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Orléans : une confession sans concession de Yann Moix

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 16 octobre 2019 10:48 Affichages : 255

moixPar Félix Brun - Lagrandeparade.com/ La littérature a produit une collection d’enfants opprimés, persécutés, de Cosette à Brosse-Bouillon, de Poil de Carotte au Sagouin. Ce roman pourrait s’inscrire dans cette lignée, les coups pleuvent, les brutalités se multiplient, l’humiliation et la vexation s’invitent en permanence « Dedans », à la maison contre ce fils, et ce tout au long de sa scolarité, de la maternelle aux classes préparatoires. Il est « déchiqueté par le ridicule », s’évadant comme il peut « Dehors » en classe et à l’école : « Mon bien-être était gratuit, fruit de la rêverie, quand mon désespoir, au contraire, s’avérait constamment relié à l’existence de mes parents, à leur présence sur cette terre et dans ma vie. » Il fuit cette maltraitance parentale à travers la littérature, Gide, « il revivait en moi tandis que je survivais en lui. », Péguy, Sartre, Longe, Kafka, Bataille… Le narrateur s’invente poète, écrivain, s’essaie à la BD, s’imagine pianiste de jazz en admiration de la musique de Bill Evans ! Mais les sévices parentaux s’abattent toujours pour de futiles prétextes…à propos de ses géniteurs, "Seule la biologie me lie à eux, et la biologie c’est pas grand-chose." L’adolescence et la puberté éveillent les fantasmes, les frustrations, les obsessions…avec délices et force détails, à travers une galerie de filles, de camarades de classe, le narrateur confesse ses maladresses, ses illusions, ses échecs amoureux, ses déconvenues sexuelles. 

La naïveté est immense, que d’imaginer que le seul pouvoir des mots, fussent-ils merveilleusement agencés, pourrait convaincre une femme de se donner à un inconnu.

Mais la réalité brutale s’inscrit dans la continuité, "Tu passes ton bac et tu dégages". L’humiliation hante en permanence ce garçon maltraité : « Tout est susceptible d’humilier un enfant ; la moindre remarque, la plus petite brutalité, un mouvement d’humeur, un geste violent peuvent s’inscrire à jamais dans sa chair, y gravant le texte de ses folies à venir, dont il sera le monomaniaque interprète et le jouet chevronné. Qui nous dit que la démence ne provient pas d’une humiliation de trop ? »
L’écriture de Yann Moix est percutante, violente, mais aussi comique, pleine d’humour. Au-delà des polémiques et des saillies médiatiques que cet ouvrage a pu soulever, c’est un roman prenant, bouleversant, où l’auteur dévoile ses appétences littéraires et ce besoin irrésistible d’écrire. La construction du récit est originale ; un très bon moment de lecture, malgré la violence de certaines scènes. 

Ce qui est cassé ne se répare pas ; ce qui est brisé se brise chaque jour davantage. […] Les humiliations coulent dans nos veines jusqu’à la mort.

Orléans
Auteur : Yann Moix
Edition : Grasset
Date de parution : 21 août 2019
Prix : 19€