Pauline

« Ce qui est monstrueux est normal » de Céline Lapertot : une enfance brisée…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 14 août 2019 11:31 Affichages : 652

lapertotPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Pour décor, un lotissement à proximité d’un canal, un bar où l’on consomme encore et encore de la bière. Endroit sinistre quelque part en Meurthe-et-Moselle. Paysage pour « Ce qui est monstrueux est normal », cinquième livre de Céline Lapertot, 33 ans et professeure de français en Alsace. Il y a l’enfant, et aussi un « presque-père » incestueux, une mère pas à la hauteur de la situation, un frère inexistant. Après un premier roman en 2012, l’auteure a été remarquée dès 2014 avec le suivant, « Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre ». Dans son nouveau roman (que certains ont voulu voir « autobiographique »), Céline Lapertot raconte une enfance brisée. Une enfance de douleurs (« L’enfant ne sait pas exactement ce qu’elle ressent, mais elle sait que dans ce curieux mélange de sensations, certaines ne sont pas à dire. La peur, la stupéfaction, l’incompréhension totale, mais aussi- et voici la honte suprême que tant de gens ne connaissent pas, ce curieux frisson qui te parcourt la colonne vertébrale quand la main arrive à ton clitoris, quand bien même tu as neuf ans… »), dont la suite s’avérera plus belle que le commencement. Avec un placement dans un foyer puis une famille d’accueil où l’enfant va découvrir les livres et les mots- c’est alors que l’enfant se dit : « J’écris ou je crève ». Les mots qui vont en partie guérir des maux… Un livre court, bref, ramassé (à peine plus de 90 pages) mais follement puissant sur une enfance brisée par des blessures cachées, sur une enfant sauvée par les mots, sur le pouvoir immensément salvateur de l’écriture. « Ce qui est monstrueux est normal », un livre tout en grâce…

Ce qui est monstrueux est normal
Auteur : Céline Lapertot
Editions : Viviane Hamy
Parution : 9 mai 2019
Prix : 12,50 €

C’était un homme qui enterrait les morts, et l’enfant ne sait pas que cela a un nom, et que les adultes, eux, disent fossoyeur. Mais il lui arrivait aussi d’enterrer les vivants, sous les litres d’alcool dont les adultes aiment un peu trop contaminer leur sang. C’était un homme qui faisait mourir les enfants de son amour pour les bières. Ce fait n’est pas forcément un drame, ce n’est pas un marqueur tragique dans une existence vouée à l’échec, tout dépend de ce que nous souhaitons en faire, quand on est écrivain. La meilleure des ivresses, pour l’enfant du Pont-Rouge, c’est s’oublier dans l’écriture d’un roman.