Pauline

Ivre de steppes : un mongol français au pays du « zud »

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans français Mis à jour : mardi 18 décembre 2018 06:23 Affichages : 428

TransboréalPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Ancien archéologue recyclé dans l'édition, Marc Alaux (42 ans) s'est pris de passion pour la Mongolie il y a une vingtaine d'années. Dans son récit de voyage "Sous les yourtes de Mongolie" (Transboréal), il racontait son périple pédestre dans la Steppe qu'il a parcouru, de long en large, sur des milliers de kilomètres, mettant parfois sa santé physique à dure épreuve. Cette fois, c'est sa santé mentale qu'il semble avoir testé en se mettant au service d'une famille d'éleveurs nomades confrontés au « zud » en plein hiver, époque où la température sous ces latitudes frise régulièrement les – 40°.  Car Gotov et sa femme Oyunchimeng n'ont pris aucune pincette pour ménager ce grand escogriffe qui n'a que ses poils sur les jambes pour le protéger du froid. Autrement dit, ne sachant pas grand-chose du métier d'éleveur au pays de Gengis Khan, ils lui ont appris le métier à la base : corvée de nettoyage des enclos. A la main évidemment !   
Si Marc Alaux s'est retiré au coeur de l'hiver c'est non seulement pour s'initier au métier de berger mais aussi pour se nourrir de silence et d'espace. Chez Gotov et Oyunchimeg, membres de l'ethnie bayad, il a retrouvé l'ambiance des vraies yourtes, pas celles proposées aux touristes à Terelj, à quelques kilomètres d'Olan-Bator, la capitale la plus froide du monde... en hiver. Et c'est à force de travail partagé, et d'abnégation, qu'il a su se faire accepter, devenir leur frère français et même gagner la confiance du voisinage. Même quand les visiteurs ont trop bu. Ça, il ne le raconte pas vraiment... Mais les mongols aiment se battre depuis toujours, et il est bien tentant de provoquer un « long nez » de passage à la lutte, ou à la boxe.
Mais ses véritables adversaires seront le froid autant que les loups qui accablent les troupeaux, dont certaines bêtes meurent en nombre au fond des vallons encombrés de poudreuse. Chaque jour, trois mois durant, il a rempli ses tâches manuelles (corvée d'eau et de combustible, nettoyage de l'étable, donc, et curage de la bergerie, nourrissage des bovins, surveillance du troupeau de brebis et de chèvres...). Evidemment, il a vécu l'intimité fraternelle de l'hivernage, ainsi que les visites impromptus, les chants, les rituels et les festivités du Nouvel An (la période où l'on boit et se bat) mais aussi ce face-à-face avec lui-même dans la solitude glaciale : qu'est-il venu faire dans cette galère ? Qu'est-ce que je fais là ?, demandait l'écrivain marcheur, Bruce Chatwin. Et si Marc Alaux n'était allé vivre en Mongolie que pour écrire ? Manière de montrer qu'il a vécu loin des demi-mesures... Car la vie dans l'immensité sauvage a toujours été intense mais éprouvante. Avant lui, Jack London, confronté au Grand Nord canadien et américain, en a tiré ses livres les plus connus. L'appel sauvage rend humble. Comme le rappelle Jacques Legrand, linguiste et grand connaisseur de la Mongolie : « L'évènement (le Zud ndla) n'est pas perçu pour lui-même comme un évènement anecdotique et isolé, mais comme le maillon d'une longue chaîne de difficultés et de défis. »  Marc Alaux les a relevés. Ses photos en attestent. Ses écrits le disent à jamais. Il sait maintenant ce que vivre veut vraiment dire. Ce n'est pas seulement exister. C'est survivre. « Etes-vous en paix ? Passez-vous bien l'année ? », demandent les nomades mongols quand ils se croisent. C'est une manière de payer sa dette aux esprits et de montrer son respect aux aînés. Reste avec nous encore un mois, lui ont proposé ses hôtes. Mais Marc Alaux a décliné. Il sait bien qu'il n'est ni nomade, ni berger. Il l'a seulement été le temps d'un hiver sous la yourte et dans la steppe. Lui peut dire j'y étais. J'ai vécu comme un mongol.

Ivre de steppes : un hiver en Mongolie
Editions : Transboréal
Auteur: Marc Alaux
225 pages
Prix : 19, 90 €
Chez le même éditeur et du même auteur : « Sous les yourtes de Mongolie », et « Joseph Kessel : la vie jusqu'au bout »