Bios : entre thriller écologique, récit horrifique, hard SF, et aventures spatiales, un roman puissant et original

Écrit par Sylvie Gagnère Catégorie : Science Fiction & Fantasy Mis à jour : samedi 27 juillet 2019 10:39 Affichages : 184

actu sfPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Bios pose en décor un futur où l’humanité a établi des colonies jusque dans la ceinture de Kuiper (la zone du système solaire située au-delà de Neptune). Ces colonies ont adopté une organisation politique républicaine, tandis que la Terre est aux mains de grandes entreprises, les Trusts, dirigées par les membres des Familles. On n’en saura guère plus sur le sujet, l’auteur ayant choisi de privilégier le récit des aventures sur Isis.

Isis, c’est une planète que les humains tentent de coloniser, mais qui s’avère extrêmement hostile. La vraie originalité de ce roman se situe dans les modalités que prend cette hostilité. Pas d’Alien dévoreur, pas d’extraterrestres agressifs, juste une planète entière qui se révèle parfaitement et absolument toxique. Pour essayer de la comprendre, d’apprendre de ses formes de vie (et d’utiliser les connaissances ainsi acquises pour le plus grand profit des compagnies), les humains doivent mettre en place des environnements parfaitement confinés et employer des bioarmures à l’épreuve de la biosphère Isienne.

Robert Charles Wilson s’attache à l’histoire de Zoé Fisher, une jeune femme génétiquement modifiée pour résister aux dangers d’Isis. Lorsqu’elle débarque dans la station orbitale où se sont réfugiés les scientifiques et techniciens qui étudient Isis, elle est prête, prête à aller explorer cette planète inhospitalière, mais qui pourrait révéler des secrets précieux.
Elle se retrouve toutefois assez rapidement plongée au cœur des antagonismes entre Kuipers (aux mœurs ouvertes) et Terriens (qui portent un thymostat pour réguler l’humeur et les sentiments), le tout compliqué par les conflits de rivalité entre Trusts, qui cherchent à rentabiliser leurs expéditions, et scientifiques Kuiper dont l’ambition est plutôt la recherche pure.

Loin des aventures habituelles dans les romans de premier contact ou dans les space op’, Robert Charles Wilson met en scène un affrontement entre l’Homme et une Nature totalement autre, absolument étrangère. Le danger que représente la planète prend une place de plus en plus importante, tandis qu’elle menace les structures humaines aménagées tant bien que mal sur son sol ou dans ses mers. Les organismes Isiens s’adaptent aux matériaux, pour mieux les détruire, et l’atmosphère devient quelque peu horrifique, avec morts brutales et franchement sanglantes. La force du roman s’appuie sur le climat anxiogène qui gagne chaque module au fur et à mesure des progrès d’Isis. Les relations entre Zoé, créée, façonnée et manipulée par les Trusts, et les humains de la colonie Isienne, sont tendues, marquées par l’incompréhension et la méfiance. La jeune femme a un passé tragique, qui remonte par vagues, au fur et à mesure qu’elle se mêle aux autres.

Le bémol tient à notre sens aux personnages ; il est difficile de s’attacher à eux, les liens entre Zoé et son mentor, son attitude envers l’homme pour lequel elle éprouve des sentiments, les interactions entre les différents protagonistes, tout cela manque de profondeur, sans doute parce qu’il manque des éléments pour leur donner de la crédibilité. De même, on regrette de ne pas en savoir plus sur cette mystérieuse planète et la/les forme/s de vie qu’elle abrite. Le lecteur se retrouve face à une histoire qui hésite entre thriller écologique, récit horrifique, hard SF, et aventures spatiales, qui vaut pour la grande originalité de son traitement et l’ambiance impressionnante qu’elle parvient à installer, mais dans laquelle on aurait aimé voir approfondis davantage la psychologie des personnages et la nature profonde d’Isis.

Bios reste toutefois un roman puissant, dont la lecture ne laisse pas indifférent.

Bios
Auteur : Robert Charles Wilson
Éditions : Actusf
Collection : Perle d’épices
Parution : 2 mai 2019
Prix : 18,90 €