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La douce indifférence du monde : Peter Stamm, le narrateur et son double…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : lundi 12 novembre 2018 12:22 Affichages : 584

stammPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il est né à Münsterlingen (canton de Thurgovie) en bord suisse du lac de Constance. Il a étudié le commerce, l'anglais, la psychologie, la psychopathologie et l'informatique comptable. Il a vécu à Paris, New York et en Scandinavie. Depuis 1990, Peter Stamm partage ses jours (et ses nuits) entre journalisme et littérature. On l’a découvert avec un premier roman réussi (« Agnès »- 1998), on l’a applaudi pour l’étourdissant « L’un l’autre » (2017)… on le retrouve en cet automne avec un nouvel et impeccable roman au titre magnifique, « La douce indifférence du monde », qui confronte un narrateur et son double. Peter Stamm est un de ces écrivains qui demandent de la patience- on ne l’aborde pas à la hussarde. Pour la lecture d’un livre du romancier suisse, on se met en condition, on se prépare. On aurait presqu’envie d’écrire : la lecture d’un livre de Stamm, ça se mérite…

Peter Stamm, c’est le grand maître des tours de passe-passe. Pour « La douce indifférence du monde » (un titre qui rappelle « la tendre indifférence » citée par Albert Camus dans les dernières pages de « L’Etranger »), il a repris la technique du récit en miroirs qu’il avait appliquée à son premier roman, « Agnès ». Là, avec cette « Douce indifférence… », il emmène lectrices et lecteurs en Scandinavie. En Suède, précisément à Stockholm. En trente-sept chapitres aussi courts que ramassés, on suit un homme qui donne rendez-vous à une femme, Lena, dans un cimetière de la capitale suédoise. En apparence, voilà un thème banal. Mais avec l’écrivain suisse, ce n’est jamais banal. Donc, la femme est une inconnue, n’empêche ! au narrateur elle rappelle cette jeune fille qu’il aima follement, une vingtaine d’années plus tôt. On apprend qu’elle se prénommait Magdalena, qu’elle était comédienne, qu’elle avait dans une pièce d’August Strindberg. Il y avait eu comme un coup de foudre- « le coup de foudre, on y croit par la suite, quand on fabrique son histoire, quand on se met d'accord sur une version commune, un mythe créateur ayant présidé à la rencontre », confiera le narrateur qui évoque ce livre qu’il a écrit avec, pour sujet, les trois années qu’il a partagées avec Magdalena et dont il souhaite glisser des détails à Lena, l’inconnue de Stockholm…
« La douce indifférence du monde », c’est aussi le roman de l’attente de la résurrection. De l’intelligence, de l’acuité, de la pertinence- on lit avec bonheur : « Je veux d’abord entendre la fin de l’histoire. La fin de l’histoire, je ne peux pas vous la raconter, il n’y a que dans les livres que les histoires ont une fin. Mais je peux vous raconter la suite »… D’une construction vertigineuse, ce nouveau roman de Peter Stamm pointe un moment fondamental, celui du tourbillon de la vie. L’identité vacille, c’est le temps de l’amour, de l’intime… et du trouble. Labyrinthe foisonnant, « La douce indifférence du monde » nous emmène dans des contrées où, d’habitude, l’on croise Enrique Vila-Matas ou encore David Lynch. On connaît de pires contrées…

La douce indifférence du monde
Auteur : Peter Stamm
Editions : Christian Bourgois
Parution : 23 août 2018
Prix : 15,00 €