Pauline

Instantanés : Claudio Magris pour une mosaïque de choses vues

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mardi 18 décembre 2018 19:00 Affichages : 727

magrisPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / On le dit parmi les écrivains les plus raffinés. Il est aussi furieusement cosmopolite. A 79 ans, l’Italien Claudio Magris présente un CV immense : écrivain, germaniste, universitaire et journaliste- on y ajoute héritier de la tradition culturelle de la Mitteleuropa qu'il a contribué à définir.

En 2017, il avait publié un magnifique roman, « Classé sans suite », rien moins qu’une étude « totale » de l’humanité. On le retrouve en cette fin d’automne avec « Instantanés », un bouquet de quarante-huit textes brefs, un recueil dédié « à mon père et à ma mère » de « choses vues » et écrites entre le 1er avril 1997 (« La colombe et l’aigle à deux têtes ») et le 1er juillet 2016 (« Selfie »). Quarante-huit textes rédigés avec, à l’esprit toujours présents, les mots d’Albert Londe dans « La photographie instantanée » (1886) : « …prendre, en passant, tout ce qui peut s’offrir inopinément… »

Ainsi, se mettant dans les pas de Claudio Magris, on croise l’aubergiste et sa guerre, un mort bien encombrant, un couple (libre ?) au congrès, les banquiers et le diable, un nouvel écrivain : le censeur, le vagabond et le top model… On va là où le cœur fait silence. On s’interroge : être avec ou coucher avec ? On fait halte au guichet, sur la riviera des célébrités ou encore à la galerie Leo Castelli à New York. On admire une rose de bienheureux. Succombera-t-on au péché d’amertume ? Que faire avec cette voiture qui « ne peut pas quitter le garage, bloquée par une autre, garée abusivement- pour très peu de temps, promet le clignotement des feux de détresse- juste devant l’entrée dudit garage. Le conducteur qui voudrait partir donne des coups d’avertisseur de plus en plus bruyants, mais sans aucun succès » ?
« Instantanés », c’est une mosaïque de choses vues et entendues sur la vie en commun, c’est aussi l’autoportrait d’un écrivain en voyageur dans ce monde qu’est la vie qui va. Par exemple à Trieste, en Italie, là où s’ouvre le nouveau livre de Claudio Magris : « Dans le jardin public de Trieste, au pied d’une statue représentant une Italie à demi nue avec un aigle à deux têtes sur les épaules- symbole de l’empire des Habsbourg abattu pendant la Première Guerre mondiale et transformé en un gibier de choix que l’on passe à la casserole-, il y a une colombe morte »… Avec les yeux de l’éternelle curiosité enfantine (est-ce la raison pour laquelle l’auteur dédie ce livre à ses parents ?), Magris promène sa stature physique et intellectuelle jusqu’à New York ou en Inde. Et s’en revient, un jour, dîner seul dans une pizzeria de Schio, cette ville de Vénétie. A une table proche, un homme mange en regardant fixement devant lui, comme absent, inaccessible. Magris sort fumer un cigare, s’assoit sur le trottoir, un groupe de jeunes gens passe et lui demande : « Tout va bien ? »

Instantanés
Auteur : Claudio Magris
Editions : L’Arpenteur / Gallimard
Parution : 8 novembre 2018
Prix : 18 €