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Miracles du sang : Lisa McInerney dans un engrenage fatal

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 18 novembre 2018 20:11 Affichages : 153

miracles du sangPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En voici un qu’on avait déjà repéré en 2015 ! Il s’appelle Ryan Cusack, et était le héros de « Hérésies glorieuses », le premier roman de Lisa McInerney. Pour son entrée en littérature, cette Irlandaise née à Galway dans la province de Connacht et âgée aujourd’hui de 37 ans, expliquait, en bonne romancière organisée, s’être imposée un programme. Avec un sujet qu’on résume en une formule : « Sex, drug and rock’n’roll ».  Avec « Hérésies glorieuses », c’était le sexe. Et maintenant, avec son deuxième et nouveau roman sacrément enlevé et furieusement rock’n’roll- « Miracles du sang », c’est la drogue… La romancière, particulièrement inspirée, ajoute même : « ‘’Hérésies glorieuses’’ était un paysage. ‘’Miracles du sang’’ est un portrait ». Et là, on retrouve Ryan Cusack, il a maintenant vingt ans- il est dealer, il est amoureux aussi…

Son théâtre, c’est Cork, ville universitaire sur la côte sud-ouest de l’Irlande. Dans ce lieu sans pitié, il n’a qu’un objectif, qu’une idée fixe : trouver sa place. Mais voilà, même si sa petite amie Karine est délicieusement douce, Ryan doit faire avec un père alcoolique et violent, l’absence de sa mère et l’omniprésence de la drogue. Alors, il va être pris dans une spirale infernale. Il devient un des interlocuteurs privilégiés de la mafia napolitaine. Largué par Karine, il est pris au piège, il prend des décisions qui, inévitablement, vont le faire plonger. Voilà, dessiné par Lisa McInerney, on a là un « héros » aussi perdu qu’attachant, autant dealer minable que drogué velléitaire…
Très tôt, dès les premières lignes de « Miracles du sang », on a compris que Ryan Cusack est de la « trempe » des « ratés sympathiques ». Dans les premiers mots du roman, il reconnaît avoir plongé la tête la première dans un vrai « merdier ». Les erreurs d’appréciation, les « conneries », il les accumule. Ainsi, avec son téléphone portable sur lequel sa petite amie Karine trouve des photos de Nathalie nue- oui, Nathalie, la maîtresse de Dan Kane, l’un des deux boss de la mafia napolitaine de Cork qui n’a pas vraiment apprécié pas la situation. Donc, Ryan est corrigé grave, on le retrouve à l’hôpital, il est délabré et physiquement et psychologiquement. Connaîtra-t-on mal Ryan ? Sûrement- bien sûr, il est marqué, bien sonné mais absolument pas guéri…
Dans cet engrenage fatal, Ryan ne se comprend pas, ne comprend pas plus les autres. Régulièrement, il écrit de longues lettres à sa mère morte. Il rappelle ses origines napolitaines (par sa mère), son sang bouillant et le souvenir de San Gennaro décapité mais dont le sang est demeuré fluide dans les fioles dans lequel il est conservé. « Ce sang me tuera au lieu de me garder en vie », glisse-t-il dans cette ville de Cork où la trinité moderne se résume en trois mots : joint, coke, ecstasy… Dans « Miracles du sang »- un texte survolté, enfiévré et enflammé, Lisa McInerney réussit à rendre éternel l’hymne lancé en 1977 par Ian Dury and the Blockheads : « Sex and drugs and rock’n’roll »…

Miracles du sang
Auteur : Lisa McInerney
Editions : Joëlle Losfeld
Parution : 6 septembre 2018
Prix : 21,50 €