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Une vie violente : Pier Paolo Pasolini dans une nouvelle traduction

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : samedi 26 octobre 2019 07:44 Affichages : 344

pasoliniPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Les années 1950 à Rome. Des petits malfrats font la loi dans cette Italie de l’après-guerre, cette Italie chaotique qui a inspiré à Pier Paolo Pasolini (1922- 1975) pour un premier roman, Les Ragazzi. Quelque temps plus tard, le romancier et cinéaste italien publiait Une vie violente, son deuxième roman en librairies en 1959 (et en VF en 1961)- ce fut un grand succès… et aussi un énorme scandale. En cet automne 2019, l’éditeur Buchet-Chastel publie à nouveau Une vie violente, dans une nouvelle traduction signée Jean-Paul Manganaro, considéré comme l’un des meilleurs traducteurs de l’italien au français depuis de nombreuses années.

Dans ce roman de la jeunesse perdue, Pasolini plonge, et le lecteur avec lui, dans les bas-fonds. D’entrée, le décor est posé avec le premier chapitre titré « Qui était Tommaso »- on lit : « Tommaso, Lello, Zuccabo et les autres gamins qui habitaient dans le petit village de baraques sur via dei Monti di Pietralata, comme toujours après avoir mangé, arrivèrent devant l’école au moins une demi-heure à l’avance. Tout autour pourtant il y avait déjà d’autres gamins de la bourgade, qui jouaient dans la boue avec leur canif. Tommaso, Lello et les autres se mirent à les regarder, accroupis autour, avec les cartables qui traînaient dans la boue… » Ah ! Tommaso, lui il est le héros de cette Vie violente. Son ambition, son objectif : se forger une réputation dans ce monde de petits malfrats, de caïds à la petite semaine qui passent leurs jours (et leurs nuits) dans un monde de crasse. La violence est omniprésente. Ça vole, ça recèle, ça braque- et y a une ambiance fasciste dans l’air. Après les Ragazzi, une vie violente…
Rapidement, Tommaso et ses copains deviennent des vitelloni- leur moyen de subsistance : la force de faibles, c’est-à-dire la violence. Il va faire la connaissance d’une fille et découvrir l’amour. Et puis, c’est logique, attendu, prévisible, il y aura inévitablement la prison, et aussi la maladie- sera-ce suffisant pour ramener Tommaso jusqu’à la rédemption ? Parce qu’alors Tommaso veut se ranger. Donc, il va travailler, s’éloigner de sa vie d’avant, de cette vie violente. En creux, Pier Paolo Pasolini, homme d’engagement(s) et militant de gauche, pose la question : de ce jeune homme, de cet individu d’une jeunesse perdue, peut-on faire un héros ? Ici comme dans toute son œuvre- tant littéraire que cinématographique, Pasolini use (sans jamais en abuser) d’un réalisme puissant. Ce peut sembler un choix politique et moral pour pointer un destin aux marges ; « un classique contemporain au réalisme brutal » selon l’éditeur français, c’est avant tout un roman d’envergure qui interrogeait sur le destin d’un pays, l’Italie, tentant de se relever du chaos de la guerre et du fascisme…

Une vie violente
Auteur : Pier Paolo Pasolini
Traduit par Jean-Paul Manganaro
Editions : Buchet-Chastel
Parution : 3 octobre 2019
Prix : 23 €

Rome était toute dégoulinante. Surtout autour du Tibre, du Testaccio à Porta Portese, à la Lungaretta. Il tombait une eau si drue et légère qu’elle fondait avant d’atteindre les pavés. Les avenues et les ruelles étaient pleines de cette vapeur chaude, sur laquelle flottaient d’un côté l’Aventin, de l’autre Monteverde. Il était six ou sept heures du soir, et donc lorsque Tommaso, Lello et Cagasse descendirent de l’autobus 13 devant le Ponte Quattro Capi, tout était vide ou presque, il n’y avait que les premières putes qui commençaient à rôder et un passage de vélomoteurs qui draguaient de Ponte Garibaldi à Caracalla…