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La Mer à l’envers : l’hymne à l’héroïsme ordinaire de Marie Darrieussecq

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : dimanche 15 septembre 2019 20:12 Affichages : 422

DarrieussecqPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Femme de son époque, Rose Goyenetche est mariée à un agent immobilier qui a un sérieux penchant pour la bouteille, mère de deux ados et exerce comme psychologue à Paris. Elle prépare son prochain déménagement à Clèves, dans son Pays basque natal- un village imaginaire qui avait donné son titre et son décor à un précédent roman de Marie Darrieussecq. Un soir, elle décide de partir en croisière avec ses deux enfants. Bateau grand luxe de la taille d’une HLM, un monstre des mers. Dans la nuit, elle entend du bruit. Se glisse hors de la cabine, file vers le pont. Là, juste en bas sur l’eau, une embarcation de laquelle on extrait des silhouettes- des femmes, des enfants, des hommes… Les migrants de l’Afrique, de la Méditerranée. Le regard de Rose croise d’un grand ado, il se prénomme Younès, vient du Niger et lui demande un téléphone. Elle lui donne celui de son fils. Younès disparaît dans la nuit… Des mois plus tard, Rose a emménagé à Clèves, son téléphone sonne. C’est Younès qui appelle. Elle s’interroge : répondre ? ne pas répondre ? Elle répond, le jeune garçon est à Calais, sa dernière étape avant le pays qu’il rêve de rejoindre : la Grande-Bretagne, il est en grande difficulté- il s’est fait une entorse en sautant d’un camion. Elle prend sa voiture, fait le trajet du Pays basque au nord de la France (environ 1 000 kilomètres), retrouve Younès, le ramène à Clèves, l’installe dans la chambre prévue pour les ami.e.s, le requinque. Dans le village, la rumeur court, on parle…

Placé sous le haut signe d’une chanson de David Bowie (« We Can Be Heroes. Just for One Day », en VF : « Nous pouvons être des héros, juste pour une journée »), « La Mer à l’envers »- le nouveau roman de Marie Darrieussecq (entre autres, « Truismes »- 1996, « Naissance des fantômes »- 1998, « White »- 2003, et « Tom est mort »- 2007), est un hymne à l’héroïsme ordinaire. L’auteure y développe deux personnages aussi forts qu’attachants : l’une avec ses doutes mais qui prendra tous les risques, l’autre avec ses rêves. De ce texte, à chaque page, transpirent, une pertinente sensibilisation au drame des migrants, une belle dose d’humanité et l’hymne à la résistance active. Malheureusement, par facilité d’écriture ? débordée par son sujet ?, pour cette « Mer à l’envers » profondément ancré dans l’air du temps, Marie Darrieussecq n’a pas su (ou pu) éviter les clichés. Et même si elle interprète une petite musique très personnelle, l’auteure a tendance à se parodier trop souvent.

La Mer à l’envers
Auteur : Marie Darrieussecq
Editions : P.O.L.
Parution : 22 août 2019
Prix : 18,50 €

C’est sa mère qui l’a convaincue de faire cette croisière. Une façon de prendre de la distance. De réfléchir à son mariage, à son métier, au déménagement à venir. Partir seule avec les gosses. Changer d’air. Changer d’eau. La Méditerranée. Pour une fille de l’Atlantique. C’est plat. Une mer petite. Les côtes sont rapprochées. On a l’impression que l’Afrique pousse de tout son crâne contre l’Europe, d’ailleurs c’est peut-être vrai. Une mer tectonique, appelée à se fermer.