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Secret de Polichinelle : Oded Héfer, détective LGBT affirmé(e)

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Polars Mis à jour : lundi 16 septembre 2019 19:50 Affichages : 293

secret de polichinellePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Oubliez l'image du détective Hard-boiled (dur-à-cuire), macho, blueseux, alcoolique... L'israélien Oded Héfer est tout le contraire : les gueules de bois le rendent malades, il fréquente les bars gays, a horreur de la violence (sauf consentie...), trésaille quand son smartphone vibre, parle de lui au féminin, et passe son temps à plaisanter, même quand ça chauffe pour son matricule. Secret de Polichinelle, de Yonatan Sagiv, c'est un peu Priscilla folle du désert en Israël. Columbo en mode LGBT (cet anti-héros roule en vieille bagnole, qu'il compare à une « pouliche » et ne cesse de se référer à son grand ami Ofer, qui fait office de « ma femme »...).

Cela se passe aujourd'hui, loin des territoires occupés, en plein centre de Tel Aviv, la plus festive ville d'Israël. Smadar Tamir, une femme d'affaire très riche, s'est (soi-disant) jetée par la fenêtre d'un hôpital. Sa sœur, Miran ne croit pas à la thèse du suicide et fait appel au jeune détective privé Oded Héfer, homosexuel affirmé, qui a la manie d'autant parler de ses c... que de sa « chatte ». Au début ça surprend, puis on s'y fait, car le bougre a de l'esprit. Imaginez une sorte d'Oscar Wilde mâtiné d'humour juif, ça donne ce genre de réflexion : « (...) être originaire d'un milieu pauvre ou être oriental ne signifie pas être je ne sais quel sauvage juste bon à satisfaire les fantasmes orientalistes d'un homo ashkénaze qui a le feu à la braguette. »

Oded Héfer, qui s'est improvisé détective après un licenciement, n'a que cinq jours pour mener l'enquête. Malgré son apparent amateurisme, il n'a pas peur d'affronter les pires requins du petit monde des magnats locaux. Sa franchise agace mais son culot, son intelligence et son intuition féminine le sauvent des pires situations. Même le flic macho Yaron Malka finit par tomber sous le charme de ce trublion qui a des résultats malgré ses méthodes peu orthodoxes et sa tchatche de « vieille ashkénaze »... pas si nase qu'elle en a l'air.

Il y a des longueurs dans ce polar d'un « genre » nouveau, beaucoup de bavardages, papotages, qui n'en finissent pas, et on s'y perd parfois avec le grand nombre de personnages, mais la drôlerie et la subtilité des dialogues l'emportent. On se croirait en train de regarder une série TV, dont l'auteur, Yonatan Sagib, a l'air de se repaitre. Il y fait souvent référence (Mad Men, Les Enquêtes de Remington Steele, etc...), comme aux réseaux sociaux, et aux géants du Web (les sites de rencontre évidemment). C'est un jeune-homme de son époque. Il serait étonnant que ce premier roman distrayant, qui joue avec les codes du polar, n'intéresse pas un producteur... si ce n'est déjà fait. L'éditeur français, L'Antilope, annonce déjà une suite. Sous couvert d'humour et de légèreté, on en apprend beaucoup sur une des facettes d'Israël que l'on voit peu : athée, antiraciste, antimilitariste, plutôt de gauche, et évidemment contre l'homophobie. Né en 1979, en Israël, Yonatan Sagiv est titulaire d'un doctorat d'études juives (nous aurions pu écrire « d'humour juif »...), obtenu à l'Université de New York. Il enseigne aujourd'hui à Londres.

Secret de Polichinelle
Editions : L'Antilope
Auteur : de Yonatan Sagiv
Traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche
474 pages
Prix :23, 50 €
Parution: 3 octobre 2019

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