L’amour, la mort et le reste : un formidable recueil pour un nouvelliste de talent !

Écrit par Sylvie Gagnère Catégorie : Science Fiction & Fantasy Mis à jour : vendredi 10 août 2018 11:43 Affichages : 256

L'amourPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.fr/ Avis aux amateurs de fantastique (et aux autres qu’il pourrait bien convertir) : il vous faut découvrir – si ce n’est pas déjà fait – l’auteur de ce recueil : Bruno Pochesci. Les adeptes du genre ont forcément croisé son nom ces dernières années, tant le monsieur fait parler de lui : une bonne cinquantaine de nouvelles publiées, un premier roman (Hammour, chez Rivière Blanche), une novella (Scories, aux Éditions 1115), deux fois vainqueur du concours de nouvelles Visions du futur (2014 et 2016), bref, un palmarès bien étoffé.

L’amour, la mort et le reste est la première anthologie qui lui est consacrée et permet de découvrir les multiples facettes de son art.

Bruno Pochesci, c’est d’abord un style qui saute aux yeux, une langue travaillée, tordue parfois, crue souvent, pleine de drôlerie, de saillies et de tendresse : une patte d’auteur qui s’affirme dans tous ses textes. C’est une imagination aussi, débridée, chaotique et cohérente, qui embarque les lecteurs dans son univers et n’oublie pas de parler de notre société, de ses travers, de ses erreurs et des lendemains déchantants qui nous attendent.

Dans ce recueil, l’auteur propose de la nouvelle humoristique : "Ceci n’est pas un paparazzi", où le détournement flagrant de quelque célébrité bien connue contribue au plaisir de lecture, ou encore "Oh oui…" qui narre les (més)aventures d’un intérimaire un peu particulier en quête d’une mission. Sans oublier "Farce occulte", drôle et cinglant (voire féroce), où une prostituée qui œuvre parfois comme voyante rencontre son étrange voisin, haïtien et pratiquant un peu le vaudou. Gare à leurs ennemis ! Ou bien le sauvage et désopilant "Zombie walk", où un tueur en série profite chaque année du défilé pour assouvir ses instincts meurtriers, jusqu’à ce jour où il tombe sur un os…

Mais il produit aussi des textes empreints d’émotion et de sensibilité : "Une vie ne suffit pas" aborde avec pudeur la persistance des liens familiaux par delà la mort, et "Quelque chose d’un ange" est une très courte nouvelle, bouleversante de tendresse où un homme échange avec son épouse tant aimée.

Il illustre également des thèmes politiques, avec toujours cette originalité qui le caractérise : "Dehors il neige" est un récit post-apo, dans un Paris ravagé par une catastrophe nucléaire, à la tonalité très âpre. "Dosta !" évoque les effets inattendus sur un vampire de l’accident de Tchernobyl, tout en s’intéressant au sort des Roms et aux préjugés dont ils font l’objet dans notre société. Humour grinçant garanti ! On se doit enfin de parler de "Jusqu’à tout recommencer" (écrite à quatre mains avec Jean-Pierre Andrevon) : variation sur le mythe du Juif Errant et réquisitoire contre la folie meurtrière des hommes, ce texte, assez long, captive de bout en bout, de la Palestine préchrétienne au camp d’Auschwitz-Birkenau et jusqu’à un État d’Israël encore plus militarisé en 2048. Très intense et plein d’émotion, on y retrouve des thèmes chers aux deux auteurs.

Aussi à l’aise dans l’humour que dans la tendresse, dans la nouvelle pochade que dans le récit politique, Bruno Pochesci saupoudre son œuvre de sexe et de dérision, et "L’amour, la mort et le reste" est une parfaite manière de plonger dans son univers qui, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, ne laisse personne indifférent !

L’amour, la mort et le reste 
Auteur  : Bruno Pochesci
Éditeur  : Malpertuis
Collection : Brouillards
Parution  : 26 mai 2018
Prix  : 16 €

Bruno Pochesci