duralex, la bouteille de rouge, et mon père qui me raconte les exploits des héros du Tour, Vietto, Gaul, Lazaridès… Mon père était un fabuleux conteur. Et les héros dont il me parlait durant l’hiver, je les voyais passer devant moi, en juillet, dans les lacets du Tourmalet. Ça a commencé là, ça a commencé comme ça ». Quand il n’est pas sur scène pour chanter son ami Nougaro, Laborde raconte le vélo. Surtout le Tour de France. Il est l’écrivain du Tour. Et passe du plat à la montagne, du sprint au contre-la-montre avec cette élégance que l’on a aimée dans les années 1980 avec Fons De Wolf. De A comme « abandonner » à Z comme « ZZ Top », on fait le tour du Tour. Tout y est, de l’accordéon à la librairie Lagrange ou encore la voiture-balai et les vélos hollandais. Tous y sont, de Joaquim Agostinho à Peter Sagan sans oublier Eddy Merckx qui, lui surnommé « le cannibale » avec sa meute de la Molteni puis de la Faema, a droit à trois entrées (Merckx Claudine, Merckx Eddy, Merckx le maillot)… L’écrivain Marcel Aymé assurait que « Dieu s’intéresse aux courses cyclistes ». Oui, pour Christian Laborde, « le Tour est source d’inspiration pour les écrivains » parce que le Géant de la route « tente une échappée, une « fuga » comme on dit chez Fausto Coppi. Bref, le Tour de France, ou d’Espagne, ou d’Italie, c’est l’art de la fugue. L’écrivain reconnaît, dans le champion, quelqu’un qui lui ressemble, quelqu’un qui, comme lui, s’enfuit. Il s’agit, par l’exploit ou par l’écriture, de sortir du peloton, de s’échapper, d’échapper à l’usine, à la ferme, à son milieu, à la société, à soi-même. C’est bel et bien cette fuite capitale, héroïque qui fascine et inspire les écrivains ». Echappons-nous au plus vite avec Christian Laborde sur le Tour de France ! C’est l’assurance de l’épopée, de l’exploit… de la poésie aussi.

Le Tour de France
Auteur : Christian Laborde
Editions : Rocher
Parution : 29 mai 2019
Prix : 21,90 €

Les brigands ne sont pas aux aguets sur le bord de la route, planqués derrière les arbres. Les brigands, durant le Tour, roulent au sein même du peloton : on les appelle les flingueurs. Ils secouent sans cesse des coureurs qui voudraient bien rouler en dedans. Jens Voigt est un de ces flingueurs. Luis Leon Sanchez, vainqueur de l’étape Brioude- Aurillac, en est un autre. Le flingueur sort, roule, creuse l’écart, sa longue carcasse parallèle au tube horizontal du cadre, les narines posées sur le guidon. Il y a une différence de taille entre flingueur du peloton et le brigand des grands chemins : le flingueur se dépouille lui-même afin de dépouiller les autres.