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Piranhas : Roberto Saviano et les baby-gangs…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 14 octobre 2018 20:25 Affichages : 454

SavianoPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Ils ont entre 10 et 19 ans, sont membres d’une paranza et font régner la terreur sur la ville. Ils sont les « héros » de « Piranhas », le premier et vertigineux roman de l’Italien Roberto Saviano, l’auteur de « Gomorra »… Ça commence par une dédicace : « Aux morts coupables et à leur innocence ». Puis des mots du poète allemand Novalis (1772- 1801) : « Où est l’enfance est l’âge d’or »… Voilà une bonne incitation à un voyage à Naples, plus précisément dans le quartier de Forcella. Pour guide, on retrouve le journaliste et écrivain Roberto Saviano, 39 ans, sous protection policière depuis 2006 et la parution d’une enquête sur la Camorra : « Gomorra » (traduit dans une quarantaine de pays, vendu à plus de 3 millions d’exemplaires). Depuis lors, sa tête est mise à prix par la mafia… Mais seul et contre tous, Saviano continue et publie donc « Piranhas »- un de ses proches confie : « Ses écrits déclenchent une alerte sur un système en crise ». Après avoir enquêté et écrit sur la Mafia et les narco-traficants (« Extra pure : Voyage dans l'économie de la cocaïne », 2014), il nous propose son premier et vertigineux roman avec la guerre des baby-gangs dans sa ville de Naples.

Bien sûr, l’auteur prend soin de préciser : « Les personnages de ce livre sont imaginaires, de même que leurs vicissitudes personnelles. Tout lien avec des personnages ou des faits réels suggéré par sa lecture ne peut être que le fruit du hasard ». Toutefois, il ajoute : « Vaut pour mon roman ce qui apparait en ouverture du film de Francesco Rosi, « Main basse sur la ville » : les personnages et les faits sont imaginaires, mais le milieu et la réalité sociale qui les ont produits sont authentiques ». Alors, bienvenue dans le monde de Nicolas Fiorillo, ange blond surnommé Maharaja, et ses acolytes Fabio Capasso (Briato), Massimo Rea (Tucano), Giuseppe Izzo (Dentino) ou encore Vincenzo Esposito (Lollipop) et quelques autres- ils ont entre 10 et 19 ans, ils sont les petits caïds de Naples. Leur vie, c’est fric et crime, mais à la différence des « anciens » de la mafia, leur devise : « Tout, tout de suite ». Biberonnés aux réseaux sociaux, ils veulent la gloire et la célébrité avant l’âge de 20 ans. Pressés, ils sont. Et surtout, ils ont assimilé que la mort les attend…
Evoquant ces « piranhas » du début de ce 21ème siècle, Roberto Saviano précise que ce ne sont ni des enfants ni des adolescents issus essentiellement des classes sociales les plus défavorisées. Non, bon nombre des ces « baby-gangsters » ont grandi dans la classe moyenne, avec pour certains des parents professeurs. L’auteur s’est également appuyé, pour son premier roman, sur des écoutes téléphoniques qu’il a pu se procurer auprès de services de la police. Par exemple, un chef de bande- âgé de 15 ans, débarque armé dans le bureau du patron d’une entreprise et lui lance : « Maintenant, ta boîte est à moi ». Réponse du patron : « J’ai mis plus de dix ans à monter cette affaire… ». Le chef de gang, de rétorquer : « …moi, en une seconde, je te tue », et de tirer- le patron s’écroule, mort sur le coup… Une sorte d'obligation si l'on veut rester crédible, s'imposer comme chef. Ce pourrait être Nicolas Fiorillo, lui le chef d’une paranza (escadron de jeunes caïds), lui aussi il aurait tiré… et peut-être même, après avoir tué, il aurait écouté leur héros, le rappeur américain 50 Cent, celui qui chante « Get Rich or Die Tryin’ »…
D’ailleurs, comme ça, comme pour garder la main, Nicolas Fiorillo a « donné une leçon » à un jeune homme qui, offense suprême, avait liké des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Alors, pour avoiner l’outrecuidant, il s’est pointé avec sa paranza- avec ses collègues, il se déplace en scooter, passe du temps sur Internet, est armé et fasciné par la criminalité et la violence. La prison ne lui fait pas peur, la mort ne l’effraie pas- il ne veut surtout pas de la vie ordinaire de ses parents… Et pour tout cela, une seule solution : « L'Histoire ne compte pas, mon pote, maintenant tu le sauras. Justes et injustes, bons et mauvais, tous pareils. Sur son mur Facebook, il les avait alignés, le Duce hurlant à la fenêtre, le roi des Gaules s'inclinant devant César, Mohamed Ali qui aboie contre son adversaire étendu au sol. Forts ou faibles : c'est la seule vraie distinction. Et il savait de quel côté il fallait être… » Et surtout, ne pas se tromper de côté…

Piranhas
Auteur : Roberto Saviano
Editions : Gallimard
Parution : 4 octobre 2018
Prix : 22 €