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Les guerres intérieures : les petites lâchetés du quotidien selon Valérie Tong Cuong

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 30 septembre 2019 22:06 Affichages : 729

lattèsPar Guillaume Chérel- Lagrandeparade.com/ Un jeune étudiant de 19 ans, Alexis Winckler, est agressé chez lui à Paris. Sa mère le trouve dans le coma, ensanglanté. L'agresseur est en fuite. Plus tard, elle rencontre Pax Monnier, comédien de seconde zone, d'une cinquantaine d'années, séparé comme elle, qui vient (enfin !) de décrocher un second rôle dans une grande production américaine. Il lui plait mais ce qu'elle ne sait pas c'est qu'il habitait juste en dessous de son fils... et qu'il a tout entendu, sans réagir, sans bouger, ni parler. Trop occupé qu'il était de se préparer pour le casting qui aurait dû changer sa vie. Il a même menti à la police. Pourquoi ce père de famille (il a une grande fille) s'est-il résigné ? Pourquoi n'a-t-il pas porté secours à une personne en danger ? Il se le demande lui-même. C'est le début de sa « guerre intérieure ». Les échos de l'agression grignotent sa conscience, sa lâcheté le dévore. Il culpabilise, au point d'être obsédé par sa lâcheté, son égocentrisme. D'autant plus qu'il est tombé amoureux de l'énigmatique Emi Shimizu... mère d'Alexis. Le piège s'est refermé sur Pax.

L'air de rien y toucher, dans son style habituel, classique mais précis, Valérie Tong Cuong nous interroge tous, personnellement, dans son nouveau roman, Les Guerres intérieures : « Ici, ce médecin prescrivant un puissant neuroleptique pour se débarrasser d'un patient qui hurle sa souffrance et perturbe le service. Là, le tenancier de bar servant une énième tournée à ses clients déjà ivres. Ce professeur qui s'abstient de sanctionner un élève par peur des représailles. Cet amant qui signifie une rupture en envoyant un SMS (...) Ce journaliste qui écrit des articles de complaisance (sic !)... Cette jeune fille qui refuse de témoigner d'un harcèlement dans son entreprise pour ne pas mettre sa carrière en péril. » Bref, ces gens qui s'émeuvent du sort des SDF, et des migrants, bien installés devant la télé, mais ne font pas un geste pour eux, dans la rue, et ces personnes qui détournent le regard quand une femme est agressée dans les transports en commun... Ces petites lâchetés du quotidien qui pourrissent la notion même de Vivre Ensemble. Valérie Tong Cuong met le doigt dessus et ça fait mal. Pax Monnier, ce petit acteur de seconde zone, va s'en rendre compte, non pas à ses dépens, mais pour son plus grand bien. Car ce n'est pas ce grand jour tant attendu qui va finalement changer sa (conception de la) vie, mais un incident, un fait-divers, a priori lointain, soudain devenu proche de soi ; de sa conscience, sa morale. Pourra-t-il se regarder dans la glace, dorénavant, chaque matin ? Telle est la question soulevée par Valérie Tong Cuong. Ce sont les petits gestes qui font les grands actes de courage, et de compassion, voire de solidarité, suggère-t-elle. On l'a vu pendant les grandes Guerres. On le voit, et on le vit, chaque jour, au quotidien. Il n'est jamais trop tard pour changer, donc réagir. Un court roman qui en dit long. Dense et efficace.

Les guerres intérieures
Editions : Lattès
Autrice : Valérie Tong Cuong
237 pages
Prix : 19€
Parution : 21 août 2019

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