Pauline

« Les affamés et les rassasiés » de Timur Vermes : télé-réalité dans un camp de réfugiés…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 24 novembre 2019 23:31 Affichages : 203

belfondPar Serge Bressan - Lagrandeparade.com/ Il est de retour. Et c’est un deuxième roman diablement iconoclaste. Passé par le journalisme, l’Allemand Timur Vermes (52 ans, né à Nuremberg et d’origine hongroise par son père) ne craint pas de bousculer les us et coutumes ou encore la bienpensance littéraire. Tout sujet est bon à prendre, matière à écriture. Ainsi, on l’avait découvert en 2014 avec « Il est de retour », formidable roman avec Adolf Hitler de retour dans l’Allemagne d’Angela Merkel et qui allait devenir une star de la télé-réalité. Cette télé-réalité qu’on retrouve dans son nouveau et deuxième roman, « Les affamés et les rassasiés »… mais cette fois, Vermes s’est penché sur la thématique des migrants. Et, bien sûr, c’est furieusement décapant, délicatement enthousiasmant- un texte placé sous la haute surveillance de Woody Allen qui, un jour, a dit et écrit : « Je hais la réalité mais c’est quand même le seul endroit où se faire servir un bon steak »…

Le roman débute par une observation du narrateur : « Le réfugié essaye d’adopter une démarche normale, ce qui n’est pas facile parce que ça ne lui fait pas une sensation normale. Il n’arrive pas encore à dire si son allure parait plus naturelle. Il sait juste que marcher normalement ne fonctionne pas… » Quelques lignes plus loin : « Mieux vaut bomber le torse, relever la tête et sourire. Voilà qui est mieux. Il doit juste veiller à ne pas se mettre à saluer d’un air bienveillant, comme la vieille reine d’Angleterre »… Et voilà le lecteur plongé à nouveau dans ce monde de la télé-réalité avec Sensenbrink, le producteur qui a une idée- qu’il tient pour géniale, évidemment : il envoie Nadège Hackenbusch, une des meilleures animatrices télé du pays, en Afrique dans le plus grand camp de réfugiés du monde pour une nouvelle émission sobrement titrée « Ange dans la misère »… la production a fait simple, côté concept : on envoie la présentatrice dans le camp, on verra bien ce qui arrive ! Quand même, on a trié les candidats, on a refusé les barbus, on a glissé un type qui balance : « Le nom d’un homme importe peu au lion », on n’a pas compris ce qu’il a voulu dire mais qu’importe ! ça fera un bon personnage pour l’émission, on le baptisera Lionel… Il y a aussi, dans cette histoire, Astrid von Roëll, elle est journaliste pour le magazine « Evangeline », sa mission : suivre et rapporter les faits et gestes de Nadège, en faire un conte de fées et ne pas oublier de citer des produits dans les articles. Le public est devant l’écran, c’est le succès à l’audimat pour « Ange dans la misère », la police allemande est ravie, l’extrême droite se montre encore plus violente et voilà que l’animatrice tombe amoureuse de Lionel. Comme pour toute bonne chose, la fin est proche- et la production travaille fort pour imaginer un final inoubliable.
Sauf que ladite production menée par Sensenbrink n’a pas tout prévu : le changement de comportement de Nadège qui s’est rapprochée des réfugiés… et le jeu caché de Lionel qui, avec ses compagnons de misère, a préparé en secret une longue marche qui les mènera jusqu’en Allemagne, passant par des pays qui ne s’opposeront pas à leur traversée…

Les affamés et les rassasiés
Auteur : Timur Vermes
Traduit par Mathilde Sobootke
Editions : Belfond
Parution : 17 octobre 2019
Prix : 21 €

Il arrive qu'on rencontre des personnes spéciales, et Lionel en fait partie. Car ce que raconte la fille est une chose qu'on confie seulement à sa grande sœur, et Lionel réussit à traduire comme s'il n'était pas là. L'enlèvement. La peur. L'emprisonnement. Les hommes. Parfois un seul. Parfois deux à la fois. Comment elle se met à trouver certains moins mauvais, parce que après ils la laissent tranquille. C'est mieux que ceux qui veulent qu'on passe la nuit chez eux, parce qu'ils disent qu'Allah les aurait réunis. Les hommes qui le lendemain ont honte de leur faiblesse et la frappent parce qu'elle les a ensorcelés. Tout être humain doté d'un cœur ne se pose alors qu'une question: Comment Nadège Hackenbusch supporte-t-elle cela ?