Pauline

Lucie ou la vocation : la perversion de l’ascétisme

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans français Mis à jour : mardi 23 août 2016 11:20 Affichages : 1461

Lucie vocationPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ Lucie a décidé de consacrer sa vie à Dieu ; elle devient novice dans une congrégation et reçoit de la mère supérieure ses premières injonctions : « Il vous faut apprendre à oublier tout ce que vous avez vécu avant. A bannir le mauvais esprit pour n’avoir que des pensées spirituelles.[…] Les femmes que vous étiez autrefois n’existeront plus. Vos familles, vos amis, vos proches, tous ceux qui vous ont connues, ne vous reconnaîtront plus. Et ce sera la preuve, mes chères enfants, que vous serez devenues des religieuses accomplies. » Juliette sa meilleure amie, lui rend visite et constate avec tristesse que la transfiguration de Lucie nécessite une rupture totale avec sa vie de jeune femme : "Ici l’amitié n’existe pas. La vie matérielle non plus. Les désirs encore moins." Cette retraite religieuse s’illustre par l’économie des mots, des paroles, de tout…la froideur, la rigueur des murs, l’inhumanité des femmes. »Programmée comme une machine », celle qui devient sœur Marie-Lucie subit les sanctions, l’injustice, le gavage, l’isolement, la métamorphose de l’esprit et du corps. « Tout en elle s’est élargi, empâté. […] Elle ne se soucie plus de son enveloppe charnelle. Elle a vingt-sept ans et se sent si vielle. Ses cheveux coupés ras tombent par poignées. Comme une mue. »
Pourtant, secrets, intrigues, trahisons et complots animent le couvent et le doute s’installe ; "Le passé chuchote à son oreille et ce ressac de la mémoire est insupportable." Les visites interdites de Juliette et de sa mère vont-elles remettre en cause et dénoncer cette interdiction de vivre ? « Elle est devenue un pantin réglé et formaté à souhait. Qui ne pense plus. N’a plus de désir. Ni de rêves. Ni d’envies. Même l’amour du seigneur lui a été soufflé. » Manipulation ? Réclusion ?...les cellules sont-elles religieuses ou carcérales ?
Surprenant et émouvant, le livre de Maëlle Guillaud nous invite dans le monde clos, liberticide, occulte et intransigeant d’une communauté religieuse. L’écriture est sensible, rigoureuse, sobre à l’image de ce couvent, puissante à l’instar de ce renoncement. Un premier roman très réussi…à quand le prochain ?

Lucie ou la vocation
Auteure : Maëlle Guillaud
Edition : Héloïse d’Ormesson

Parution : 18 août 2016 / Prix : 17€